8 juil. 2014

Thomas de Pourquery : « Sun Ra était un punk avant l’heure ! »


(c) Sylvain Gripoix
Avec sa barbe et sa stature imposante, on l’imagine volontiers dans un remake de "Raspoutine" ou endossant le maillot d'un pilier de rugby. Mais c'est sur la scène des festivals ou dans les clubs que ce fougueux musicien donne la pleine mesure de ses multiples talents et de son goût pour le jazz, la pop, le rock ou le funk. Saxophoniste, chanteur, compositeur... Thomas de Pourquery rêvait en fait de jouer de la trompette ! «Lorsque je suis allé dans un magasin d’instruments de musique, avec mes parents, il n’y en avait plus, alors je suis reparti avec un saxophone » se souvient-il. Plus tard, Stefano Di Battista est passé par là et il a délaissé le ténor au profit de l’alto. Voilà pour la petite histoire. La grande histoire étant bien sûr « Play Sun Ra », son premier disque en tant que leader, couronné par une Victoire du Jazz 2014 dans la catégorie "album de l'année". Un album qui a bien failli ne jamais voir le jour. Victime d’un cambriolage, Thomas s’est fait voler son ordinateur et le disque dur contenant tout son travail. « Il y avait là tous les arrangements des morceaux que nous devions répéter 15 jours plus tard. J’ai passé une semaine de désespoir total. Puis, j’ai décidé de réécouter Sun Ra, juste pour voir ce qui allait se passer. Un peu comme on fait son deuil. Cela a duré deux jours et je me suis laissé emporter. C’était complètement mystique. J’ai eu un nouveau coup de foudre » confie-t-il. D’aucuns évoqueront plutôt un coup de génie car Herman Poole Blount, dit Sun Ra est un compositeur mal connu dont la musique est réputée « injouable ». «C’était un alchimiste. Il créait ses morceaux en fonction de la fréquence de telle ou telle note. Nous l’avons vérifié. Dès que l’on commence à jouer, il se passe un truc incroyable, comme une transe » explique Thomas. Alors qu’on célèbre cette année, le centenaire de sa naissance, Sun Ra, demeure pour beaucoup un personnage cosmique, une sorte de gourou qui prédisait l'arrivée des extra-terrestres. « Il faisait partie de l’afro-futurisme. Il prétendait qu’il venait d’une autre planète (Vénus) pour gommer toute idée de race. Comme tous les génies, il avait cette part de folie. C'était l'un des pionniers de l'électronique, même si son moteur était Duke Ellington. Il a produit dans tous les genres, du hardcore aux chansons pop et inspiré des groupes comme Sonic Youth. Le cantonner au free jazz, comme c'est souvent le cas, est assez réducteur. Si je devais le définir, je dirais que c’était un punk avant l’heure !».
Accompagné du groupe Supersonic, six musiciens venus d'horizons divers ("MegaOctet", "Sacre du Tympan", "Poni Hoax"...) qui sonnent comme un véritable big band, Thomas s’est attaché à retranscrire, presque amoureusement, la flamboyance et la poésie de Sun Ra. Une musique dans laquelle il a baigné très tôt puisque sa mère le berçait déjà avec «Enlightenment ». Mais il n'aime pas trop que l'on parle d'hommage: « Je trouve cela un peu morbide. L’idée est de jouer, de fêter un compositeur, comme on le fait pour Bach ou Mozart ».
 Lorsqu’il n’est pas en tournée, Thomas de Pourquery joue aussi … devant une caméra ! «C’est la cerise sur mon grand gâteau. J’ai fait un moyen métrage «Il est des nôtres » (de Jean-Christophe Meurisse) qui a été un peu remarqué. J'ai eu la chance d'être bien dirigé. Du coup, on m’a ensuite proposé « Tristesse Club », avec Ludivine Sagnier et Laurent Lafitte et je tourne actuellement avec Izia Higelin et Fred Poulet ». Le film devrait sortir cet hiver, à la la même période que son premier album de chansons pop en anglais, enregistré avec le groupe Viking.
Boulimique ? Eclectique ? Thomas de Pourquery est surtout un passionné qui refuse de bouder son plaisir et de se laisser enfermer dans un genre. « Je rêve de festivals où l’on jouerait aussi bien des sonates de Bach que de l’électro et de la pop. Mon plus grand fantasme : le jour où il ne restera que la musique… »
Annie Grandjanin

Album "Play Sun Ra" sorti le 6 janvier dernier. 
En tournée: Le 13 juillet, The Endless Summer, Festival Chauffer dans la noirceur, à Montmartin-sur-mer, 29 juillet, Festival de Jazz à Vannes, le 30 juillet avec Médéric Collignon et Vincent Artaud à Toulouse, le 19 août avec Andy Emler au Festival Jazz de Cluny, le 22 août avec Supersonic au Festival de Malguenac, le 9 sept. avec Viking au Cabaret Sauvage, Festival Jazz à la Villette, le 20 sept. avec Supersonic au Festival Tribu de Dijon....







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