3 févr. 2016

Cheick Tidiane Seck: "Je prône un monde pluriel"

(c) Philippe Savoir
La notoriété de ce charismatique chanteur et claviériste a largement dépassé les frontières de son Mali natal. Après avoir travaillé avec le Super Rail Band de Bamako, Salif Keita, Joe Zawinul, Ornette Coleman, Wayne Shorter, Joe Zawinul... Cheick Tidiane Seck a enregistré son premier album solo "Mandingroove", en 2003. Deux autres suivront: "Sabali" puis "Guerrier" (en 2013). Un troisième opus, dans lequel il a assuré toutes les parties vocales et instrumentales. Des chansons qui parlent d'amour, de respect mais aussi de l'injustice, de l'émigration...Entretien avec un humaniste convaincu, quelques jours avant son départ pour Bamako.
- Pourquoi as-tu attendu l'âge de 50 ans pour sortir un premier album en ton nom ?
Parce que je ne me suis jamais construit le destin de quelqu'un qui souhaite se mettre en avant. Je suis au service de la musique, j'essaie juste de la magnifier. Je suis fier car de nombreux musiciens sont venus à mon école ! C'est une posture qui me convient. Je suis un passionné sans calcul.
- Une passion qui t'a parfois joué des tours ?
C'est vrai. Mes propos et ma démarche ne plaisent pas à tout le monde. Je combats, avec la même énergie, le racisme anti-noir et le racisme anti-blanc. Je prône un monde pluriel.
- C'est vrai que la voix d'Aretha Franklin a une résonance particulière pour toi ?
Elle me fait penser à celle de ma mère. Elle avait une voix magnifique et j'étais son premier fan. Elle a toujours refusé qu'on l'enregistre. Alors je la retrouve en écoutant Aretha Franklin. A la mort de mon père, alors que j'avais tout juste un an, elle a déclaré qu'elle allait épouser les enfants de la terre. Ce qu'elle a fait jusqu'à l'âge de 90 ans.
- Peux-tu nous parler de la reformation des Ambassadeurs ?
Cela a permis de raviver une certaine complicité, de renouer avec les bons moments que nous avions vécus. Nous sommes du même socle. L'aventure aurait pu se poursuivre, mais certains y ont vu une menace pour leur propre carrière.
Mais tu as d'autres projets ?
Je vais bientôt aller à Mexico pour le "Festival des cultures en résistance" dont je suis le parrain. J'envisage également de créer ma propre structure pour préserver mon indépendance et enregistrer des albums qui portent de vrais messages pour l'humain. J'aimerais aussi faire un disque de piano solo et travailler avec des musiciens bretons. Le son des cornemuses est quelque chose qui me parle.
Et il y a toujours cet opéra sur Abucabar II ?
J'ai commencé à travailler dessus. Cela fait déjà un moment que j'ai envie de raconter l'histoire de cet empereur mandingue dont on dit qu'il a découvert l'Amérique bien avant Christophe Colomb !
Tu as de nombreux surnoms. Celui de "Guerrier"est-il plus proche de toi ?
On m'a  appelé "Che". Un personnage que j'estime parce qu'il a eu le courage de tout plaquer pour aller aider les cubains. Ou encore "Black Buddha", sans doute parce que j'essaie toujours de trouver la solution, quelle que soit la gravité de la situation. C'est une forme d'abnégation et de sagesse. Mais c'est vrai que le surnom de guerrier me plaît bien. Un guerrier pacifiste qui mène un juste combat pour fédérer les énergies autour de l'union sacrée...

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