4 nov. 2013

Manu Katché: "mon destin est incroyable !"


Sa créativité, son groove, le son particulier de ses drums ont fait de Manu Katché l’un des batteurs les plus polyvalents et recherchés de sa génération. Il a accompagné les grands noms de la pop internationale et du jazz, de Peter Gabriel à Sting en passant par Marcus Miller, Herbie Hancock, Jan Garbarek… Des rencontres, qu’il évoque dans  « Road Book », un ouvrage sorti il y a quelques jours….
Comment qualifier ce livre : mémoires, souvenirs ?
- S’il s’agissait de mémoires, il ferait 600 pages ! Ce sont juste des anecdotes avec des artistes internationaux et une récapitulation très succincte de mes années françaises. L’idée était de témoigner de mon parcours. Celui d’un môme de banlieue qui a joué avec des dinosaures de la musique.
Vous n’avez pas la réputation de « brosser les gens dans le sens du poil ». Pourtant, ici, vous ne parlez que de gens que vous aimez ?
Généralement, quand vous évoquez vos souvenirs, ce sont les jolies choses qui vous reviennent. Même avec Mark Knopfler, un mec difficile d’accès, mais cela s’est arrangé à la fin…
On découvre notamment que vous avez refusé de travailler avec Mick Jagger ?
J’étais évidemment flatté qu’il m’appelle et je me souviens que lorsque j’ai dit non, il y a eu un blanc au bout du fil. J’ai beaucoup aimé les Stones. Mick est quelqu’un d’élégant et de sympathique mais, à l’écoute de la cassette, je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus avec mon style. Nous aurions été frustrés tous les deux. Il faut connaître ses limites. C’est  d’ailleurs pour ça que je suis resté en France.
C’est-à-dire ?
Parce que je ne serais peut-être pas allé à l’essentiel. Je me serais banalisé.
Vous ne tarissez pas d’éloges sur Peter Gabriel en affirmant qu’il a déclenché ce que vous alliez devenir ?
J’ai eu la chance de suivre une formation classique. J’ai appris les rudiments de la musique avec une approche complètement neutre. J’avais quelques références dans le jazz et la soul mais, au début, je lisais les partitions. En séance d’enregistrement, on me disait de jouer comme untel. Lorsque j’ai rencontré Peter, il m’a demandé de jouer comme je le sentais. Cela m’a un peu paniqué car c’était la première fois qu’on me tenait ce discours. Il m’a fait confiance et est allé chercher chez moi ce qui était en gestation. C’est à partir de là que j’ai vraiment développé mon style. Peter est un humaniste, à l’écoute des autres.
Vous lui avez pourtant raccroché au nez deux fois ?
C’est vrai. Il m’a téléphoné alors que j’étais au ski avec des copains et j’ai cru à une blague de leur part. Ce n’est qu’au troisième appel que j’ai réalisé que l’accent de mon interlocuteur était vraiment très british. Je n’ai jamais su comment il avait trouvé le numéro de mon hôtel à l’Alpe d’Huez !
Vous terminez « Road Book » sur Herbie Hancock, que vous appelez le patron ?
Herbie, c’est toute mon enfance. Je suis dingue de lui depuis toujours. Mon destin est incroyable et le rencontrer, ce fut la cerise sur le gâteau.
Vous n’avez jamais raté de rendez-vous ?
Si, bien sûr. L’une de mes frustrations est de ne pas avoir joué avec Miles Davis !
Peut-on dire que ce livre prouve qu’on n’est pas forcément né du mauvais côté de la Manche ou de l’Atlantique ?
C’est en effet l’idée. Même si, dans le jazz, les musiciens européens n'ont rien à envier aux américains ! Bien au-delà de la bonne étoile, j'ai voulu montrer qu’il y a des rencontres qui doivent se faire. C’est la force du milieu artistique. Quand j’étais jeune, on ne parlait pas d’intégration. Si j'ai un message à faire passer, c'est qu'il faut bosser, se donner les moyens. Il n’y a pas de gens inaccessibles…
Propos recueillis par Annie Grandjanin

« Road Book » (Ed. Le Cherche Midi), 224 pages, 16,50 €.





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