24 juin 2014

Stéphane Koechlin: "Stromae est un enfant du siècle !"


Journaliste, auteur d’une vingtaine d’ouvrages distingués comme «La légende du Baron Rouge » (Prix Guynemer) ou « Juré » (Prix Comte de Monte-Cristo), Stéphane Koechlin a également signé des biographies de John Lee Hooker, Brian Jones, Bob Dylan, James Brown…Avec « Formidable Stromae », il revient sur les débuts de Paul Van Haver mais nous livre aussi l’analyse subtile et passionnante d’un phénomène de société.  
Tes goûts musicaux vont plutôt du côté du jazz, du rock ou du blues. Qu’est-ce qui t’as amené à écrire sur Stromae ?
C’est une demande de ma maison d’édition. J’avoue que j’ai hésité. Finalement, ce qui l’a emporté c’est que le mec est intéressant, il a des qualités, des origines métissées… Stromae est un enfant du siècle. Je me suis dit que j’allais raconter une histoire contemporaine. Le propre et l’intérêt d’une biographie, c’est de parler d'un personnage qui existe mais aussi de l'interpréter. C’est comme une recréation. C’est aussi la première fois que j’ai pris du plaisir à parler d’un garçon heureux. J'aurais bien appelé mon livre "la confession d’un enfant du siècle" » mais le titre était déjà pris !
De toute manière, tu n’as pas vraiment recueilli sa confession ?
L’approcher, c’est un peu comme essayer d’assiéger le Kremlin ! Cela ne m’a pas posé de problèmes car j'ai souvent écrit sur des artistes disparus. L’important, c'était de faire parler ceux qui le connaissent. On a l’impression que ce mec est transparent mais, en fait il se cache beaucoup. Il a besoin de garder le mystère, de se protéger. Quand on lit les interviews qu’il a accordées, on s’aperçoit qu’il ne livre que ce qu’il veut. Il ne parle pas de sa mère, on ne voit jamais de photos d’elle alors qu’elle est omniprésente dans sa vie.
Tu es d’accord avec lui quand il affirme que le marketing est un art qui fait partie de la création ?
C'est une évidence aujourd'hui dans le métier de la musique. Le faire savoir est devenu une forme d'art. Même un groupe comme Daft Punk réussit, par son invisibilité, à faire parler de lui. Stromae ne cesse de se mettre en scène. Il est né avec internet et il a tout compris. Son personnage incarne l'art d'être soi-même. 
Il a pourtant fait ses débuts dans le rap ?
Il n’arrivait pas à trouver son style dans le rap. Ce n’est pas vraiment sa musique, mais c’est sa culture.
Dans ton livre, tu cites ces mots de Jamel Debbouze  évoquant les chansons de Stomae : « Un couplet qui donne envie de se suicider et un refrain qui donne envie de pique-niquer ».
Cette colère positive est l’une des particularités de Stromae. Il aborde des thématiques sombres comme le cancer ou l’alcoolisme sur des rythmes dansants. Il a tout de même écrit une berceuse enfantine (« Dodo ») dans laquelle il évoque la pédophilie. C'était assez provocateur et pourtant, c'est passé comme une lettre à la poste !
Est-ce que, comme Le Monde, tu le qualifierais de « perturbateur gracieux » ?
Je trouve que ça lui va bien. J’aime aussi le terme de dandy fluorescent. Stromae n’est pas forcément un OVNI, mais il est le produit de cette culture belge en plein épanouissement, à la fois bouillonnante et un peu insolente. Plus tard, je le vois bien dans le cinéma, la réalisation.
On sent que tu t’es attaché au personnage, non ?
Il m'intéresse. J'ai évoqué son côté calculateur. Il est  « formidable » parce qu’il est consensuel. Mais c’est aussi quelqu'un qui est arrivé à remuer et troubler les consciences. Quand tout cela sera passé, le mot formidable restera emblématique d’un garçon optimiste...
Propos recueillis par Annie Grandjanin
« Formidable Stromae », Editions du Moment. 172 pages. Prix : 16,50 €. En vente depuis le 19 juin.

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