30 oct. 2019

Louis Ville: "Je me sens privilégié !"

(c) E. Segelle
Depuis la sortie de son premier album "Hôtel pourri", à l'aube de notre millénaire, cet artisan de la chanson a creusé son sillon sans jamais dévier de sa trajectoire: celle d'un poète dont le timbre rocailleux, les textes incisifs et pétris d'humanisme nous touchent et nous bousculent.
Vous ne trouverez pas forcément "Éponyme" en tête de gondole, comme on dit, mais ce nouvel opus est l'un de ceux qu'il faut écouter d'urgence.
Une oeuvre dense et sombre, traversée de lumineuses fulgurances dont cet auteur-compositeur a également assuré les parties guitares, basses, piano, la programmation, l'enregistrement et le mixage.
Des chansons qui parlent de soleil voilé, de montagnes franchies et de déserts sans eau, d'une fille dans un train, mais aussi de couleurs pour colorier le monde autrement...

- Vous étiez en panne d'inspiration pour trouver un titre à cet album ?
Il aurait pu s'appeler "Des à-pics des fadaises" mais  c'est parfois réducteur de choisir le titre d'une chanson. Et là, franchement, j'avoue que j'étais en manque d'idée.
- Est-ce parce que c'est aussi celui qui vous ressemble le plus ?
Tout ce que j'écris n'est pas forcément vécu. Il s'agit surtout de ressenti, de regards que je croise. Ma vis est assez banale. Je crée personnages parce que ça me dédouane.
- C'est-à-dire ?
Il faudrait être idiot ou aveugle pour ne pas percevoir la merde qui nous entoure, la perte de certaines valeurs,  mais je ne vois pas l'intérêt de le chanter de manière frontale. Cela va sans doute avec l'âge.
- Ou la sagesse ?
Oui et non. Si je vois un moine bouddhiste, je me dis que c'est une forme de sagesse. Mais il vit en reclus...
- Les références récurrentes à Arthur H, Arno ou Brel vous agacent ?
Ça va mieux. Je trouve cela évidemment très flatteur. Un journal américain a même évoqué le "frenchy Leonard Cohen" !
- Pouvez-vous nous parler du morceau instrumental que vous avez intitulé "Raphaël" ?
Il évoque un ami. Dans la vie, j'ai du mal à exprimer mes sentiments. Raphaël est quelqu'un qui a mené une carrière classique tout en ayant une incroyable folie en lui. Ce morceau est la représentation que je me fais du personnage et ma manière de lui rendre hommage.
(c) N. Ragu
Vous composez également des musiques pour le cinéma et la télévision ?
J'adore ça ! Ce n'est pas du tout un travail pour moi. J'apporte ma vision des choses, le rythme de la narration. Il suffit que je puise dans ma petite bibliothèque musicale pour que l'inspiration coule à flot. Je ne me retrouve jamais devant une page blanche.
- L'exercice est plus douloureux pour la chanson ?
Oui et non. On doit parfois se plonger dans certains états pour aller chercher une émotion ou une image.
- Des états qui expriment un certain désespoir, non ?
Mais dans la vie, je peux être très léger ! S'il fallait envisager sérieusement la réalité des choses, le quotidien serait plombant. Les révoltes nourrissent pendant un certain nombre d'années. Après, on s'aperçoit qu'elles sont un peu vaines...
- Donc, vous écrivez ce qui vous perturbe ?
Oui, parce que je ne veux pas que ça germe en moi.
- Avec la chanson "Des couleurs", vous vous êtes autorisé un peu de légèreté ?
J'ai voulu écrire quelque chose de simple, de basique. Elle semble légère et lumineuse parce qu'elle est enfantine.
- Elle exprime peut-être votre part de fragilité ?
On n'a jamais la certitude que ce qu'on fait est bien. A mes débuts, j'ai fait du punk, du rock... J'ai commencé à aimer ce que je fais depuis 3 ou 4 albums. Mais je me sens privilégié parce que je vis de ma musique. Cela ne m'empêche pas de me remettre souvent en question. En fait, je pense que la clef d'une forme de jeunesse intellectuelle, elle est là. J'espère que ce que je dis ne paraît pas trop prétentieux ?

- Album "Éponyme" (Balandras Éditions), disponible depuis le 11 octobre dernier.
En concert: le 22 novembre 2019, Espace Matthieu Côte, à Rompon (07), le 24 novembre, "Chant'Appart", à Marseille (13), le 29 novembre, Le Gueulard à Nilvange (57), le 8 mars 2020, Festival "Chantons sous les pins" à Pomarez (40), le 27 mars à la Médiathèque de Toul (54), le 15 juillet, Fish'n Blues" à Munich... 



28 oct. 2019

Caroline Loeb: joyeuse, touchante et libre

(c) Emmanuel Chandelier
Après avoir célébré Mistinguett, George Sand ou encore Françoise Sagan, Caroline Loeb renoue avec le tour de chant pour "Chiche !".
Un spectacle à mi-chemin entre concert et stand-up, mis en scène par Stephan Druet,  dont le titre résonne comme  l'enfantin "T'es pas cap". Car La Loeb, comme on l'appelle encore aujourd'hui aime les défis :"Je ne suis pas connue comme chanteuse, je suis connue comme chanson !" confie-t-elle en riant.
Un clin d'oeil malicieux au succès qui lui a permis, dans les années 80, de côtoyer le monde du show-biz, de la mode, de la politique... et de vivre de rocambolesques aventures.
Des souvenirs dont elle émaille "Chiche" avec la gouaille et la liberté d'une femme de son époque.
 Une époque créative et transgressive où l'on pouvait  répondre à l'invitation du Président François Mitterrand pour dîner à l'Elysée, partir à New York sur un coup de coeur, tout en assurant des galas dans les discothèques et  des "streap forains" dans le sud de la France !
Accompagnée par trois talentueux  musiciens (Stéphane Corbin aux claviers, Yorfela à la guitare-basse et Benjamin Corbeil à la batterie), Caroline apparaît,  juchée sur un tabouret, avec un titre en forme de confidence  "On ne sait jamais ce que le passé nous réserve". 
L'une des belles et émouvantes chansons de "Comme Sagan". Un album sorti en février dernier,
 concocté avec la complicité d'auteurs et compositeurs comme Pascal Mary, Pierre Grillet,  Pierre Notte, Wladimir Anselme, Benjamin Siksou, Thierry Illouz, Jean-Louis Piérot... Et Françoise Sagan dont on a parfois oublié qu'elle a prêté sa plume à des artistes comme Juliette Gréco ou Mouloudji.
Occupant la scène avec un savoir-faire évident, Caroline passe de la mélancolie ("Maisons louées") à une vibrante célébration de la ville de son enfance ("Bonjour New York"), cède à l'insistance de ses musiciens (et du
public) en reprenant quelques mesures de "C'est la ouate", avant de nous laisser sur l'énergique et addictif "Toxique".
Un titre qui s'annonce d'ores et déjà comme un  tube...

Le 1er novembre 2019, à 21h, le 2 novembre à 16h et 21h, les 30 et 31 décembre à 21h, les 2 et 3 janvier 2020 à 21h et le 4 janvier à 16h et 21h, au Théâtre l'Archipel, 17, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris. 
Tél.: 01.73.54.79.79. http://www.larchipel.net/

18 oct. 2019

Hervé: "J'adore les clairs-obscurs"

(c) Lorelei Buser Suero
Il se rêvait footballeur mais un accident en a décidé autrement...
 Après la belle aventure de Postaal, le duo électro-pop formé avec Dennis Brown, Hervé s'est lancé en solo avec un premier EP baptisé "Mélancolie F.C.", sorti le 17 mai dernier. Des textes dont le spleen est contrebalancé par des rythmes électro qui vous transportent sur sa planète. Un monde où les couleurs se confondent, où les mots dessinent toute une palette d'émotions.
Aux Francofolies de La Rochelle, cet été, son concert au Théâtre Verdière a séduit et bouleversé. Impossible de ne pas tomber sous le charme ténébreux et lumineux de cet auteur-compositeur.
Le monde du ballon rond a peut-être perdu un futur champion mais celui de la musique a gagné un artiste avec lequel il faut désormais compter.

- A l'écoute de ton disque, on a le sentiment que chez toi, la mélancolie n'est pas vraiment un état languissant ?
J'aime la dualité entre des textes sombres et des musiques énergiques. C'est la dimension du drop. J'aime aussi l'idée qu'on ne puisse pas facilement entrer dans le projet. Moi-même, je me méfie des premières écoutes.
- Quel souvenir gardes-tu de ton passage en première partie d'Eddy de Pretto à Olympia ?
On parle beaucoup de la magie de cette salle. J'ai joué devant le rideau. Ça ne sonnait pas vraiment comme un tour de chant. Assurer une première partie demande une énergie particulière: les gens ne te connaissent pas, ils ne t'attendent pas. Mais j'ai trouve ça cool. Eddy m'a invité à ouvrir quasiment toutes ses dates.
- Il y avait tout de même dans le public des personnes qui connaissaient Postaal, non ?
Certaines ont sans doute fait le lien. Mais ce n'était pas évident car à l'époque, nous portions des capuches et on ne se montrait jamais.
- Sur la pochette de "Mélancolie FC", tu te caches encore un peu ? 
C'est une photo que j'aime bien. Elle a été faite aux Transmusicales de Rennes. Et celle qui est à l'intérieur du disque me représente enfant. Lorsque j'ai trouvé le nom de l'EP, on a brodé autour du thème.
- Dans ta biographie, on apprend peu de choses sur toi. Toujours ce besoin de te préserver ?
J'ai l'impression que moins on dit de choses, mieux c'est. Je ne suis pas non plus un accroc des réseaux sociaux. Si on souhaite me connaître, il y a la scène. J'essaie toujours d'être le plus sincère possible.
- On apprend quand même que c'est Higelin qui t'a donné envie de chanter ?
Pochette du EP Mélancolie F.C.
 C'est vrai. J'aime les artistes qui arrivent à transmettre des images factuelles, qui racontent des histoires avec un début, un milieu et une fin. Des artistes comme Aznavour, Brel, Ferré, Stromae... Alain Bashung avait ce truc aussi.
- Dans ce EP tu reprends d'ailleurs "La peur des mots", un titre peu connu de Bashung ?
 Il s'agit de la version enregistrée à Memphis quand Bashung était allé dans la maison de Presley. Je trouve que le texte de Jean Fauque est sublime. Cette phrase "Tue-moi, je te couvrirai de baisers" me bouleverse à chaque fois que je la chante. J'aime cette forme d'écriture là.
- L'album est pour bientôt ?
Je me challenge en permanence. J'ai mis du temps à apprendre à déléguer. Pour l'album à venir, je vais ouvrir les collaborations. Et prendre le temps de partir en Bretagne pour écrire. Il y a là-bas des paysages et une mélancolie qui m'inspirent. J'adore les clairs-obscurs.

En tournée: le 19 octobre 2019 à Cavaillon (La Garance), le 23/10 à Troyes (Festival Off Off Off), le 24/10 à Chatenay Malabry (Le Pédiluve), le 29/10 à Riorges (Les Mardis du Grand Marais), le 4/11  à Paris (Les Etoiles), le 9/11 à Saint Lô (Les Rendez-Vous Soniques), le 17/11 à Rambouillet (L'Usine à Chapeaux)... 
Le concert aux Etoiles affichant complet, une nouvelle date parisienne est annoncée le 19 mai 2020 à la Maroquinerie, 23, rue Boyer, 75020 Paris. http://www.lamaroquinerie.fr/

16 oct. 2019

"Le son d'Alex": toute la musique qu'il aime...


(c) Franck Harscouet
Les habitués de Télématin sur France 2 connaissent bien ses chroniques. Ils savent moins, sans doute, qu'Alex Jaffray est également scénariste, musicien et compositeur pour le cinéma et la télévision. Autant dire que l'homme connaît la musique !
Pour preuve ce "Son d'Alex", présenté comme le premier stand-up musical. Un spectacle dans lequel il raconte "son" histoire de la musique, avec des anecdotes, des extraits, des devinettes ou encore quelques secrets de fabrication de tubes. Ces derniers n'étant évidemment pas à prendre au pied de la note car, s'il existait une recette miracle, il siroterait des spritz avec Lady Gaga sur un yacht à Miami !
Avant toute chose, il rappelle que nous avons tous entendu le même premier son: celui du coeur de notre maman !
De Bachelet à Bach en passant par Michel Sardou, Peter et Sloane, Maître Gims ou Daft Punk, Alex ratisse large pour nous offrir quelques moments d'anthologie et de franche rigolade.
Au passage, ce passionné va même jusqu'à rétablir quelques vérités historiques en précisant que contrairement à ce que Sheila chantait, les rois mages ne sont jamais allés en Galilée...
(c) Franck Harscouet

On apprend également qu'Alfred Newman qui a composé plus de 150 musiques de films et reçu pas moins de 9 Oscars n'est finalement connu que pour un seul tube:  la fanfare d'introduction des films de la 20th Century Fox. Et on sèche lamentablement lorsqu'il nous demande de citer le nom du complice de George Michael dans Wham!
En un peu plus d'une heure, le public assiste ainsi à une sorte de cours magistral sur la musique. Mais un cours à l'image d'Alex Jaffray: drôle, décalé et généreux.
Touchant  aussi lorsqu'il évoque la rencontre avec son "idole" Ennio Morricone.

Jusqu'au 19 décembre 2019, les mercredis et jeudis, à 20 heures, au République, 
23, Place de la République, 75003 Paris. 
Tél.: 01.47.70.97.96. Prix: 25 €
 http://www.lerepubliqueparis.fr/

11 oct. 2019

"Relire Aragon": d'une beauté saisissante

Patrick Mille (c) Guy Fasolato
 Vous cherchez comment détourner vos ados de leurs chères tablettes pour partager avec eux un moment privilégié ?
Quelque chose qui ne ressemblerait pas, même de loin, à un exercice scolaire ? Et si vous les emmeniez au théâtre pour  plonger dans "l'imaginaire beauté pareille à l'eau pure des sources perdues..." 
Avec "Relire Aragon" (créé à la Maison de la Poésie), le comédien Patrick Mille et le chanteur, musicien et compositeur Florent Marchet nous proposent une magnifique traversée au coeur de l'oeuvre du poète. Une traversée orageuse, passionnée, tumultueuse et d'une beauté saisissante.
Nous avions déjà pu apprécier leur belle complicité dans le spectacle consacré au vers de Pierre Reverdy. On la retrouve ici, intacte, dans ce spectacle à mi-chemin entre théâtre, musique et littérature.

Patrick Mille, acteur "habité" et doué d'une parfaite diction, déclame, s'insurge, s'apaise aussi pour incarner sur scène les révoltes et les déclarations d'amour du "fou d'Elsa". Il est parfois grandiloquent, mais comment ne pas l'être avec des textes d'une telle intensité.
Quant à Florent Marchet, tantôt à la guitare et tantôt au piano, il joue et chante avec un indiscutable talent. On se souvient évidemment de Léo Ferré ou de Jean Ferrat (entre autres) mais il n'a pas à souffrir de la comparaison, loin s'en faut.
Florent Marchet (c) Guy Fasolato

En duo ou en solo, ils nous embarquent ainsi dans "La nuit de Dunkerque",  "La grotte", font revivre les "Fantômes" ou nous interpellent sur le vibrant "Est-ce ainsi que les hommes vivent".
En rentrant, vos ados retourneront sans doute à leurs virtuelles addictions mais si, dans un petit coin de leur tête, résonnent encore quelques "Strophes pour se souvenir", votre soirée aura été doublement réussie...

Jusqu'au 4 novembre 2019, les dimanches et lundis à 20 heures, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse, 26, rue de la Gaîté, 
75014 Paris. Tél.:01.43.20.60.56. 
http://www.gaite.fr/

2 oct. 2019

Michaël Hirsch nous invite à rêver...

(c)  Svend Andersen
Il nous avait conquis avec son spectacle "Pourquoi ?" (voir le 17 février 2017 sur ce blog) dans lequel il nous régalait déjà avec une ode à l'homme couché.
Une invitation  à rêver qui prend toute sa dimension dans ce nouveau seul en scène "Je pionce donc je suis" , co-écrit avec Ivan Calbérac et mis en scène par Clotilde Daniault. Pas tout-à-fait seul d'ailleurs puisque Michaël Hirsch campe ici toute une galerie de personnages loufoques et attendrissants. Sauf peut-être Manuel Sanchez, un impitoyable chef d'entreprise.
Humoriste et poète Michaël Hirsch est aussi un humaniste. Chez lui, la bienveillance et l'empathie ne sont jamais loin. Quand on sait qu'enfant il était fâché avec le français et la lecture, on se réjouit d'apprendre que c'est Raymond Devos (découvert à la télévision) qui l'a réconcilié avec la langue de Molière... Une langue qu'il manie avec talent et esprit, même s'il se laisse parfois aller à quelques calembours un peu convenus.
Quant au héros de l'histoire, il s'agit du bien-nommé Isidore Beaupieu. Un jeune homme pressé et stressé, licencié pour cause d'assoupissement durant la présentation officielle du "Perfect Toast", le seul grille-pain qui ne brûle jamais.
 Dépité, il décide de "mettre sa vie entre charentaises"...
(c) Svend Andersen

Le temps de rencontrer son groupe de soutien sur les réseaux sociaux, de croiser la route du Commandant Couche-Tôt ou de soutenir la théorie imparable de l'effet papillon du bâillement, immédiatement confirmée auprès de quelques spectateurs !

Entre deux promesses de délices à ceux qui se laissent  emporter dans les bras de Morphée, Michaël nous offre également une imitation de Fabrice Luchini dont il maîtrise parfaitement le phrasé et les mimiques.
Au final, il raccroche sa robe de chambre pour endosser la cape de "Pyjaman". Un héros dont le super pouvoir est d'aider les gens à rêver.
Un spectacle dont on sort la tête dans les étoiles...

Jusqu'au 19 janvier 2020, du jeudi au samedi à 21h30
et le dimanche à 19h, au Lucernaire, 
53, rue Notre-Dame-Des-Champs, 75006 Paris. 
Tél.: 01.45.44.57.34.  http://www.lucernaire.fr/