9 sept. 2022

Mouloudji aurait eu 100 ans...


« Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues… » chantait Trénet. Pourtant, 28 ans après la mort de Marcel Mouloudji, on peut s’interroger sur la place qu’il occupe encore dans les mémoires. 
Pour certains, il demeure l'interprète de « Comme un p’tit coquelicot ». Une chanson qu’il n’a pas écrite (le texte est de Raymond Asso) mais qui est marquée, de manière indélébile, par son timbre si particulier. Les cinéphiles se souviendront de ses talents d’acteur (« Les disparus de Saint-Agil » de Christian-Jaque, « Nous sommes tous des assassins » d'André Cayatte…), les amateurs de l’esprit rive gauche rappelleront sans doute ses tours de chant consacrés à Vian ou Prévert au Vieux-Colombier… mais le public a parfois oublié le peintre, le producteur et éditeur qui lança notamment la carrière de Graeme Allwright, l’homme de convictions qui chantait dans les usines et participa notamment à un gala de soutien à la gauche chilienne, l’auteur d’ « Enrico », un ouvrage écrit alors qu’il avait tout juste 20 ans, couronné par le Prix de la Pleïade ou encore le pacifiste qui interpréta pour la première fois « Le déserteur » en 1954, le jour même de la chute de Diên Biên Phu.




Le 16 septembre prochain,  Mouloudji aurait eu 100 ans. Un anniversaire marqué notamment par les sorties de "Mouloudji, 100 ans" (Universal/ Mercury Records) , 3 CD de 75 titres de 1953 à 1978 + 1 DVD réunissant deux heures d'archives exclusives de l'INA, "Mouloudji, crooner et poète" (Legacy /Sony Music), 2 CD incluant une dizaine de titres jamais édités, "L'éternelle romance", un vinyle de 12 titres (Universal/Mercury Records).... 
A noter également le spectacle "Comme un p'tit coquelicot", présenté au Hall de la Chanson et interprété par trois jeunes artistes.
 Mais si vous voulez en savoir davantage sur l'homme et l'artiste,  sachez que « Mouloudji, athée ô grâce à Dieu » (Editions Carpentier) est toujours disponible. Un livre émouvant et tendre, riche d'anecdotes, de documents exclusifs et de photos inédites, dans lequel ses enfants Annabelle et Grégory (avec la collaboration artistique de Laurent Balandras) racontent ce père avec qui le dialogue s'est interrompu le 14 juin 1994. 

Un titre en forme de clin d'oeil à celui qui se définissait ainsi dans la chanson "Autoportrait": 
« Catholique par ma mère, musulman par mon père, un peu juif par mon fils, bouddhiste par principe. Alcoolique par mon oncle, dépravé par grand-père, sans classe par vieille honte, névrosé par grand-mère... Athée, ô grâce à Dieu ! »…


- Spectacle "Comme un p'tit coquelicot", le 16 septembre 2022 à 20h30, le 18 septembre à 18h30 et le 25 septembre à 16h, au Hall de la Chanson, Parc de la Villette, Pavillon du Charolais, 211, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris. Tél.: 01.53.72.43.00. www.lehalldelachanson.com
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1 juil. 2022

"Notre petit cabaret": une tendre et savoureuse complicité


Emilie Bouchereau et Béatrice Agenin(c) Cédric Vasnier

C'est une première à double titre ! Il y a quelques jours au Petit Montparnasse à Paris, la comédienne Béatrice Agenin et la chanteuse et musicienne Emilie Bouchereau ont offert,  la primeur de leur spectacle à découvrir au Festival Off d'Avignon cet été. Et, si l'idée leur trottait dans la tête depuis un moment, la mère et la fille n'avaient jamais partagé une même scène.

Présenté comme une fantaisie "Notre petit cabaret", imaginé par ce duo inédit alterne sketches, lectures poétiques et chansons. 

On connaît la carrière de Béatrice qui a joué les grands rôles du répertoire de la Comédie Française avant de se tourner, avec succès, vers le théâtre privé (elle a notamment reçu un Molière en 2020 pour son rôle dans "Marie des Poules, gouvernante chez George Sand" de Gérard Savoisien) le cinéma et la télévision. Quant à Emilie,  vêtue d'une longue robe en lamé rouge, elle s'impose d'emblée avec une belle interprétation de "Fever", tandis que sa malicieuse maman, cachée derrière un paravant, agite des pancartes sur lesquelles ont peut lire la traduction.  Puis la comédienne enchaîne, en français, comme elle le précise, avec le poème "On n'est pas sérieux quand on a 17 ans" d'Arthur Rimbaud. 


Béatrice Agenin (c). Cédric Vasnier


Un spectacle qui parle de souvenirs d'enfance, d'amour, de poésie, du Prince Charmant qui n'appelle jamais au bon moment.. Entre des reprises de Cole Porter ou Barbara, Emilie Bouchereau (alias Milo) nous régale de compositions personnelles tandis que Béatrice Agenin nous fait passer du rire à l'émotion avec des vers de Verlaine, la lecture d'une lettre de Colette, quelques pas de danse avec un homme en mousse, une décapante version du fameux "Tango stupéfiant"... Cédant aux délirantes exigences d'un metteur en scène, lors  d'une parodie d'audition, elle va même jusqu'à faire du rap sur Phèdre ! Un exercice inattendu pour celle qui a notamment incarné le personnage de Roxane, aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans Cyrano de Bergerac. Coup de chapeau également aux facétieux musiciens Anthony Debray (percussions) et Simon Fache (piano).  

Et, Lorsque mère et fille se rejoignent  pour chanter "La tendresse" on se dit dit qu'il était grand temps que, surpassant une probable et naturelle pudeur,  elles partagent avec le public un si joli moment de complicité.

Du 7 au 30 juillet 2022, à 15 heures (sauf les dimanches) au Festival Off d'Avignon, au "Coin de la Lune", quartier Luna, 24, rue Buffon, 84000 Avignon. Tél.: 04.90.39.87.29. www.theatre-aucoindelalune.fr

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28 juin 2022

"Novecento: pianiste", l'histoire insolite et passionnante d'un virtuose au long cours

(c) Jean Henry

 Transposé en monologue théâtral, d'après l'ouvrage "Novecento : pianiste" de l'écrivain, musicologue, chroniqueur et animateur télé italien Alessandro  Baricco, ce "récit-jazz" (traduit par Françoise Brun) est joué et mis en scène par  Pascal Guin.  
Dès les premières minutes, on se laisse embarquer par cette évocation des traversées de l'Atlantique, des migrants en route pour l'Amérique à la recherche de l'Eldorado, de l'épopée du jazz... mais aussi et surtout par le destin extraordinaire du plus grand pianiste ayant jamais joué sur l'Océan.
Pour ceux qui n'ont pas lu le livre, il convient de remonter à la source. L'histoire débute en 1900, à bord du Virginian, avec l'abandon d'un bébé déposé dans un carton sur le piano de la salle de bal. Le marin Danny Boodmann décide alors de s'occuper de l'orphelin et le baptise Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento (en référence à l'année de sa naissance). Après le décès de son père adoptif, lors d'une tempête, le jeune garçon, alors âgé de 8 ans, trouve refuge en s'installant au clavier.  Les passagers se bousculent alors pour écouter ce virtuose dont le piano semble danser avec l'océan et qui joue du jazz, du ragtime "parce que c'est la musique sur laquelle Dieu danse quand on ne le regarde pas. Sur laquelle Dieu danserait s'il était noir". Quant à Novecento, il demeurera sur le paquebot sans chercher à découvrir la terre.
Dans le rôle du trompettiste Tim Tooney, témoin de cette insolite et passionnante histoire, Pascal Guin semble habité par son personnage de narrateur. Tour à tour théâtral, touchant, enchaînant les anecdotes et les questions autour de ce surprenant voyage intérieur, il installe une véritable complicité avec le public et le talentueux pianiste-compositeur Christofer Bjurtröm qui l'accompagne. Sur la scène baignant dans une lumière minimaliste,  pas de décor ou presque, hormis deux grandes caisses en bois. On imagine qu'elles symbolisent ce quai que Novecento ne foulera jamais...   

Jusqu'au 30 juillet 2022 et du 25 août au 8 octobre 2022, les jeudis, vendredis et samedis à 21h15, au Théâtre Essaïon, 6, rue Pierre au Lard, 75004 Paris. Loc. points de vente habituels et au 01.42.78.46.42. www.essaion-theatre.com.
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23 juin 2022

Calogero: toujours électrisant et généreux sur scène


Pochette de l'album "Centre ville"

"Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur que c'est pour moi de vous retrouver et de vous dire bonsoir. Vous m'avez manqué !" C'est avec ces mots que Calogero, absent des scènes depuis plus de trois ans, a salué le public de l'Européen, il y a quelques jours. Une salle intimiste (350 places) où il avait choisi de "roder" son spectacle avant de prendre la route des festivals de l'été.
Dès les premières notes de "Je joue de la musique", le chanteur et bassiste donne le ton d'un show qui s'annonce très électrique. Car si l'homme semble plutôt réservé dans la vie, il se métamorphose en véritable bête de scène dès qu'il endosse son costume de chanteur. En combinaison, genre bleu de travail, ce subtil mélodiste fait la part belle aux titres de son dernier album studio "Centre ville", sorti en décembre 2020, en plein confinement et que l'on découvre pour la première fois en live:  "On fait comme si" (dont il a reversé les droits aux personnels soignants), "C'était mieux après", "La rumeur", "Vidéo" ou encore l'émouvant "Stylo vert", une chanson en hommage à son père où il est rejoint par sa fille Romy qui l'accompagne au piano.
Sur scène, pas de décors mais des musiciens hors pair comme Elsa Fourlon (guitare, claviers, violoncelle), le remuant saxophoniste Victor Raimondeau, le batteur Christophe Deschamps... Lui-même passant avec la même aisance de la basse au piano ou à la guitare.

(c) Laurent Humbert


Entre deux morceaux, détendu et souriant, il se laisse aller à quelques anecdotes et confidences. Notamment lorsqu'il évoque sa période d'échec scolaire. "Cela m'a rendu malheureux. Du coup, j'ai fait appel à des auteurs pour mes chansons. L'un de mes auteurs fétiches s'appelle Ecole. Ça ne s'invente pas !". Puis il cite les Beatles et Depeche Mode " mes dieux à moi" avant de reprendre "Shake The Disease" (clin d'oeil à la récente disparition d'Andrew Fletcher, membre fondateur et claviériste du groupe de rock britannique).  
Fidèle à la musique, aux souvenirs et aux secondes magiques... Calo interprète évidemment les tubes qui ont jalonné sa carrière  comme "Face à la mer", "On peut s'aimer", "Les feux d'artifice", "Yalla"...
Après deux heures d'un concert généreux, en totale communion avec son public, il revient seul ( et trempé !) à la guitare en confiant :  "Il y a vingt ans, j'ai vécu une deuxième naissance grâce à vous et à cette chanson" avant d'offrir une belle version acoustique de "En apesanteur"...

En tournée:  le 24 juin 2022 à "Montauban en Scènes", le 25 juin à "Essonne en Scène", le 28 juin aux Nuits de Fourvière de Lyon, le 8 juillet à Bertrix en Belgique, le 10 juillet au Festival Musilac d'Aix-les-Bains, le 13 juillet aux Francofolies de La Rochelle, le 17 juillet au Festival de Carcassonne, le 20 juillet aux Francofolies de SPA en Belgique, le 23 juillet à Martigues, le 24 juillet au Brive Festival, le 29 juillet à Ajaccio, le 10 août au Festival DARC de Châteauroux, le 12 août au Festival de Ramatuelle, le 20 août au Venoge Festival de Penthaz, le 26 août à Château-Gontier, le 28 août à Thuin en Belgique, le 8 septembre au Festival ODP de Talence, le 10 septembre à Chant du Gros, le 17 septembre au Théâtre Antique d'Orange, le 18 septembre à Fontainebleau, le 24 septembre à Meaux (ON&ON by Musik'Elles)...
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2 juin 2022

Virginie Choquart: "Le Festival Rio Loco étend son regard sur toutes les musiques actuelles du monde"


Après avoir célébré l'Afrique, le Festival Rio Loco nous emmène cette fois au Portugal pour découvrir notamment l'incroyable vitalité de la scène électro. Mais si l'affiche baptisée "Nova Onda"f ait la part belle aux artistes lusitaniens comme le quartet Paus, la DJ et productrice Rita Maïa, Vanessa Kokeshi (l'autre moitié du fameux duo DJ féminin Heartbreakerz), Mariana Bragada connue sous le nom de Meta_ ou encore Diana Oliveira, figure de proue du mouvement techno au Portugal,  cette grande fête des musiques du monde accueillera la performeuse, batteuse et percussionniste française Lucie Antunes, Emel Mathlouthi révélée grâce à l'hymne du printemps arabe tunisien "Kelmti Horra", Rodrigo Cuevas, surnommé "le Freddie Mercury du folklore des Asturies", la chanteuse et pianiste danoise Agnes Obel, le chantre de la musique populaire brésilienne Chico César, le chanteur, compositeur et guitariste nigérian Keziah Jones.... sans oublier les enfants du pays: le duo pop-rock Cats On Trees. 
Au programme également: des arts visuels, des séances de ciné-concert, des spectacles de rue, des ateliers pour enfants, la création d'une oeuvre collective sur le thème des oeillets...
Rencontre avec Virginie Choquart, anciennement à la communication de la Gaîté Lyrique à Paris, qui dirige aujourd'hui le Festival et la salle Metronum à Toulouse.

- Depuis quand avez-vous pris vos nouvelles fonctions ?
Je suis arrivée en 2019. C'était une situation un peu dingue que personne n'aurait pu imaginer. L'année dernière, nous étions heureux de relever le défi en organisant l'évènement, malgré la pandémie. Pour cette nouvelle édition qui durera 5 jours au lieu de 4, nous prévoyons un retour à la normale avec la joie de se retrouver, de faire la fête, de danser, d'être libres...

- Vous évoquez une présidence au sein d'un collectif ?
Oui parce que je ne suis pas seule. J'anime une équipe avec 4 programmateurs autour de moi. L'idée est d'ouvrir le plus de fenêtres possibles sur le monde.

- Un peu comme l'ambition de Rio Loco ?
J'aime dire que le festival étend son regard sur toutes les musiques actuelles du monde.




- Il y a une programmation consacrée au jeune public et même des activités pour les bambins de 0 à 3 ans ? 
L' installation s'appelle "Petits rêves". Une Compagnie catalane a travaillé sur des textures différentes pour proposer un véritable voyage sensoriel, en plein air. Les enfants, accompagnés de leurs parents pourront toucher, jouer, construire, déconstruire...

- Le public de Rio Loco va aussi découvrir qu'il n'y a pas que le fado au Portugal ?
Ce qui nous intéresse, c'est la dynamique. Nous avons cherché en quoi le Portugal d'aujourd'hui trace des lignes d'influences dans le monde et nous avons réalisé que la scène électro était très créative. Nous avons d'ailleurs créé une scène baptisée "Nova Onda".

- Ce n'est pas la seule création. Pouvez-vous parler du Forum "La voix des femmes" ?
Il s'agit d'un forum dont le thème est la visibilité des femmes dans les musiques actuelles. Il y a encore un gros travail à faire. Nous avons invité des musiciennes et chanteuses du festival qui viennent raconter leurs expériences. Flavia Coelho a accepté d'être notre marraine. Ce sera enregistré en public et en direct au Metronum. Nous ferons également un podcast et le replay sera accessible sur le site du festival.

  
- Ce rendez-vous sera 100% féminin ?
 Je suis pour le féminisme avec les hommes ! Mais les femmes ont plus d'obstacles à franchir. Le propos est de témoigner de cette difficulté en leur donnant la parole. Avec une approche positive pour essayer de trouver des solutions. 

- Les oeillets seront également à l'honneur sur la Prairie des Filtres ?
Chaque année, nous travaillons sur une oeuvre collective. Elle est orchestrée cette fois par le plasticien Telmo Leal, sur le thème des oeillets, clin d'oeil à la révolution du même nom au Portugal. Chaque participant doit mettre en place son oeillet et devient ainsi une partie d'une oeuvre d'art. Il y aura 74 fleurs pour marquer la date de la fin de la dictature. Cette fresque sera baptisée "Libertade".


- Rio Loco connaît un succès grandissant et une belle longévité puisqu'il fête sa 27ème édition. Comment l'expliquez-vous ?

Il se déroule dans un cadre unique, la Prairie des Filtres, au bord de la Garonne. Toulouse est une ville jeune avec une ouverture d'esprit sur les autres cultures. C'est un marqueur important de cette ville.  La programmation est exigeante, intergénérationnelle et nous tenons à conserver un côté populaire dans le bon sens du terme et des tarifs compétitifs. Le côté symbolique de Rio Loco, c'est qu'on s'y sent bien. Pour cela, nous travaillons avec un collectif dont c'est le métier pour mettre en place une interface entre la sécurité, le public et les organisateurs. Tous nos partenaires ont signé une charte qui s'appelle "Bien ensemble". 

Du 15 au 19 juin 2022, Prairie des Filtres à Toulouse (31300). Pass 1 jour à 15 Euros et pass 5 jours à 35 Euros (10 et 30 Euros en prévente), gratuit pour les moins de 12 ans. Infos complémentaires sur le site www.rio-loco.org


30 mai 2022

"Je m'appelle Momo": un pur moment de grâce et de poésie

(c) Noé Michaud

Inspiré de "La vie devant soi" le roman écrit par Romain Gary, sous le pseudonyme d'Emile Ajar, le spectacle "Je m'appelle Momo" nous emmène dans le monde cosmopolite de Madame Rosa. Un personnage magnifiquement incarné à l'écran par Simone Signoret.
Nous sommes dans le quartier de Belleville, dans les années soixante. Ancienne prostituée, Madame Rosa qui a vécu la déportation, survit en gardant les enfants de ses "consoeurs". Dans son sillage, on croise le très vieux Monsieur Hamil, philosophe à ses heures, un travesti nommé Madame Lola, les frères Zaoum, des voisins toujours disponibles lorsqu'il s'agit de transporter l'imposante nourrice chez le médecin ou pour une virée nostalgique dans le Paname de ses jeunes années... et surtout, il y a Mohammed que "tout le monde appelle Momo pour faire plus petit".  

Dès le début du spectacle, on devine le chiche mobilier, dissimulé sous des draps blancs tandis que les jeunes  comédiens de l'Ensemble Jeux de Quatre entrent en scène. Vêtus à l'identique, Marie-Estelle Hassaneen (flûte), Rémi Guirimand (guitare) et Caroline Michel (chant) partagent les interrogations du jeune Momo, son besoin de savoir d'où il vient, son angoisse de voir mourir Madame Rosa, hantée par l'idée d'avoir un cancer et dont la santé se détériore un peu plus chaque jour. "Je croyais que Madame Rosa m'aimait pour rien. Je ne savais pas qu'elle touchait un mandat à la fin du mois. Ça a été mon premier grand chagrin"confesse Momo. Il y en aura d'autres. Des petits bonheurs aussi.  


(c) Noé Michaud


Tout au long du spectacle, on passe ainsi par toute une palette d'émotions, distillées avec une aisance et une spontanéité presque juvéniles par les comédiens et musiciens. Quant à la voix de Caroline Michel, elle nous transporte littéralement. Car l'autre belle idée est d'avoir enrichi les parties parlées de chansons de Brassens ("La complainte des filles de joie"), Jacques Brel ("Les coeurs tendres"),  Jean Ferrat ("Nuit et Brouillard"), Gaby Verlor/Robert Nyel ("Le petit bal perdu"), d'une prière traditionnelle juive ("Hashivenu"), d'extraits d'oeuvres de Claude Debussy et Gabriel Fauré...

A la fin, les complices demandent au " quatrième Momo", le très inspiré metteur en scène Cédric Bécu,  de venir partager les applaudissements du public. Des applaudissements qui saluent un pur moment de grâce et de poésie.  

Jusqu'au 26 juin 2022, les vendredis et samedis à 19h, mat. les dimanches à 15h, au Guichet Montparnasse, 15, rue du Maine, 75014 Paris. Réservations: 01.43.27.88.61. www.guichetmontparnasse.com

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29 mai 2022

François Morel et son équipage nous embarquent dans une onirique et joyeuse odyssée

(c) Giovanni Cittadini Cesi

La genèse du spectacle ressemble à ces belles légendes que les anciens échangeaient à la veillée, au coin du feu. 
François Morel aurait découvert dans un vide-grenier, à Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine)  une vieille édition de La Cancalaise reproduisant une douzaine de chansons et illustrations d'un dénommé Yves-Marie Le Guilvinec. Un marin disparu en mer au début du siècle dernier, à l'âge de trente ans, dont le souvenir n'a guère fait de vagues... 
Il n'en fallait pas davantage pour que François Morel et ses joyeux complices Antoine Sahler et Gérard Mordillat décident de tricoter une conférence musicale intitulée "Tous les marins sont des chanteurs". Sur scène, le trio est accompagné de deux talentueux musiciens Amos Mah (guitare, violoncelle) et Muriel Gastebois (percussions). Mais chacun y va de son petit couplet pour ressusciter les chansons du marin. 



(c) Giovanni Cittadini Cesi

 
"Qui se souvient aujourd'hui d'Yves-Marie Le Guilvinec ? Notre combat est de l'arracher au néant où il est tombé" explique Gérard Mordillat, dans le rôle du narrateur (en alternance avec Romain Lemire). 
La brève vie du héros méconnu défile ainsi sous nos yeux: projection de portraits de famille sur un grand écran, lectures de lettres adressées à sa mère où, sur l'air de "Avec le temps" de Léo Ferré, le jeune Yves-Marie remercie pour le saucisson et les chaussettes en laine, démonstration de gymnastique suédoise pour résister aux difficiles conditions de la vie en mer, extrait de la fameuse "Paimpolaise" de Théodore Botrel dont la popularité a quelque peu éclipsé celle de notre malheureux navigateur... sans oublier ces hilarantes digressions dont François Morel a le secret. 
On ne s'interrogera pas davantage sur l'authenticité de textes mettant l'accent sur le fait qu'un jour il n'y aura plus de poissons dans la mer, plus d'oiseaux dans le ciel... ou qui évoquent ces naufragés qui périssent en mer parce qu'ils n'ont pas de papiers. 
Difficile de faire mieux que ces quelques mots de François Morel dans le programme pour décrire l'esprit de "Tous les chanteurs sont des marins": "Dans le fond, je ne fais pas tellement des spectacles pour défendre quoi que ce soit... Plutôt pour partager. Partager des émotions, des moments joyeux, mélancoliques ou tendres, selon ce qui vient... Pour se consoler aussi, se sentir vivant, être ensemble. Dans l'ambiance générale, je crois qu'il est bon de rester groupés. On est tous sur le même bateau". 
Un bateau amarré sur la scène du Théâtre du Rond-Point dans lequel on vous invite à embarquer avant qu'il ne vogue, toutes voiles dehors, vers d'autres horizons... 

Jusqu'au 3 juillet 2022, au Théâtre du Rond-Point, salle Renaud-Barrault, 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris. Tél.:01.44.95.98.21. www.theatredurondpoint.fr
- Retrouvez les chansons du spectacle dans l'album "François Morel chante Yves-Marie Le Guilvinec (Tous les marins sont des chanteurs), label Little Big Music et également la biographie d'Yves-Marie Le Guilvinec dans le livre "Tous les marins sont des chanteurs" de Gérard Mordillat, François Morel et Antoine Sahler parue aux Editions Calmann Lévy (en octobre 2020)