4 juin 2021

Trénet, le revenant: un clin d'oeil tendre et burlesque au "fou chantant"

(c) Nabil Boutros






Serge Hureau avait déjà rendu hommage à l'oeuvre de Trenet avec le beau spectacle "Au bon petit Charles". Cette fois, la volonté clairement exprimée au début de la représentation est une sorte de réhabilitation pour l'homme qui, vingt ans après sa disparition, traîne encore une réputation sulfureuse. Une manière aussi d'éviter que ses ritournelles ne disparaissent de la mémoire collective. "Les chansons sont-elles si éternelles qu'on le dit ? Eh bien non ! Si on ne les chante plus, elles meurent. Si on ne revient les hanter ou chanter, elles se figent" peut-on lire dans le programme.

Rien de figé évidemment, dans ce "Trénet, le revenant", mis en scène par Serge Hureau et Olivier Hussenet, dans un esprit proche du music-hall, qui permet de (re)découvrir une quinzaine de titres allant de 1935 au début des années 70. Sur scène, trois solides multi-instrumentistes: Clément Caratini (orgue électrique, clarinettes, saxophone alto, piccolo...), Lionel Privat (guitares, mandoline, banjo, claviers, flûte à coulisse...) et Richard Dubelski (batterie, glockenspiel, tambourin, jazz flûte...) endossent à l'occasion des blouses médicales pour accompagner un Trénet vieillissant, campé par Serge Hureau. A ses côtés, Loïc Renard incarne les jeunes années du troubadour occitan. Côté décors, on joue la carte de la sobriété avec un rideau blanc permettant d'apprécier, en transparence, des tableaux particulièrement réussis comme la burlesque "Polka du roi" ou "Je chante" dans une version mi-parlée qui met l'accent sur un texte bien plus dramatique que dans nos souvenirs. On aime également le sportif et bucolique "Il y avait des arbres" que Serge interprète juché sur un vélo d'appartement, le choeur sur "L'abbé à l'harmonium", mais aussi l'émouvant "Quand j'étais p'tit je vous aimais..." dans lequel le poète confesse son penchant pour les hommes...

Tout au long de ce spectacle bien rythmé, on perçoit en filigrane la nostalgie de la jeunesse, la crainte de l'âge qui s'installe mais aussi le goût de Trenet pour la poésie surréaliste, voire onirique avec notamment "Le fils de la femme-poisson". 

(c) Nabil Boutros
Après un final sous forme de slam pour "L'oiseau des vacances",  on ressort avec l'envie de se replonger dans un "Jardin extraordinaire". Celui où les ritournelles faussement naïves de Trénet refleuriraient chaque année.

- Jusqu'au 20 juin 2021, au Hall de la Chanson, Parc de la Villette (derrière la Grande Halle), 211, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris. Tél.: 01.53.72.43.00. Informations sur le site www.lehalldelachanson.com
 

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