29 mars 2021

Le Festival Rio Loco : une chatoyante célébration de l'Afrique


C'est devenu une tradition et un rendez-vous qu'on ne manquerait pour rien au monde puisque,  chaque année, le Festival Rio Loco annonce l'été dans la cadre ludique de la Prairie des Filtres, sur les rives de la Garonne. Evidemment, compte tenu du contexte sanitaire, les organisateurs ont adapté le format et la durée pour offrir un maximum de sécurité au public: jauge, circulation des festivaliers, concerts assis...  Mais pas question de renoncer (on croise les doigts !) à l'esprit de fête animant la ville rose qui va se parer, cette fois, aux couleurs chatoyantes de l'Afrique. 

Dobet Gnahoré
(c) Thomas Skiffington

A l'image de l'affiche de cette 26ème édition, une oeuvre de JP Mika, un artiste originaire de la République Démocratique du Congo, intitulée "Magnifique". Magnifique, le programme promet de l'être puisqu'on attend, d'ores et déjà le grand pianiste, compositeur et chanteur congolais Ray Lama, la chanteuse, auteur et comédienne malienne Fatoumata Diawara, le supergroupe féminin panafricain Les Amazones d'Afrique, dont les chansons défendent l'égalité et les droits des femmes, le populaire écrivain et rappeur franco-rwandais Gaël Faye, James BKS, l'étoile montante de la scène afro-urbaine, la camerounais Blick Bassy (nominé aux Victoires du Jazz 2020), Jawhar et son répertoire métissé de châabi et folk-pop, le Kolinga sextet... 

Autre belle surprise, la chanteuse, danseuse et musicienne Dobet Gnahoré, première artiste ivoirienne à remporter un Grammy Award (en 2010), qui devrait offrir la primeur des titres de son nouvel         album "Couleur" (enregistré en Côte d'Ivoire) dont la sortie est prévue le 4 juin prochain.


Blick Fassi
(c) Dominique Joly
Après avoir invité le public à danser sur des rumbas du Congo, de Cuba ou de Catalogne et donné l'an dernier la parole aux "Voix des femmes",  le Festival Rio Loco, poursuit sa mission d' ambassadeur des cultures du monde avec ce beau voyage à la découverte de la richesse des musiques, chants et danses d'Afrique.

- Du 13 au 20 juin 2021, à Toulouse, Prairie des Filtres à Toulouse (31000). 

Infos et programme mis à jour sur le site http://rio-loco.org et sur les réseaux sociaux du Festival Rio Loco.




26 mars 2021

Doudou Morizot: "si le public n'est pas au rendez-vous, il n'y a pas d'artiste"

(c) DR
Pour l'état civil, il s'appelle Roger Morizot mais pour le monde du spectacle, il est Doudou. Celui qui, durant plus de trente ans, fut le régisseur de l'Olympia. Chaque jour ou presque, il a soigneusement consigné sur des cahiers le trac des grands soirs et les
 lendemains difficiles, les blagues de potaches dans les coulisses, les colères des divas et les moments de franche amitié  avec certains artistes...  Autant d'anecdotes et de souvenirs qu'il raconte, avec la complicité d'Emmanuel Bonini, dans  "Je les ai tous vus débuter".
A plus de 90 ans, Doudou a conservé le regard malicieux et le franc-parler d'un titi de Paname,  qui donnent une saveur supplémentaire à l'ouvrage. Parfois tendre, souvent truculent, il n'hésite pas, au passage, à égratigner quelques idoles. 
En bonus, une précieuse annexe avec la programmation de l'Olympia de février 1954, date de son ouverture, jusqu'à 1979 (année du décès de Bruno Coquatrix) ainsi que des photos auprès de Piaf, Brel, Aznavour, Bécaud, Barbara, Michel Simon, Hallyday, Vartan, James Brown, Liza Minnelli, Jerry Lewis... Sans oublier la belle préface de Jean-Michel Boris (ancien directeur de l'Olympia), disparu en novembre dernier.

- Il y a déjà eu des livres sur l'Olympia mais celui-ci est vraiment vu des coulisses ?

C'est sûrement pour ça que j'ai de bons retours. A mon âge, je ne pensais pas donner autant d' interviews ! Ce livre n'aurait peut-être pas marché il y a quelques années. Il est sorti au bon moment. J'ai même appris qu'on prévoyait des tirages supplémentaires.

C'est vrai que l'idée vient de Bruno Coquatrix?

 Il me disait toujours: "vous êtes le seul à pouvoir le faire. Observez, écoutez et prenez des notes".

- Des notes dont le volume doit être impressionnant. Comment avez-vous procédé avec Emmanuel Bonini ?


 Après notre première rencontre, il m'a demandé de lui apporter tout ce que j'avais. Il a tout remis en ordre et a proposé de commencer en racontant mon enfance.

- Des années de galères à la tournée mondiale en compagnie des Platters, vous avez parcouru un sacré chemin ?

C'est vrai que ce n'était pas gagné ! D'autant plus qu'à une époque, j'étais un vrai voyou.  J'ai fréquenté des malfrats, des clodos et j'ai dû faire plein de petits boulots pour survivre. 

- Mais vous avez croisé la route de deux hommes providentiels ?

 Le premier était Joseph Bouglione. Il m'avait engagé au Cirque d'Hiver. Bruno Coquatrix qui cherchait du personnel pour la salle qu'il comptait remettre en état est passé voir son copain Joseph. Ce dernier lui a dit: "je peux te prêter mon décorateur pendant 8 jours". Je suis resté 34 ans !

- Vous ne cachez pas votre affection pour Edith Piaf et Jacques Brel ?

Comme moi, Edith avait connu des débuts difficiles et modestes. Cela nous a évidemment rapprochés. Elle m'avait surnommé "ma p'tite gueule". Nous avons partagé tellement d'émotions avec elle. A son enterrement, j'ai jeté dans sa tombe un petit bout du rideau de l'Olympia que j'avais découpé pour elle. Quant à Brel, je peux dire avec fierté que nous étions amis. Il était d'une incroyable timidité mais il pouvait aussi pousser de grands coups de gueule. Après, il s'excusait toujours en disant que c'est lui qui avait été mauvais. Un soir, par exemple, il est sorti furieux parce qu'il avait chanté deux fois le même couplet. Je crois que le public ne s'en était même pas aperçu. La grande peur de Brel c'était la fausse note. Il vomissait avant chaque concert. J'ai été impressionné mais pas vraiment surpris lorsqu'il a décidé de tout arrêter parce qu'il n'avait plus rien à dire. Avec Piaf et Brel, j'avais l'impression de partager les mêmes valeurs.

- Vous êtes nettement moins tendre avec Claude François ?

Il n'a pas su gérer le succès. Il s'emportait très vite et pour un rien. Je me souviens que la seule personne qu'il craignait c'était Bécaud ! Dans ce métier, il y a toujours l'angoisse du désamour car si le public n'est pas au rendez-vous, il n'y a pas d'artiste ! 

- Dans le chapitre sur Brassens, on perçoit un sentiment de tristesse ?

Le petit père !  Il souffrait de coliques néphrétiques depuis plusieurs années. En 1962, c'était devenu infernal mais, par amitié pour Coquatrix,  il avait accepté de se produire une nouvelle fois à l'Olympia. Chaque soir, après la piqure du médecin, il serrait les dents et me broyait les mains avant de monter sur scène. Après le spectacle, une ambulance le ramenait à l'hôpital. Lorsque je passais le voir dans sa chambre, il ne se plaignait jamais. Il me demandait juste des nouvelles de ses chats. Cela a duré trois semaines !  



- Vous avez regretté  l'époque de la vedette anglaise, américaine, du numéro de music-hall... ?

Bien sûr. La mode du récital a commencé avec Aznavour. Certains artistes estimaient que les premières parties étant trop chères  ils ne pouvaient pas augmenter leurs cachets. Brel trouvait ce raisonnement assez con. Il  disait qu'il ne ferait jamais un truc pareil. Et son manager Charley Marouani était d'accord avec lui.

- Vous avez aussi connu les grands soirs de premières  ?

    Ça avait de la gueule tout ce monde en robe longue et smoking.  Je ne sais plus de quel spectacle il s'agissait mais je n'oublierai jamais l'arrivée de Liz Taylor, au bras de Richard Burton !

- "Je les ai tous vus débuter", Editions de l'Archipel, février 2021. Prix: 20 Euros. 

23 mars 2021

Pierre Chérèze: "J'aime quand la musique me rend à la fois joyeux et mélancolique"


(c) Abl Studio - Lucky & M.Marteau
& S. Paulinet
Depuis les années 70, Pierre Chérèze a notamment accompagné Renaud, Bernard Lavilliers, Diane Dufresne, Louis Chedid, Brigitte Fontaine, Catherine Ringer, Jacques Higelin ou encore Gérard Manset. 
Lors du premier confinement, ce virtuose de la guitare s'est amusé à improviser, seul avec son ampli, sur des titres de Glenn Frey, John Fogerty, Arthur Smith, Peter Frampton, Martin Gore ou encore Bob Dylan. 
Des morceaux mythiques tels que  "Hotel California", "Lodi", "Guitar Boogie", "Show Me The Way", "Personal Jesus" ou encore "I'll Be Your Baby Tonight" qu'il postait chaque jour sur la toile et que l'on retrouve (avec deux compositions originales) sur "On Route 66". 
Un premier album solo instrumental, enregistré au fameux Studio Piccolo, avec Eric Lafont (guitare basse /batterie) et Jean-Luc Léonardon (claviers).  
Dès les premières notes de ce brillant opus, on a des envies de prendre le volant (d'une vieille américaine 
de préférence !) pour se lancer sur les traces des guitar heroes.

- Sortir un premier album instrumental en improvisant sur des titres quasiment mythiques, c'était un sacré pari ?

Il ne faut pas voir cela de cette manière mais en se plaçant de l'autre côté du miroir . Je l'ai fait en étant désarmé, en me jetant du haut de la falaise comme disait Higelin. A partir du moment où vous improvisez, cela signifie que vous n'avez pas peur de la mort et de la vie non plus. C'est dans cet esprit là que j'ai enregistré l'album. J'ai choisi des titres qui sont connus pour de bonnes raisons et dont la suite d'accords se prêtait à l'improvisation. 

- Il paraît que vous êtes un guitariste autodidacte ?

 En fait, depuis que je suis né, je n'ai rien décidé du tout. J'aurais aimé faire de la trompette puis de la scie musicale. J'ai commencé à jouer de la batterie dans un groupe et je me suis finalement retrouvé à la guitare ! 

- La plupart des titres de "On Route 66" datent des années 60/70. L'âge d'or des guitar heroes pour vous ?

Bien sûr. La seule différence, c'est que dans les années 60, la musique avait un côté bon enfant.  On avait juste envie de s'amuser et de faire la fête. Alors que les années 70 ont été récupérées par le business. Django Reinhardt par exemple, jouait pour le plaisir. A l'époque on ne parlait pas de groove mais de swing. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que la technique a pris le pas sur le côté spontané.

- De "Over the Rainbow" à "Personal Jesus", la palette est large, non ?

Ce que j'aime avant tout c'est quand la musique me rend à la fois joyeux et mélancolique.  Comme lorsque j'écoute B.B. King ou "La quête". Pour moi, la chanson de Brel est un gospel français. J'ai le même genre d'émotion avec Gabriel Fauré. Je trouve que ce compositeur était plus humain que musicien.

- Quels souvenirs gardez-vous de votre collaboration avec Higelin ?

Il avait un don impressionnant pour l'improvisation. J'étais fan de Jacques. J'ai côtoyé bon nombre d'artistes talentueux mais, au final,  ce qui fait la différence, c'est la générosité. 

- Album "On Route 66"(Williamsong Music), à paraître début avril.

Georges Brassens a 100 ans : 100 évènements sur 6 mois

"Si la crise sanitaire ne nous joue pas un coquin de sort, le programme autour de l'année Brassens débutera le 23 avril prochain, jour de la Saint Georges" confiait Français Commeinhes, le maire de Sète, lors de la conférence de presse qui s'est tenue symboliquement aux Trois Baudets, la salle où le chanteur fit officiellement ses débuts à Paris, en 1952.
Berceau de l'auteur de la "Supplique pour être enterré à la plage de Sète", la ville va ainsi proposer une centaine d'évènements sur 6 mois (avec un écho à Montpellier, partenaire de la manifestation). Au programme:  concerts, conférences, lectures, expositions, théâtre,  parade navale, un colloque international sur l'oeuvre de Brassens, un bal littéraire ... Avec, en point d'orgue, les 22 et 23 octobre (au Théâtre Molière-Scène Nationale de Sète), un concert réunissant Juliette, François Morel, Antoine Sahler, Thibaud Defever, Amos Mah et Lucrèce Sassella. Un spectacle qui sera également présenté les 25 et 26 octobre au Théâtre Jean-Claude Carrière de Montpellier et les 27 et 28 octobre à la Scène Nationale de Narbonne.
Un centenaire placé sous le patronage de François Morel qui promet un hommage à la fois respectueux, espiègle et joyeux. "Je suis très ému  car il est l'un des hommes importants de ma vie. Je me souviens de ma tristesse lorsque j'ai appris sa disparition, le 29 octobre 1981,  j'ai alors compris que je ne le rencontrerai jamais"

On annonce d'ores et déjà la participation d'artistes comme Carla Bruni, Agnès Jaoui, Olivia Ruiz, Thomas Dutronc, Cali, le rappeur Demi Portion, Maxime Le Forestier et de groupes régionaux:  Brassens Not Dead, Dimone, Washington Dead Cats, ou encore Palavas Surfers. Une affiche qui devrait s'étoffer au fil des semaine puisque François Morel a confirmé en direct la participation de Jean-Louis Trintignant pour des lectures. 

Brassens sur le bateau Sydney (qui a coulé dans l'étang de Thau)
en 1958. (c) Ville de Sète


 Le Roquerols
(c) Ville de Sète
Point de ralliement emblématique, le bateau-phare Le Roquerols accueillera des concerts, des propositions théâtrales, des projections, des évocations plus intimes de la vie de Brassens (la maison de Jeanne, l'impasse Florimont à Paris...). 
Comme un clin d'oeil à celui qui revenait chaque été à Sète où il naviguait en père peinard sur l'étang de Thau. Les anciens n'ont pas oublié que son coin préféré était du côté du petit phare pour partager des verres avec ses copains ou tourner des petits films avec sa caméra Super  8 (des documents rares ainsi que des photographies parfois méconnues qui seront présentés sur Le Roquerols).
Et, parce que le poète n'était pas insensible aux nourritures terrestres,  un étage sera réservé à la restauration avec deux espaces. L'un avec l'ami de Brassens Pierre Vedel qui proposera de découvrir les plats fétiches de Georges et l'autre dans un esprit plus "paillotte" (comme chez son copain Lolo).

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Brassens dans le Parc du Château
d'Eau en 1939. Il a 18 ans.
(c) Ville de Sète

Ce centenaire ne se résume pas en un simple anniversaire. Il s'agit avant tout d'un premier regard historique sur l'oeuvre et l'homme dans son siècle, avec en fil conducteur, cette liberté individuelle si chère à l'artiste... 
Dans le contexte actuel que nous vivons tous, où nos modes de vie sont tant contraints, où le monde de la culture et des arts est à l'arrêt depuis bientôt un an, j'ai la volonté, au travers de cet hommage, d'engager notre ville dans un foisonnement culturel en l'honneur de Georges Brassens" explique encore François Commeinhes dans l'édito du programme.
Un foisonnement tel que durant plusieurs semaines les chansons de Brassens résonneront également dans les écoles, dans les squares, sur les quais, les places et même la plage ! 
Celle où le poète s'imaginait en éternel estivant...