18 déc. 2019

Patrizia Poli: "une chanson est un trait d'union universel et impalpable"

(c) Dominique Degli Esposti
En solo ou dans des groupes comme E Duie Patrizie, Les Nouvelles Polyphonies Corses ou le Trio Soledonna, la voix profonde et vibrante de Patrizia Poli a largement dépassé les frontières de sa langue maternelle et de son île. Personne n'a oublié  "Giramondu" diffusé lors de l'ouverture des Jeux Olympiques d'Albertville.
Pour son nouvel album "Versuniversu", elle a travaillé avec le bassiste, claviériste et compositeur Pascal Arroyo, rencontré lors d'une tournée de Bernard Lavilliers. Ce dernier a d'ailleurs écrit le texte "Les Hommes" et co-écrit avec Pascal celui de "Faits divers".
Des chansons d'amour et de révoltes qui portent la signature de Patrizia mais aussi celles de Ghjacumu Thiers, Jérôme Camilly et Antoine Giacomoni.

- Vous avez fait le choix de chanter principalement en corse. Ce n'est pas un frein pour toucher le public ?
C'est ma langue naturelle et je l'utilise pour écrire et chanter. C'est peut-être vrai sur le continent mais cela ne pose aucun problème lorsque je me produis à l'étranger. En allant plus loin, je crois que l'identité est dans la voix, dans ce que nous appelons le riacquistu. Une chanson est un trait d'union universel et impalpable qui permet de communiquer avec n'importe quel être humain. Si elle est forte et vraie, elle doit émouvoir sans qu'on comprenne forcément le texte.
- La chanson "Des hommes" n'est pas très tendre pour eux ?
Je suis bien d'accord mais elle a justement été écrite par un homme ! Il faut y voir de la dérision et de la malice. L'humour est une manière de dépasser les choses. Je me suis moi-même posée la question sur le fait que je pouvais parfois les effrayer. On m'a répondu: "C'est vrai que vous n'avez pas une beauté welcome !"
- Pouvez-vous nous parler de l'émission radiophonique que vous avez animée dans les années 
80 ?
Elle s'appelait"I Scrianzati" et était enregistrée en public. Nous parlions de politique avec une totale liberté. Nous nous sommes attaqués à un certain nombre de tabous mais les réactions étaient quand même excellentes. On nous en parle encore aujourd'hui. Je regrette qu'il n'y ait plus de genre d'émission. La parole libère.
- On vous qualifie souvent de militante ?
J'ai commencé à chanter alors que j'avais 15/16 ans. Durant plusieurs années, j'étais dans un mouvement qui consistait à donner ses cachets pour soutenir ceux qui avaient besoin d'aide. Je trouve qu'un artiste doit être libre et c'est vrai que j'ai milité pour ces idées là.
- Quels souvenirs gardez-vous de la cérémonie des Jeux d'Albertville ?
C'était diffusé en mondovision et cela a permis au plus grand nombre de découvrir ce qu'était une polyphonie. Lorsque je suis allé au rendez-vous avec Philippe Decouflé, j'ai découvert un homme presque timide. J'étais curieuse de savoir quelle chorégraphie il avait imaginée. Il m'a demandé s'il pouvait m'entendre et je me suis mise à chanter "Giramondu" dans un hangar. Les danseuses ont alors commencé à danser...
- Auteur, compositeur, interprète, animatrice radio, actrice pour le théâtre et la télévision... votre registre est impressionnant ?
Je suis même productrice de mon album ! Je fais des choses en fonction des rencontres. Mais ce que j'aime avant tout c'est être sur scène et chanter.


- Album "Versuniversu" (Les Nouvelles Polyphonies Corses/Socadisc), disponible depuis le 8 novembre 2019.
En concert ce soir 18 décembre 2019, à 19h30, en première partie
 d'I Muvrini, aux Folies Bergère, 32, rue Richer, 75009 Paris.
 Tél.: 0892 68 16 50.  Places: de 35 à 60 € .http://www.foliesbergere.com/

7 nov. 2019

Rod Barthet: "j'aime faire tomber les barrières"

(c) Fabien Cart
Il a créé son premier groupe de hardcore à 14 ans. Après des gammes plus académiques à l'école de musique de Nancy, Rod Barthet s'est envolé pour San Francisco. Il y croisera quelques vieux routards du blues dont John Lee Hooker qui l'invite à assurer sa première partie en concert !
Il a alors vingt ans et des rêves plein la tête. Comme celui qu'il réalise en 1995 en retournant en Californie pour enregistrer son premier album Rod & The Shotguns "Mr Alligator".
En une vingtaine d'années, ce natif de Pontarlier a imposé sa griffe sur la scène blues-rock. Outre un redoutable jeu de guitare, il se démarque des accents rocailleux de ses aînés avec son timbre clair. Pour son nouvel opus "Ascendant Johnny Cash", il a retrouvé son complice Boris Bergman. "Après plus de vingt années de collaboration avec Rod, je peux affirmer que c'est très certainement l'un de mes meilleurs albums" affirme ce dernier.
Loin de nous l'idée de le contredire...

- Il paraît que tu as assisté à ton premier concert à l'âge de 3 ans ?
Il s'agissait de Deep Purple. J'y suis allé avec ma mère. Elle était aussi fan de Janis Joplin, de Led Zeppelin, des Doors...J'ai longuement fouillé dans ses disques avant d'arriver au blues. Cette musique est mon fil conducteur. C'est pour ça que je suis allé aux États-Unis.
- Être invité à jouer en première partie de John Lee Hooker, ça muscle un CV, non ?
Je suis toujours surpris quand on m'en parle. J'avais vingt ans et je n'ai pas mesuré la chance que j'avais. Alors que je jouais dans un bar, j'ai rencontré son attaché de presse et je lui ai remis une cassette. John Lee Hooker m'a appelé et m'a invité chez lui. Il m'a même prêté sa voiture pour que je puisse découvrir San Francisco. C'était un vieux monsieur très respecté. Il disait qu'avoir la grosse tête ne servait à rien. En me proposant de faire sa première partie, il m'a vraiment mis le pied à l'étrier.
Hormis l'apprentissage musical dans la discothèque maternelle, quels sont les artistes que tu écoutes ?
Ben Harper, Jimi Hendrix, John Butler Trio, Neil Young, Bob Dylan... J'ai beaucoup aimé le premier album de Gérald de Palmas ("Marcher dans le sable"). Il y a aussi Matthieu Chedid  que j'ai rencontré alors qu'il ne s'appelait pas encore M. Nous avons même fait un boeuf ensemble. Il ne fait pas semblant de jouer. C'est un super "gratteux" !
Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Boris Bergman ?
C'était par l'intermédiaire de Yazid Manou, un attaché de presse. Je suis allé chez Boris à Montmartre pour lui faire écouter ce que je faisais. Il a travaillé avec beaucoup d'artistes internationaux. Il a d'ailleurs un mot de David Bowie qui le remercie pour la traduction de "Space Oddity". Mais la plupart des gens le connaissent pour sa collaboration avec Bashung. Il écrit des choses qui me correspondent et que je prends parfois en pleine figure. Comme la première chanson de l'album  "Amour ma fêlure". Il a signé 5 titres sur l'album.
-Un album que tu as enregistré chez toi, cette fois ?
Oui, à 90 % dans mon home studio. J'ai la chance d'être sur mon propre label. C'est une grande liberté.
Tu fais rarement des reprises mais dans ton précédent album "Les filles à l'écoute", on trouve"Gaby Oh Gaby".
(c) Cyril Jubin
Habituellement, je ne suis pas fan des reprises sur mes albums. Là, j'étais avec des musiciens américains qui ne connaissaient pas Bashung. Il n'y a eu qu'une seule prise et nous l'avons gardée. Je l'ai fait en pensant à Boris.
- La présence de cordes dans le titre "Madame", est assez inhabituelle aussi ?
C'était un souhait que j'avais depuis longtemps. J'ai signé le texte et la musique mais j'ai laissé carte blanche à l'arrangeur qui a fait un travail magnifique. Lorsque j'ai entendu les jeunes musiciennes qui viennent du Conservatoire de Besançon, j'ai eu la chair de poule.
- Que réponds-tu à ceux qui sont critiques à l'égard du blues français ?
Qu'il suffit d'écouter des artistes comme Paul Personne. Je suis pour la retenue dans la voix et.je chante en français. C'est mon univers. J'aime faire tomber les barrières ! Je songe souvent à cette phrase de Cocteau: "Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi". Moi, cela vingt ans que je le fais et j'enfonce le clou.

- Album "Ascendant Johnny Cash" (Festivest/Socadisc), disponible depuis le 27 septembre 2019.
En concert, le 21 novembre 2019 à 20h30, au Sunset, 60, rue des Lombards, 75001 Paris. 
Tél.:01.40.26.46.60.Prix: 20 €. http://www.sunset-sunside.com/

30 oct. 2019

Louis Ville: "Je me sens privilégié !"

(c) E. Segelle
Depuis la sortie de son premier album "Hôtel pourri", à l'aube de notre millénaire, cet artisan de la chanson a creusé son sillon sans jamais dévier de sa trajectoire: celle d'un poète dont le timbre rocailleux, les textes incisifs et pétris d'humanisme nous touchent et nous bousculent.
Vous ne trouverez pas forcément "Éponyme" en tête de gondole, comme on dit, mais ce nouvel opus est l'un de ceux qu'il faut écouter d'urgence.
Une oeuvre dense et sombre, traversée de lumineuses fulgurances dont cet auteur-compositeur a également assuré les parties guitares, basses, piano, la programmation, l'enregistrement et le mixage.
Des chansons qui parlent de soleil voilé, de montagnes franchies et de déserts sans eau, d'une fille dans un train, mais aussi de couleurs pour colorier le monde autrement...

- Vous étiez en panne d'inspiration pour trouver un titre à cet album ?
Il aurait pu s'appeler "Des à-pics des fadaises" mais  c'est parfois réducteur de choisir le titre d'une chanson. Et là, franchement, j'avoue que j'étais en manque d'idée.
- Est-ce parce que c'est aussi celui qui vous ressemble le plus ?
Tout ce que j'écris n'est pas forcément vécu. Il s'agit surtout de ressenti, de regards que je croise. Ma vis est assez banale. Je crée personnages parce que ça me dédouane.
- C'est-à-dire ?
Il faudrait être idiot ou aveugle pour ne pas percevoir la merde qui nous entoure, la perte de certaines valeurs,  mais je ne vois pas l'intérêt de le chanter de manière frontale. Cela va sans doute avec l'âge.
- Ou la sagesse ?
Oui et non. Si je vois un moine bouddhiste, je me dis que c'est une forme de sagesse. Mais il vit en reclus...
- Les références récurrentes à Arthur H, Arno ou Brel vous agacent ?
Ça va mieux. Je trouve cela évidemment très flatteur. Un journal américain a même évoqué le "frenchy Leonard Cohen" !
- Pouvez-vous nous parler du morceau instrumental que vous avez intitulé "Raphaël" ?
Il évoque un ami. Dans la vie, j'ai du mal à exprimer mes sentiments. Raphaël est quelqu'un qui a mené une carrière classique tout en ayant une incroyable folie en lui. Ce morceau est la représentation que je me fais du personnage et ma manière de lui rendre hommage.
(c) N. Ragu
Vous composez également des musiques pour le cinéma et la télévision ?
J'adore ça ! Ce n'est pas du tout un travail pour moi. J'apporte ma vision des choses, le rythme de la narration. Il suffit que je puise dans ma petite bibliothèque musicale pour que l'inspiration coule à flot. Je ne me retrouve jamais devant une page blanche.
- L'exercice est plus douloureux pour la chanson ?
Oui et non. On doit parfois se plonger dans certains états pour aller chercher une émotion ou une image.
- Des états qui expriment un certain désespoir, non ?
Mais dans la vie, je peux être très léger ! S'il fallait envisager sérieusement la réalité des choses, le quotidien serait plombant. Les révoltes nourrissent pendant un certain nombre d'années. Après, on s'aperçoit qu'elles sont un peu vaines...
- Donc, vous écrivez ce qui vous perturbe ?
Oui, parce que je ne veux pas que ça germe en moi.
- Avec la chanson "Des couleurs", vous vous êtes autorisé un peu de légèreté ?
J'ai voulu écrire quelque chose de simple, de basique. Elle semble légère et lumineuse parce qu'elle est enfantine.
- Elle exprime peut-être votre part de fragilité ?
On n'a jamais la certitude que ce qu'on fait est bien. A mes débuts, j'ai fait du punk, du rock... J'ai commencé à aimer ce que je fais depuis 3 ou 4 albums. Mais je me sens privilégié parce que je vis de ma musique. Cela ne m'empêche pas de me remettre souvent en question. En fait, je pense que la clef d'une forme de jeunesse intellectuelle, elle est là. J'espère que ce que je dis ne paraît pas trop prétentieux ?

- Album "Éponyme" (Balandras Éditions), disponible depuis le 11 octobre dernier.
En concert: le 22 novembre 2019, Espace Matthieu Côte, à Rompon (07), le 24 novembre, "Chant'Appart", à Marseille (13), le 29 novembre, Le Gueulard à Nilvange (57), le 8 mars 2020, Festival "Chantons sous les pins" à Pomarez (40), le 27 mars à la Médiathèque de Toul (54), le 15 juillet, Fish'n Blues" à Munich... 



28 oct. 2019

Caroline Loeb: joyeuse, touchante et libre

(c) Emmanuel Chandelier
Après avoir célébré Mistinguett, George Sand ou encore Françoise Sagan, Caroline Loeb renoue avec le tour de chant pour "Chiche !".
Un spectacle à mi-chemin entre concert et stand-up, mis en scène par Stephan Druet,  dont le titre résonne comme  l'enfantin "T'es pas cap". Car La Loeb, comme on l'appelle encore aujourd'hui aime les défis :"Je ne suis pas connue comme chanteuse, je suis connue comme chanson !" confie-t-elle en riant.
Un clin d'oeil malicieux au succès qui lui a permis, dans les années 80, de côtoyer le monde du show-biz, de la mode, de la politique... et de vivre de rocambolesques aventures.
Des souvenirs dont elle émaille "Chiche" avec la gouaille et la liberté d'une femme de son époque.
 Une époque créative et transgressive où l'on pouvait  répondre à l'invitation du Président François Mitterrand pour dîner à l'Elysée, partir à New York sur un coup de coeur, tout en assurant des galas dans les discothèques et  des "streap forains" dans le sud de la France !
Accompagnée par trois talentueux  musiciens (Stéphane Corbin aux claviers, Yorfela à la guitare-basse et Benjamin Corbeil à la batterie), Caroline apparaît,  juchée sur un tabouret, avec un titre en forme de confidence  "On ne sait jamais ce que le passé nous réserve". 
L'une des belles et émouvantes chansons de "Comme Sagan". Un album sorti en février dernier,
 concocté avec la complicité d'auteurs et compositeurs comme Pascal Mary, Pierre Grillet,  Pierre Notte, Wladimir Anselme, Benjamin Siksou, Thierry Illouz, Jean-Louis Piérot... Et Françoise Sagan dont on a parfois oublié qu'elle a prêté sa plume à des artistes comme Juliette Gréco ou Mouloudji.
Occupant la scène avec un savoir-faire évident, Caroline passe de la mélancolie ("Maisons louées") à une vibrante célébration de la ville de son enfance ("Bonjour New York"), cède à l'insistance de ses musiciens (et du
public) en reprenant quelques mesures de "C'est la ouate", avant de nous laisser sur l'énergique et addictif "Toxique".
Un titre qui s'annonce d'ores et déjà comme un  tube...

Le 1er novembre 2019, à 21h, le 2 novembre à 16h et 21h, les 30 et 31 décembre à 21h, les 2 et 3 janvier 2020 à 21h et le 4 janvier à 16h et 21h, au Théâtre l'Archipel, 17, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris. 
Tél.: 01.73.54.79.79. http://www.larchipel.net/

18 oct. 2019

Hervé: "J'adore les clairs-obscurs"

(c) Lorelei Buser Suero
Il se rêvait footballeur mais un accident en a décidé autrement...
 Après la belle aventure de Postaal, le duo électro-pop formé avec Dennis Brown, Hervé s'est lancé en solo avec un premier EP baptisé "Mélancolie F.C.", sorti le 17 mai dernier. Des textes dont le spleen est contrebalancé par des rythmes électro qui vous transportent sur sa planète. Un monde où les couleurs se confondent, où les mots dessinent toute une palette d'émotions.
Aux Francofolies de La Rochelle, cet été, son concert au Théâtre Verdière a séduit et bouleversé. Impossible de ne pas tomber sous le charme ténébreux et lumineux de cet auteur-compositeur.
Le monde du ballon rond a peut-être perdu un futur champion mais celui de la musique a gagné un artiste avec lequel il faut désormais compter.

- A l'écoute de ton disque, on a le sentiment que chez toi, la mélancolie n'est pas vraiment un état languissant ?
J'aime la dualité entre des textes sombres et des musiques énergiques. C'est la dimension du drop. J'aime aussi l'idée qu'on ne puisse pas facilement entrer dans le projet. Moi-même, je me méfie des premières écoutes.
- Quel souvenir gardes-tu de ton passage en première partie d'Eddy de Pretto à Olympia ?
On parle beaucoup de la magie de cette salle. J'ai joué devant le rideau. Ça ne sonnait pas vraiment comme un tour de chant. Assurer une première partie demande une énergie particulière: les gens ne te connaissent pas, ils ne t'attendent pas. Mais j'ai trouve ça cool. Eddy m'a invité à ouvrir quasiment toutes ses dates.
- Il y avait tout de même dans le public des personnes qui connaissaient Postaal, non ?
Certaines ont sans doute fait le lien. Mais ce n'était pas évident car à l'époque, nous portions des capuches et on ne se montrait jamais.
- Sur la pochette de "Mélancolie FC", tu te caches encore un peu ? 
C'est une photo que j'aime bien. Elle a été faite aux Transmusicales de Rennes. Et celle qui est à l'intérieur du disque me représente enfant. Lorsque j'ai trouvé le nom de l'EP, on a brodé autour du thème.
- Dans ta biographie, on apprend peu de choses sur toi. Toujours ce besoin de te préserver ?
J'ai l'impression que moins on dit de choses, mieux c'est. Je ne suis pas non plus un accroc des réseaux sociaux. Si on souhaite me connaître, il y a la scène. J'essaie toujours d'être le plus sincère possible.
- On apprend quand même que c'est Higelin qui t'a donné envie de chanter ?
Pochette du EP Mélancolie F.C.
 C'est vrai. J'aime les artistes qui arrivent à transmettre des images factuelles, qui racontent des histoires avec un début, un milieu et une fin. Des artistes comme Aznavour, Brel, Ferré, Stromae... Alain Bashung avait ce truc aussi.
- Dans ce EP tu reprends d'ailleurs "La peur des mots", un titre peu connu de Bashung ?
 Il s'agit de la version enregistrée à Memphis quand Bashung était allé dans la maison de Presley. Je trouve que le texte de Jean Fauque est sublime. Cette phrase "Tue-moi, je te couvrirai de baisers" me bouleverse à chaque fois que je la chante. J'aime cette forme d'écriture là.
- L'album est pour bientôt ?
Je me challenge en permanence. J'ai mis du temps à apprendre à déléguer. Pour l'album à venir, je vais ouvrir les collaborations. Et prendre le temps de partir en Bretagne pour écrire. Il y a là-bas des paysages et une mélancolie qui m'inspirent. J'adore les clairs-obscurs.

En tournée: le 19 octobre 2019 à Cavaillon (La Garance), le 23/10 à Troyes (Festival Off Off Off), le 24/10 à Chatenay Malabry (Le Pédiluve), le 29/10 à Riorges (Les Mardis du Grand Marais), le 4/11  à Paris (Les Etoiles), le 9/11 à Saint Lô (Les Rendez-Vous Soniques), le 17/11 à Rambouillet (L'Usine à Chapeaux)... 
Le concert aux Etoiles affichant complet, une nouvelle date parisienne est annoncée le 19 mai 2020 à la Maroquinerie, 23, rue Boyer, 75020 Paris. http://www.lamaroquinerie.fr/

16 oct. 2019

"Le son d'Alex": toute la musique qu'il aime...


(c) Franck Harscouet
Les habitués de Télématin sur France 2 connaissent bien ses chroniques. Ils savent moins, sans doute, qu'Alex Jaffray est également scénariste, musicien et compositeur pour le cinéma et la télévision. Autant dire que l'homme connaît la musique !
Pour preuve ce "Son d'Alex", présenté comme le premier stand-up musical. Un spectacle dans lequel il raconte "son" histoire de la musique, avec des anecdotes, des extraits, des devinettes ou encore quelques secrets de fabrication de tubes. Ces derniers n'étant évidemment pas à prendre au pied de la note car, s'il existait une recette miracle, il siroterait des spritz avec Lady Gaga sur un yacht à Miami !
Avant toute chose, il rappelle que nous avons tous entendu le même premier son: celui du coeur de notre maman !
De Bachelet à Bach en passant par Michel Sardou, Peter et Sloane, Maître Gims ou Daft Punk, Alex ratisse large pour nous offrir quelques moments d'anthologie et de franche rigolade.
Au passage, ce passionné va même jusqu'à rétablir quelques vérités historiques en précisant que contrairement à ce que Sheila chantait, les rois mages ne sont jamais allés en Galilée...
(c) Franck Harscouet

On apprend également qu'Alfred Newman qui a composé plus de 150 musiques de films et reçu pas moins de 9 Oscars n'est finalement connu que pour un seul tube:  la fanfare d'introduction des films de la 20th Century Fox. Et on sèche lamentablement lorsqu'il nous demande de citer le nom du complice de George Michael dans Wham!
En un peu plus d'une heure, le public assiste ainsi à une sorte de cours magistral sur la musique. Mais un cours à l'image d'Alex Jaffray: drôle, décalé et généreux.
Touchant  aussi lorsqu'il évoque la rencontre avec son "idole" Ennio Morricone.

Jusqu'au 19 décembre 2019, les mercredis et jeudis, à 20 heures, au République, 
23, Place de la République, 75003 Paris. 
Tél.: 01.47.70.97.96. Prix: 25 €
 http://www.lerepubliqueparis.fr/

11 oct. 2019

"Relire Aragon": d'une beauté saisissante

Patrick Mille (c) Guy Fasolato
 Vous cherchez comment détourner vos ados de leurs chères tablettes pour partager avec eux un moment privilégié ?
Quelque chose qui ne ressemblerait pas, même de loin, à un exercice scolaire ? Et si vous les emmeniez au théâtre pour  plonger dans "l'imaginaire beauté pareille à l'eau pure des sources perdues..." 
Avec "Relire Aragon" (créé à la Maison de la Poésie), le comédien Patrick Mille et le chanteur, musicien et compositeur Florent Marchet nous proposent une magnifique traversée au coeur de l'oeuvre du poète. Une traversée orageuse, passionnée, tumultueuse et d'une beauté saisissante.
Nous avions déjà pu apprécier leur belle complicité dans le spectacle consacré au vers de Pierre Reverdy. On la retrouve ici, intacte, dans ce spectacle à mi-chemin entre théâtre, musique et littérature.

Patrick Mille, acteur "habité" et doué d'une parfaite diction, déclame, s'insurge, s'apaise aussi pour incarner sur scène les révoltes et les déclarations d'amour du "fou d'Elsa". Il est parfois grandiloquent, mais comment ne pas l'être avec des textes d'une telle intensité.
Quant à Florent Marchet, tantôt à la guitare et tantôt au piano, il joue et chante avec un indiscutable talent. On se souvient évidemment de Léo Ferré ou de Jean Ferrat (entre autres) mais il n'a pas à souffrir de la comparaison, loin s'en faut.
Florent Marchet (c) Guy Fasolato

En duo ou en solo, ils nous embarquent ainsi dans "La nuit de Dunkerque",  "La grotte", font revivre les "Fantômes" ou nous interpellent sur le vibrant "Est-ce ainsi que les hommes vivent".
En rentrant, vos ados retourneront sans doute à leurs virtuelles addictions mais si, dans un petit coin de leur tête, résonnent encore quelques "Strophes pour se souvenir", votre soirée aura été doublement réussie...

Jusqu'au 4 novembre 2019, les dimanches et lundis à 20 heures, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse, 26, rue de la Gaîté, 
75014 Paris. Tél.:01.43.20.60.56. 
http://www.gaite.fr/