4 févr. 2016

Benoît Dorémus: "J'écris à la première personne"

(c) Frank Loriou
"J'apprends le métier" chantait Benoît Dorémus dans "Pas en parler". Un premier album sorti en 2005 qui révélait un auteur compositeur, avec lequel il faudrait désormais compter
Depuis, il a enregistré "Jeunesse se passe" (produit par Renaud) puis "2020" (Prix Francis Lemarque de la Sacem).
Entretien avec un artiste sensible et attachant, avant la sortie officielle, demain (5 février), de son nouvel opus "En Tachycardie" pour lequel on confesse un coup de coeur...

Un album autoproduit, deux signés en major (EMI) et celui-ci en mode financement participatif. C'est la dure loi du métier ?
C'est assez typique de ma génération et du modèle économique. Signer avec une Major pour deux albums, c'était assez inespéré. Lorsque tout s'est effondré, j'ai été déçu. C'est difficile de ne pas le prendre pour soi. Ce métier, c'est ma vie et ma passion. Cela dit, ce ne sont pas les gens qui m'ont "lâché" mais le système.
Cette filiation systématique avec Renaud, ce n'est pas agaçant à la longue ?
C'est à la fois agaçant et flatteur mais ça se calme un peu. Je ne peux pas renier son influence sur mon travail. Sans lui, je n'aurais sans doute jamais écrit. Nous sommes copains dans la vie mais, hormis pour l'album "La Bande à Renaud", j'essaie de garder une certaine distance. Francis Cabrel a un peu sauvé l'histoire !
C'est-à-dire ?
Il a découvert mon travail lors des rencontres d'Astaffort et m'a proposé de travailler chez lui durant une semaine. Un mois plus tard, il m'a proposé d'assurer ses premières parties. Du coup, je me vois maintenant dans le regard du public de Cabrel. Il joue même du banjo sur un titre ("Aïe ouille").
Vous avez également croisé Alain Souchon ?
Je rêvais qu'il vienne chanter une phrase sur un titre ("Dernièrement (acte V)". Son fils Ours m'avait dit: ne t'inquiète pas, mon père va l'enregistrer sur un dictaphone. Quatre jours avant de mettre la touche finale sur l'album, Alain Souchon m'a appelé pour me dire, je prends mon vélo et je viens demain chez vous. C'était un 15 août et je suis rentré en urgence pour faire un grand ménage dans mon appartement. Il est arrivé avec 1/2 heure d'avance. Je ne sais pas comment il a trouvé mon appartement car il y a 3 digicodes dans mon immeuble et plusieurs paliers. Quand il a sonné, je m'apprêtais à aller acheter des chouquettes !
Quelle est la signification des actes qui apparaissent au fil de vos albums ? 
Je raconte mon parcours professionnel dans la musique, de mes débuts en passant par ma rencontre avec Renaud, la crise du disque... Comme je suis un passionné de théâtre, j'ai fait ma tragi-comédie en 5 actes !
Votre chanson "Marque ton stop que j't'embrasse" pourrait servir de campagne pour la Sécurité Routière, non ?
Je ne supporte pas l'abus d'alcool. Il fallait juste trouver un angle pour en parler.
"20 milligrammes" évoque un sujet douloureux ?
C'est un texte qui a été dur à écrire. Il est plus facile de raconter ses galères d'amour que les périodes de stress, l'angoisse. Mais, la pudeur n'est pas autorisée dans le mode d'expression que j'ai choisi. J'écris à la première personne. Je ne sais pas faire autrement.
Vous avez signé tous les textes et la plupart des mélodies ?
Oui. Il y a juste deux musiques qui ne sont pas de moi. Celle de "Lire aux chiottes" est d'Archimède et celle de "Ton petit adultère" a été composée par Maxime Le Forestier. J'avais écrit un petit texte et je n'arrivais pas à trouver la mélodie. Maxime a proposé de m'aider et trois jours plus tard, il m'a appelé pour me dire que c'était fait !
"Lire aux chiottes", c'est un peu votre Madeleine de Proust ?
C'est vrai que cela me ramène à des souvenirs d'enfance, lorsque mes frères et ma soeur tapaient à la porte parce que restais enfermé durant des heures. C'est aussi un hommage à mes parents qui m'ont encouragé à lire... quel que soit le cadre ! Je ne suis pas un adepte de la chanson paillarde mais j'ai aimé cette manière incongrue d'évoquer mes découvertes littéraires. C'est toujours un moment de détente dans la salle, lorsque je la chante.
Aujourd'hui, la chanson "J'apprends le métier" n'est plus vraiment d'actualité ?
Je ne veux plus l'interpréter sur scène car je n'en suis plus là. J'ai envie qu'on me prenne au sérieux. Je l'ai écrite à 22 ans, mais il n'est pas exclu que je la ressuscite un jour...


Les 23, 24 et 25 mars 2016, à 19h30, aux Troix Baudets, 64, boulevard de Clichy, 75018 Paris. Tél.: 01.42.62.33.33. Places à 18€. http://www.lestroisbaudets.com/

En tournée:  le 10 mars à Toulouse, les 11 et 12 mars à Lyon, le 4 mai au Festival "L'Air du Temps" de Lignières, le 23 mai au festival "Parole et Musique" de Saint-Etienne, les 2 et 3 juin à Fougères, le 4 juin au Festival "En Bonne Voix" de Pessac, du 7 au 29 juillet, au Festival d'Avignon...

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