27 mars 2013

Lisa LeBlanc : une vraie bête de scène


(c) Pascale Boislard
«Je fais du folk trash et je suis une acadienne qui roule ses "r" annonce d'entrée de jeu Lisa LeBlanc. Et quel jeu ! Armée de sa guitare (qu’elle troque parfois contre un banjo) elle a littéralement fait vibrer les planches de la Boule Noire, lors du concert  donné hier pour la sortie de son premier album éponyme en France.
 Dotée d’un timbre rauque et puissant, que l’on compare déjà à celui de Janis Joplin, cette demoiselle (23 ans) au tempérament volcanique déboule dans le paysage musical avec un répertoire détonnant. Entre ballades, morceaux rock et riffs aux sonorités country, elle y assène ses états d’âme de fille trop souvent larguée avec une énergie et une truculence insolentes. Le moins qu’on puisse dire c’est que le chagrin d’amour ne la plonge pas dans des langueurs monotones ! De « Câlisse-moi là » à « Chanson d’une rouspéteuse » en passant par « Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde », Lisa s’épanche, façon boulet de canon, en bousculant les codes de la « toune » sentimentale. On imagine que cette bouillonnante artiste devait se sentir un peu à l’étroit dans son village de 49 habitants au Nouveau-Brunswick. Aujourd’hui, cette auteure-compositrice vit à Montréal où elle a décroché un certain nombre de prix. Sans doute plus que de bons gars dans sa vie ! « J’aimerais ça, t’écrire des poèmes avec des beaux mots qu’on ne comprend ni l’un ni l’autre » chante Lisa. Il est vrai que si on est hermétique au « chiac » (langage franco-anglais très prisé par la jeunesse canadienne) on risque fort d’être largué, car cette fougueuse acadienne use beaucoup de ces expressions  colorées. C’est sans doute le seul bémol. Pour l’heure, Lisa LeBlanc apparaît comme un sacré phénomène. Et quand on sait qu’elle était souffrante lors de ce premier concert, on n’ose imaginer ses prestations scéniques quand elle est au top de sa forme !
Annie Grandjanin

Le 27 mars, à 20 h 00, à la Boule Noire, 120 bd Rochechouart 75018 Paris. Tél. : 01.49.25.81.75. Tournée en France à l'automne avec une escale à la Cigale le 25 novembre. Album sorti le 25 mars (label Tôt ou Tard).

21 mars 2013

La Grande Sophie: au sommet


Rares sont les artistes qui se révèlent aussi enthousiasmants sur albums que sur scène ! La Grande Sophie fait partie de ces chanteuses que l’on peut écouter,  avec un égal bonheur (et en boucle !), lové sur un canapé ou debout dans une salle surchauffée !
(c) Audoin Desforges
C’était le cas hier, à la Cigale, pour sa dernière escale parisienne, avant de reprendre la route. Durant presque deux heures, cette ancienne élève des Beaux Arts a montré toute la palette de ses talents. Tour à tour, émouvante, enjouée, nostalgique, alternant chansons et morceaux rock, la Grande Sophie a assurément fait bien du chemin depuis l’époque où elle mitonnait ses histoires de filles rigolotes et mélancoliques dans sa cuisine ! Issue du circuit alternatif, elle s’est frottée à tous les publics et y a gagné une maîtrise et une exigence qui la placent aujourd’hui dans la cour des grands. Eclairée par de belles projections en fond de scène, elle a  repris quelques-uns de ses succès comme « Du courage »,  mais aussi et surtout des titres de son dernier  opus « La place du fantôme », sacré meilleur album de l’année lors des dernières Victoires de la Musique. Nous, on lui décernerait volontiers aussi celle du concert le plus électrisant de la saison ! A noter également un joli duo avec Ornette sur "Laisse-tomber les filles" (une chanson écrite par Gainsbourg pour France Gall). Le public a réservé une ovation à cette artiste qui, sur de belles mélodies aux sonorités anglo-saxonnes, a évoqué ses fantômes : ceux des amours fantasmées, des amis disparus, du temps qui abîme et qui file…Et lorsqu’en rappel, elle chante « Je ne changerai jamais » (extrait de « La Suite »), on ne peut qu’applaudir !
Annie Grandjanin

En tournée :  le 28 mars au Théâtre Municipal de Seclin, le 29 mars au Mans (Festival LM Cité chansons), le 30 mars à la Maison de la Culture de Nevers. En avril : le 5 à l’Espace Jeliote d’Oloron Sainte Marie, le 6 au Festival Elfondurock de Marcoussis,  le 19 au Théâtre des Sablons de Neuilly (Festival Chorus des Hauts-de-Seine), le 27 au Festimai de Tarnos…

14 mars 2013

22h22 : heure exquise


« Ce serait criminel de laisser le public dans l’ignorance de leurs chansons » confie François Morel, à propos du spectacle "22h22", programmé dans le cadre de sa carte blanche à la Pépinière Théâtre. Et on lui donne mille fois raison ! En un peu plus d’une heure, on tombe littéralement sous le charme de la chanteuse Lucrèce Sassella et de ses deux complices, le pianiste Antoine Sahler  et le percussionniste Guillaume Lantonnet.
« Pourquoi nous deux ?» s’interroge Lucrèce qui, au fil de chansons douces-amères et parfois franchement loufoques, tricote et détricote sa carte du tendre. On la suit avec bonheur et curiosité lorsqu'elle fond devant l'homme qui lui fait du bien, évoque les "jolis dégâts" de la rupture, ses angoisses qui naissent toujours à 22h22 ou se pose des questions  existentielles telles que : pendant combien d’années peut-on avoir 22 ans ? Le grand amour est-il définitivement provisoire ? 
Dans un décor un peu kitch, les trois complices s’amusent également à rejouer, avec une touchante maladresse, quelques scènes du quotidien comme le partage pas très équitable de la vaisselle, le brossage de dents, l’art de déplier un sèche-linge tout en offrant un joli clin d’œil aux « Baisers volés » de Truffaut.
« Le plus beau jour de ma vie est peut-être passé ? » chante Lucrèce. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas passer à côté de ce spectacle qui conjugue  tendresse et poésie avec autant d'intelligence !
Annie Grandjanin

Tous les lundis à 21 h, jusqu’au 8 avril. La Pépinière Théâtre, 7, rue Louis le Grand 75002 Paris. Tél. : 01 42 61 44 16.

Swinging Life, victime de son succès ?


Présenté à l’Alhambra, au Comédia puis en tournée en France et à l’étranger, ce spectacle passe en revue quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de la comédie musicale noire américaine. Et, incontestablement, il possède de sérieux atouts : des chorégraphies efficaces, de vrais musiciens en live sur scène, des costumes originaux, de belles voix et un répertoire imparable qui va de Duke Ellington à Fats Waller ou Quincy Jones, en passant par des extraits de spectacles cultes comme Dreamgirls, Sister Act, La Couleur Pourpre, Porgy and Bess, Smokey’s Joe’s Café… Les dix chanteurs, danseurs et comédiens qui faisaient notamment partie de la distribution du Roi Lion à Mogador enchaînent les tableaux avec une bonne humeur communicative. Mais, après un  « Sing, Sing, Sing » emballant, on a le sentiment que la troupe peine à retrouver ses marques et la spontanéité de ses débuts. Si les chœurs sont particulièrement réussis, certains solos n’évitent pas l’écueil de la démonstration vocale. On passera sur les blagues douteuses dans les scènes de Sister Act mais difficile d’ignorer des séquences qui tirent en longueur comme celle de l’auto-stop ou le concours de chant présenté par un animateur à la limite de la caricature. Resserré, allégé d’effets qui nuisent à la qualité du show, Swinging Life devrait trouver sa vitesse de croisière. Pour l’instant, on reste un peu sur le quai...
Annie Grandjanin
Jusqu’au 4 mai, du mardi au samedi à 21 h, mat. dim. A 16 h 30 à Bobino, 14-20, rue de la Gaîté 75014 Paris. Tél. : 08 2000 9000.

4 mars 2013

Les Fouteurs de Joie : pari tenu !


Dans un décor assez sobre, éclairé de quelques guirlandes de lampions qui donnent à l’ensemble un petit air de fête foraine,  les cinq complices se présentent tout d’abord comme des musiciens. De véritables touche-à-tout puisqu’ils jouent de la guitare, du ukulélé, de la contrebasse, du banjo, de la clarinette, du tuba, du saxophone, de la guitare manouche, de la scie musicale…
Mais au-delà de ce réel talent  pour passer d’un instrument à l’autre, ils proposent un répertoire singulier, à la fois déjanté et un brin militant. Que ce soit pour défendre l’ouvrier opprimé, les mecs largués, les douceurs du « Rocking chair » ou les bienfaits de « L’andouillette » sur fond de rock endiablé ! En un peu plus d’une heure ils passent ainsi de l’humour trash des « Enfants de la centrale » à l’éloge décalée de « Oh mon patron » tout en s’autorisant de beaux moments de tendresse avec « Elisabeth » et le touchant « Sortie d’usine ». Sans oublier, un clin d’œil aux Moody Blues avec une version très personnelle et irrésistible du fameux « Nights in White Satin ». Des titres qui figurent pour la plupart sur leur dernier album « La Belle Vie » (sorti le 4 mars). Au final, ces saltimbanques remarqués dans de nombreux festivals de rue, entonnent, la main de cœur, un hymne sous forme de confession : « We are not The Rolling Stones, we are not Metallica, we are not Yvette Horner ». Ce qu’ils sont ? Des saltimbanques qui portent un regard ironique, cocasse et sensible sur le monde, sans jamais se prendre au sérieux. Et, incontestablement, ces Fouteurs de Joie tiennent leurs promesses…
Annie Grandjanin

Tous les lundis à 20 h 30 (et à 21h30 chaque dernier lundi du mois), jusqu’au 24 juin. Au Grand Point Virgule, 8 bis, rue de l’Arrivée 75015 Paris. Tél. : 01 42 78 67 03.