30 nov. 2021

Ahamada Smis, le passeur

(c) Céline Porro

Lors de son récent concert au 360 Music Factory à Paris, cet artiste franco-comorien a séduit le public avec les chansons de son bel album "Air", sorti le 15 octobre dernier et le 26 novembre en version vinyle sur son propre label (Colombe Records). Des textes sensibles et engagés contre l'injustice et l'oppression, sur des rythmes de danses traditionnelles de son archipel et des îles voisines. Sur scène, ce musicien autodidacte joue aussi de la harpe comorienne,  du luth gaboussi... Installé  à Marseille, Ahamada Smis a débuté dans le rap avant de renouer avec la culture de son enfance. Rencontre avec un passeur...

- Dans certains articles, on vous appelle "l'éveilleur de conscience". Vous vous reconnaissez dans ce surnom ?

Pas vraiment. Je ne me considère pas comme un porte-parole. C'est vrai que j'ai exprimé mon opinion en ce qui concerne la dictature aux Comores, parce qu'il faut savoir dire non, mais je ne porte rien pour les autres. Je suis juste un artiste qui dit des choses.

- Vous dites de bien jolies choses sur les femmes dans la chanson "Mon oxygène"?  

J'ai été élevé par des femmes. Aux Comores, on pratique le matriarcat.  Il y a une part féminine en moi que j'assume totalement, comme la sensibilité.  Je suis sans concession lorsqu'il s'agit du respect que l'on doit aux femmes. J'ai une fille et j'essaie de l'accompagner au mieux. 

- Parallèlement à vos concerts, vous menez des actions culturelles notamment auprès du jeune public ?

Je travaille dans les prisons, j'anime des ateliers et je monte en effet des spectacles pour les enfants. Ils sont un peu mes directeurs artistiques ! Je suis dix fois plus exigeant lorsque je travaille pour eux. Ils décrochent vite si quelque chose ne leur plaît pas. Il faut arriver à les émerveiller chaque seconde. Ce qui me touche le plus ce sont les nouvelles générations qui écoutent les histoires et les font ensuite découvrir à leurs enfants. J'aime  passer le relais. 

- Comment avez-vous appris à jouer des instruments traditionnels des Comores ?

Je suis totalement autodidacte. Lorsque j'ai commencé dans le rap, j'ai appris à composer parce que je n'arrivais pas à exprimer ce que j'avais dans la tête. Pour les instruments traditionnels, j'ai regardé sur internet !  J'ai composé l'album "Air" à partir des musiques de danses traditionnelles de l'Océan Indien car je voulais les faire découvrir au public.

(c) Pauline Garraud

- Il y a un autre comorien célèbre qui vit à Marseille. Vous le croisez parfois ?

 Marseille c'est un village. On se connaît tous. Soprano est parti vers la variété mais dans le milieu du rap, c'est quelqu'un de précieux. Grâce à la culture hip hop, nous avons cessé de baisser la tête pour prendre la parole. Cela a été une vraie chance pour nous. A un moment donné, j'ai eu envie de me tourner vers ma culture.

- Dans des textes comme "A nos héros" ou "Mon Capitaine", vous évoquez l'oppression mais vous parlez aussi d'humanisme, d'amour et de lumière de l'âme ?

Parce que c'est important de mettre en avant ceux qui se battent pour la paix. Très tôt, j'ai décidé que dans mes textes, il n'y aurait ni sexe, ni drogue, ni violence.

- Vous avez aussi créé votre propre label qui porte le nom symbolique de Colombe Records ?

Je fonctionne comme une compagnie. Avec l'album "Origines", par exemple, je suis parti avec mon équipe pour faire le tour des îles de mon archipel. Nous avons fait 80 concerts en deux ans. Je ne pense pas qu'un producteur aurait accepté cette démarche. J'ai vu comment ça se passait quand un label te lâche. J'ai vécu aux Comores jusqu'à l'âge de 10 ans et j'étais déjà indépendant. Là-bas, au niveau de la maturité, c'est comme si tu avais 15/16 ans. 


- Dans le livret, vous indiquez  la signification de certaines danses comme le chigoma, une danse comorienne pratiquée par des hommes ?

C'est essentiel pour comprendre. Je l'avais déjà fait pour l'album précédent "Afrosoul". J'explique toujours...


- Album "Air" (Colombe Records/Baco Music), disponible depuis le 15 octobre et en version vinyle le 26 novembre 2021. 

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27 nov. 2021

"Les enfants d'abord !": un festival pour les tout petits

 Spectacle Mû (c) Olivier Biks

Parmi les festivals destinés au jeune public, celui-ci se démarque à plus d'un titre. Programmé dans onze lieux différents, parfois inattendus (Médiathèque Françoise Sagan, MAIF Social Club, Holiday Inn Express Paris- Canal de la Villette...) il mêle chanson, théâtre musical ou d'ombres, marionnettes, danse, poésie... et s'adresse à des spectateurs souvent oubliés: ceux âgés de 6 mois à 6 ans ! 

Quant au niveau d'exigence des 16 spectacles proposés, dont 8 créations,  il est à la hauteur du défi: capter et retenir l'attention des bambins. Et on sait combien l'exercice est périlleux... 

Pour cette cinquième édition, les artistes donc faire assaut de prouesses et d'imagination pour séduire les enfants et ... leurs parents !

Steve Waring (c) Didier Pallagès

A l'affiche:  le populaire Steve Waring qui fêtera ses 50 ans de chansons en quintet (voix, saxophones, clarinettes, ukulélé, flûtes, contrebasse, mandoline, violon) avec quelques classiques comme "La baleine bleue", "Les grenouilles", "Le Matou revient"... , "Le mensonge", une création de la Compagnie Act2-Catherine Dreyfus, librement inspirée du livre jeunesse de Catherine Grive et Frédérique Bertrand, "Envolée !" du théâtre musical interprété par le Collectif de l'Autre Moitié, "Pour bien dormir", du théâtre d'ombres avec la Compagnie Mecanika, "Là...pas là", poésie sonore et visuelle par la Compagnie ACTA, chanson et musique avec "Le chant de la tourterelle" de la Compagnie Alice Waring, "Tam-Tam", du théâtre musical et burlesque avec Madame Glou Cie ou encore "Mû" (Compagnie Métalepse), un spectacle en forme de promenade musicale pour les yeux avec marionnettes et violoncelle.

"Les enfants d'abord !": une ludique et poétique alternative à l'écran de télévision et aux tablettes.

- Du 1er au 12 décembre 2021, dans 11 lieux à Paris. Tél.: 07.51.01.28.74. Infos complémentaires (horaires, âge minimum, durée des représentations...) sur le site www.festivalenfantsdabord.org


23 nov. 2021

Lulu Gainsbourg: "Avec "Replay", j'ai voulu me réinventer musicalement"

(c) Yann Orhan

Quatre ans après "T'es qui là ?", le musicien, compositeur et arrangeur Lulu Gainsbourg prend un nouveau virage avec "Replay", sorti le 12 novembre dernier. Un bel album électro en 14 chapitres, dont deux instrumentaux, enregistré entre New York, Bruxelles et Amsterdam.  Sa compagne Lilou a écrit tous les textes. Des histoires d'amour qui parlent de l'enfance, d'insomnie, d'électron libre, de la complexité des femmes... et défilent comme la bande son d'une oeuvre cinématographique ouvrant sur "Play" et se terminant logiquement sur "Replay" (les seules chansons en anglais). Une invitation à reposer le disque sur la chaîne ou à réécrire l'histoire ? Rencontre à l'Hôtel Amour avec un artiste discret et talentueux, qui aime défricher de nouveaux terrains de jeu.


- Avec "Replay", vous abordez un nouveau chapitre musical ?

Je parle plus que je ne chante. Je voulais faire  quelque chose que je n'avais jamais réalisé avant.  L'album est conçu comme un livret dans lequel je me réserve le rôle du narrateur. Il y a beaucoup de recherche dans l'électro. Avec "Replay", j'ai voulu me réinventer musicalement. J'ai beaucoup travaillé sur l'improvisation. L'idée est venue à New York, avec mon ami et complice le réalisateur Jérémy Loucas. Tout a été composé avant les textes. 

- C'est votre seconde collaboration avec votre compagne Lilou ?

Dans "T'es qui là ?", j'avais juste co-écrit une chanson. Là, elle a signé tous les textes. Travailler avec elle est d'une simplicité incroyable. Sans doute parce qu'elle me connaît bien.

- En fait, elle a écrit des histoires d'amour que vous interprétez et qui s'adressent à elle ?

On peut le sous-entendre mais ce n'est pas un album de chansons personnelles. Hormis peut-être "Insomnia" dans laquelle je parle d'expérience car l'amour peut rendre insomniaque. Quant au titre "La femme est complexe", je souhaitais que ce texte soit écrit par une femme et chanté par son homme.

- Dans la chanson "L'enfance", il y a une variation sur le thème musical de la comptine "Pirouette cacahuète" ?

C'est un petit clin d'oeil à l'enfance. Je l'ai arrangé à ma façon. C'est le seul morceau piano-voix.

- Vous êtes toujours fan de Michael Jackson et des vieux Disney ?

Pour moi, Jackson a révolutionné  le vidéo clip. J'aime aussi sa vision artistique. Quant aux vieux films de Disney, cela me ramène en arrière. A l'époque où nous regardions des cassettes avec papa. J'ai d'ailleurs un Peter Pan tatoué sur le bras.

- Votre premier album s'appelait "From Gainsbourg to Lulu" ?

Je n'avais pas pu faire de cadeau à papa car j'avais 5 ans au moment de sa disparition. Je l'ai fait 20 ans plus tard. J'ai réalisé un vrai travail sur les arrangements. C'était ambitieux de ma part car je n'avais que 25 ans, mais je l'ai fait. Maintenant, j'ai mes propres compositions et j'essaie de tracer mon chemin.


(c) Yann Orhan

 - Vous aviez aussi composé la musique du titre "Quand je suis seul" pour Marc Lavoine ?

C'est une composition qui m'a permis d'entrer dans le milieu de la musique. Je n'ai pas eu forcément l'occasion de recommencer car j'étais concentré sur mon travail. Je suis plutôt passionné par les musiques de film. J'ai d'ailleurs des projets dans ce domaine mais je ne peux pas en parler car ce n'est pas encore d'actualité. 

En parlant de cinéma, vous avez joué dans le film de François Armanet "La bande du drugstore"?

C'est mon unique expérience. Je reste ouvert mais je ne me considère pas comme un acteur.

- D'un autre côté que avez affirmé lors d'une interview que vous que vous ne vouliez pas devenir musicien ni chanteur. C'est un peu raté, non ?

 J'ai aussi dit que je ne voulais pas chanter en français. Je vais arrêter de tenir ce genre de propos ! En fait, j'avais du mal à faire comme papa mais la musique fait partie de moi. Je suis allé étudier au Berklee College of Music aux Etats-Unis où je pouvais être comme tout le monde. C'est là que tout s'est débloqué. 

- Dans le clip qui accompagne la sortie de l'album, les comédiens réécrivent un peu l'histoire. Si vous aviez la possibilité d'appuyer sur replay, vous changeriez quoi ?

C'est vrai que j'ai voulu donner un double sens.  On peut en effet essayer de réécrire l'histoire ou se laisser une multitude de choix. Il y a toujours le désir de changer quelque chose.  J'ai tendance à être perfectionniste mais il faut aussi se donner la possibilité d'être satisfait, de lâcher prise. 

- Vous avez étudié le piano assez tôt et vous êtes monté sur scène encore plus tôt ?

C'est vrai. J'ai commencé à apprendre le piano à l'âge de 4 ans et j'ai fait mes premiers pas sur la scène du Zénith de papa en 1988. J'avais 2 ans !

- Depuis, on ne vous a pas beaucoup vu en concert ?

J'ai mis du temps à trouver ma place dans le live. J'ai donné quelques concerts au Japon. Lorsque je suis passé au Café de la Danse après la sortie de l'album "T'es qui là ?", il a fallu vaincre la boule au ventre, les mains qui tremblent.  Le piège quand on est musicien, c'est de rester dans sa bulle parce que c'est une protection, un réconfort. La scène, c'est à chaque fois un combat. Je compte bien y remonter l'été prochain.


- Album "Replay (Kuroneko/Why Music), disponible depuis le 12 novembre 2021
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22 nov. 2021

"Tutu" secoue les codes de la danse

(c) Michel Cavalca

Créée en 1994 par le chorégraphe Philippe Lafeuille, la Compagnie Chicos Mambo alors basée à Barcelone, avait célébré ses vingt ans de carrière avec le spectacle  "Tutu", présenté notamment à Bobino en 2014.

Il revient cette fois sur la scène du Théâtre Libre. Un nom qui leur va comme... un chausson ! Car les artistes, à la fois danseurs, mimes, comédiens et clowns, prennent un plaisir manifeste à secouer les codes de la danse classique. 

En une vingtaine de tableaux, on passe ainsi d'un ballet de bébés en couches-culottes  à celui de canards en chaussettes oranges, frétillant allègrement de la queue, des parodies de "Dirty Dancing" ou du "Lac des Cygnes",  un concours de danses de salon, une approche décalée de la danse contemporaine...  Le tout sur un rythme effréné car les six danseurs ne s'économisent pas lorsqu'il s'agit de se lancer dans des entrechats et jetés, pas toujours académiques. 


(c) Michel Cavalca


Entre deux pastiches, à grands renforts de perruques, paillettes et autres fanfreluches, on assiste aussi à de beaux moments de poésie comme ce numéro de danseur solo, suspendu à un filin, ce tutu phosphorescent évoluant en apesanteur ou cet intermède laissant juste apparaître des jambes qui, en parfaite harmonie,  marquent le rythme d'un sensuel tango.

Les esprits chagrins regretteront peut-être quelques traits d'humour qui n'ont pas la légèreté et la grâce des fameuses jupettes de tulle... mais le propos  de "Tutu" est avant tout de divertir. 

Une ambition confirmée, lors d'une interview, par la devise de Philippe Lafeuille "Moins de bla-bla, plus de tralala !".  Défi relevé avec succès car cette ode burlesque à la danse conjugue à merveille performances,  autodérision et poésie.


Jusqu'au 12 décembre 2021, du mercredi au samedi à 19 h, mat. le dimanche à 16 h, au Théâtre Libre (anciennement Théâtre Comédia), 4, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris. Tél.: 01.42.38.97.14. Réservations oints de vente habituels et sur le site www.le-theatrelibre.fr

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16 nov. 2021

"Contre-temps": une captivante conférence chantée

(c) MS

Voilà un spectacle aussi singulier qu'original ! Imaginé par une équipe qui a déjà récolté 9 trophées de la comédie musicale ("Comédiens !", "L'homme de Schrödinger", "C-O-N-T-A-C-T...), il propose de découvrir la vie de François Courdot. Découvrir est bien le mot car on ne peut pas dire que le nom de ce chef d'orchestre, compositeur et musicien français a marqué les esprits. A tel point qu'on pourrait douter de son existence. Un mystère qui donne un piquant supplémentaire à "Contre-temps".
S'inspirant de l'ouvrage de James McGraff, intitulé "Afterbeat - The unbelievable story of François Courdot, the French conducteur who wanted to become a Broadway composer (1987)" Samuel Sené a conçu et mis en scène ce biopic, sur des textes d'Eric Chantelauze.

Dans un décor assez dépouillé, avec deux planches mobiles que les artistes arpentent tout en chantant, le spectacle démarre avec un extrait d'interview de François Courdot, avant de nous embarquer dans une conférence chantée, savante et captivante. Très vite, on comprend qu'au-delà du divertissement, le  propos est aussi d'évoquer le décalage entre l'ambition et la réalité de la vie d'artiste, de dénoncer les guerres de chapelle ou la difficulté de travailler pour un émigré. Car le fameux François Courdot a franchi l'Atlantique pour tenter de conquérir Broadway. 

L'occasion rêvée pour parcourir l' histoire de l'opérette et de la comédie musicale du XXème siècle avec le trio Opaline: les pétillantes et talentueuses chanteuses (et conteuses !) Marion  Préïté et Marion Rybaka, accompagnées au piano par Raphaël Bancou (qui a également signé les arrangements). 
Outre le récit des aventures et mésaventures du fantasque compositeur français, le public peut ainsi entendre des extraits de ses partitions mais aussi de "La Belle Hélène" de Jacques Offenbach, "Violettes impériales" de Vincent Scotto,  "Funny Girl" d'Isobel Lennart et Jule Style,  "Kiss me, Kate" de Cole Porter,  "West Side Story" de Leonard Bernstein et Stephen Sondheim ou encore "Hair" de Galt MacDermot.  Pour ce dernier, on a même droit à deux versions de "Let The Sunshine In", mais nous n'en diront pas davantage afin de préserver l'attrait de ce spectacle musical qui a déjà séduit les spectateurs du Théâtre Buffon à Avignon, cet été.

Jusqu'au 2 janvier 2022, du jeudi au samedi, à 21 h et le dimanche à 14h30, au Studio Hébertot, 78 bis, bd des Batignolles 75017 Paris. Tél.: 01.42.93.13.04. www.studiohebertot.com
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15 nov. 2021

Le blues authentique et envoûtant de Natalia M King

 

(c) Philip Ducap

D'origine dominicaine, née dans le quartier de Brooklyn à New York, Natalia M King a un parcours pour le moins atypique. Après des études de sociologie et d'histoire, elle a tout lâché pour parcourir les Etats-Unis, en bus et en stop, un carnet de notes en poche, à la manière de Jack Kerouac. Elle a ainsi enchaîné les petits boulots et a même embarqué à bord d'un chalutier en Alaska ! On la retrouve quelques années plus tard, dans les couloirs du métro parisien, la guitare en bandoulière, dans un répertoire rock alternatif. Remarquée par une major, elle enregistre au début des années 2000 un premier album "Milagro". Puis "Furry & Sound", "Soulblazz", Bluezzin Til Dawn"... 
Le 5 novembre dernier, elle a sorti son 7ème opus "Woman Mind Of My Own" (mixé par Yves Jaget, produit et réalisé par Fabien Squillante). Accompagnée d'une solide section de musiciens,  Natalia s'offre une authentique et envoûtante incursion dans le blues. Outre ses compositions, elle s'approprie littéralement trois reprises: "One More Try" de George Michael, "(Lover)You Don't Treat Me No Good" du groupe Sonia Dada et "Pink Houses", un titre de John Cougar Mellencamp dans lequel elle donne la réplique à son compatriote Elliott Murphy. 
Rencontre avec une bourlingueuse qui, depuis quelques années déjà, a posé ses bagages en Provence, près d'Arles.

- Comment définiriez-vous le titre de votre album ?

Je dirais : femme libre, têtue, avec des convictions !

- En évoquant votre période alternative vous avez dit que cela vous avait permis de cracher votre venin ?

A l'époque, j'avais des choses à prouver et d'autres à évacuer. Malheureusement, cela se fait souvent dans la colère.  J'ai vécu toutes les étapes de l'adolescence à la quarantaine à 100%. Tout ce que j'avais à cracher, je l'ai fait. Aujourd'hui, à 52 ans, je me sens totalement sereine.

- Vous avez également confié qu'il fallait apprendre à s'aimer ?

Je pense qu'on passe son temps à se chercher. Avec les expériences vécues, on comprend que le plus important, c'est d'apprendre à s'aimer. Cela permet de devenir responsable.

(c) Philip Ducap

- Comme Elliott Murphy avec qui vous faites un beau duo sur "Pink Houses", vous avez choisi vous installer en France ?

J'aime beaucoup la France. Je vis à côté d'Arles depuis un certain nombre d'années. Dès le matin, je peux entendre le chant des oiseaux, profiter de l'air et du soleil. Ce duo avec Elliott était un très beau moment de partage. C'est quelqu'un qui a énormément de talent.

- Après avoir enregistré chez une major, vous avez opté pour un label plus "familial" ?

C'est beaucoup plus personnel et spirituel. Chez Dixiefrog, j'ai le sentiment d'être en famille. 

- Dans "Woman Mind of My Own", vous alternez les ballades et des morceaux plus musclés?

C'est à l'image de la vie qui n'est pas un long fleuve tranquille ! Mon parcours s'apparente parfois aux montagnes russes. J'ai traversé des périodes difficiles, j'ai même fait un break de plusieurs années, entre deux albums, pour me ressourcer. Il faut souvent toucher les profondeurs pour remonter à la surface et respirer. 

- La chanson "Aka Chosen" est un vibrant plaidoyer pour la tolérance et le droit à la différence. C'était important pour vous de l'écrire ?

La  sociologie et les voyages m'ont permis de comprendre la façon de réagir des gens, en fonction du contexte, de leur culture, de leurs croyances. Cela empêche de juger. Dire que c'était important de l'écrire, je ne sais pas. C'est comme le fait d'ouvrir une bouteille de Châteauneuf-du-Pape de 2008. On ne peut pas dire que c'est important ou nécessaire, mais qu'est-ce que ça fait du bien !

- Le blues, c'est un retour aux racines ?

Il y a des rites de passage avant d'atteindre le but. J'ai longtemps refusé d'appartenir à une filiation, de croire aux soit-disant traditions socio-ethniques. Aujourd'hui, je peux dire que c'est le blues qui m'a adoptée.  On ne se dit pas un jour, tiens et si je faisais du blues ? En ce qui me concerne, le bus a un peu traîné, il s'est arrêté plusieurs fois et, là, je suis arrivée exactement au point où je voulais être.

- Vous avez fait au passage quelques détours par le jazz ?

Oui, notamment avec l'album "Soulblazz". J'ai eu la chance de travailler avec de grands musiciens comme le saxophoniste Pierrick Pedron et le trompettiste Stéphane Belmondo. Le jazz m'a permis d'arriver au portail. Il fallait juste le pousser un peu pour toucher au blues. J'aime bien cette expression: la fille prodige est retournée à la maison ! 

- Vous semblez apaisée aujourd'hui ?

J'ai longtemps marché sur le feu. Maintenant, je suis à la recherche du graal. J'ai le sentiment que c'est le bon moment et le bon album pour ça... 


- Album "Woman Mind Of My Own" (Diwiefrog), CD et vinyle disponibles depuis le 5 novembre 2021

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11 nov. 2021

Igit: "J'aspire à trouver comment lier la noblesse et l'élégance du piano-voix"


(c) Bastien Burger

Lors de l'émission " The Voice", en 2014, son beau timbre grave, teinté de blues, son aisance scénique avaient fait craquer les téléspectateurs (et Garou !) dans un registre allant des "Bonbons" de Brel,  à "Vous les femmes" dans la version d'Arno, en passant par "New York, New York" ou encore "I Put a Spell On You" de Screamin' Jay Hawkins. Depuis, Igit (de son vrai nom Antoine Barrau) a sorti a sorti plusieurs EP,  un album "Jouons" et prêté sa plume à des artistes comme Christophe Willem, Barbara Pravi, Yannick Noah... 
Le 28 septembre dernier, il a reçu le prix "Voix du Sud" (Fondation de la Poste), des mains de Francis Cabrel. A cette occasion, il a offert au public du Studio Raspail à Paris, la primeur de quelques titres de son second album piano-voix, attendu l'an prochain. 
Rencontre avec un auteur-compositeur qui n'a pas son pareil pour trousser de belles et poétiques histoires, avant la sortie en janvier de l'EP "Belle époque" et son concert parisien à la Boule Noire, le 25 janvier 2022.

- Avant "The Voice", vous vous produisiez dans les rues de Montmartre ?
Oui, mais à part des titres de Bob Marley, je ne faisais que des chansons à moi, du blues en anglais et en français.

- Vous avez également étudié le commerce et le droit des affaires à Ottawa et à Reims ?
Mes parents pensaient qu'avec ces bagages je pourrais toujours me débrouiller. Mais j'ai lamentablement échoué car je passais beaucoup de temps à faire de la musique. Notamment dans les soirées "Open-mic" (micro ouvert) à Ottawa.

- Il paraît que vous avez aussi joué de l'électro en Slovénie ?
Pendant deux ans. Nous avions transformé un cinéma en studio éphémère. Je travaillais avec cinq groupes et nous avons même sorti un album. Je composais  également de la musique pour des spectacles de danse contemporaine. Mes potes sont tous DJs et je suis fan de synthé, mais je suis le seul à avoir la chanson française dans mon ADN.

- Francis Cabrel vous a remis récemment le prix "Voix du Sud"(Fondation de la poste). C'est une belle reconnaissance ?
En toute honnêteté, les rencontres d'Astaffort figurent parmi les plus souvenirs de ma vie. Lorsque j'y suis allé, j'étais déjà un peu installé. J'étais le seul à avoir une maison de disques et un éditeur. 

- Pouvez-vous nous parler du duo avec Catherine Deneuve sur le titre "Noir et blanc" de votre premier album ?
 Pour cette chanson, je m'étais inspiré d'une histoire vraie. Ma belle-mère m'avait confié que lorsque ma femme était petite, elle pensait que le monde était en noir et blanc. Il fallait que quelqu'un puisse incarner ça. J'ai appris que Catherine Deneuve regardait "The Voice". La connexion s'est faire grâce à mon directeur artistique de l'époque et elle a accepté tout de suite. Elle était très à l'écoute et m'a notamment confié "J'aimerais avoir votre liberté musicale !"

(c) Bastien Burger


- Vous avez écrit tous les textes de ce nouvel album dont on ne connaît pas encore le titre ?
J'ai une idée pour le nom mais je ne peux pas encore vous le confier. J'ai co-composé les musiques avec Nino Vella, qui m'accompagne sur scène et j'ai écrit tous les textes sauf "Traverser l'existence". A l'origine, il devait être interprété par Barbara Pravi. Elle avait sélectionné 15 titres pour son nouvel album et elle m'a confié qu'elle ne se sentait pas de chanter celui-ci. Je lui ai demandé si je pouvais le prendre et je n'ai pas changé une ligne.

- C'est une chanson qui pose beaucoup de questions ?
C'est vrai. Mais une question n'appelle pas forcément de réponse. L'important, c'est de réfléchir. Aujourd'hui, nous somme dans des trucs très affirmés, des bulles cognitives sans porosité.

- Dans "Belle époque", vous écrivez: "Paraît que c'était mieux avant. C'est quand même mieux maintenant que demain" ?
Je trouve que c'est assez mathématique, non ? 

- Les chansons ont été crées pendant le confinement ?
Pas du tout. J'ai fait un bloquage total. Pour l'écriture, il faut que je sois dehors car j'ai besoin de mouvements, de m'installer aux terrasses des cafés, de croiser des gens. Cela me permet d'avoir un angle, une dimension supplémentaire. Dans ce domaine, je suis un peu de la vieille école. Durant les périodes de confinement, j'ai juste refait mon studio 3 fois. !

- Vous avez fait le choix d'un disque intimiste, très épuré ?
Je l'ai abordé plus détendu, presque  nonchalant. On a tout enregistré en deux jours et je ne me lasse pas de l'écouter. J'aspire à trouver comment lier la noblesse et l'élégance du piano-voix.

 - Vous évoquez des thèmes comme les années qui passent, la fin de vie,  en donnant l'impression que cela n'est pas si grave ?
(c) Bastien Burger
C''est ce que j'ai essayé d'exprimer en y mettant un peu de poésie. J'utilise souvent l'expression: "Ça n'empêchera pas les arbres de pousser !". Quand j'ai quitté le Canada, un garçon avec qui je bossais en cuisine m'a laissé ce message: "Tu m'a appris que la vie était bien trop sérieuse pour être prise au sérieux". Cela m'a touché.
 
- Vous êtes d'une nature résolument optimiste ?
L'optimisme, c'est un choix. Je suis le premier à m'émouvoir des violences et des drames que nous traversons mais je pense que nous allons globalement vers plus de douceur. Ma pensée est un élément modulable pour être le plus heureux possible... 

- EP "Belle époque", sortie annoncée en janvier 2022, single "Traverser l'existence", disponible sur toutes les plateformes.
- En concert, le 25 janvier 2022, à 19h30, à la Boule Noire, 
120, Bd de Rochechouart, 75018 Paris. 
Tél.: 01.49.25.81.75. Tarif unique à 18 Euros. www.laboule-noire.fr
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8 nov. 2021

Les virtuoses délires du MozART Group

(c) Ottavio Tomasini

 Ils se sont connus sur les bancs du lycée puis à l'université et, depuis, ils ont conservé un esprit indiscutablement potache. Pourtant, ces virtuoses (deux violons, un alto et un violoncelle) sont tous diplômés de prestigieuses académies de musique de Varsovie et de Lodz. 
Mais, à l'instar du fameux Quatuor, ils ont choisi de servir leur art, sans jamais se prendre au sérieux, même s'ils endossent la traditionnelle tenue des musiciens classiques (smoking et noeud papillon).
"... Malgré les fans de rock, de rap ou de la pop que la musique classique effraie, nous traitons notre musique avec un humour ironique et nous sommes sûrs qu'elle n'aura rien contre !" affirment-t-ils, en choeur. 
Une démarche qui a fait recette puisque depuis la création de MozART Group en 1995, en Pologne, ils ont déjà séduit plus de 5 millions de spectateurs, aux quatre coins de la planète. 



Depuis quelques jours, ils ont choisi de poser leurs archets à Bobino pour présenter  "Globe-trotters". Un nouveau spectacle dans lequel ils rendent hommage au répertoire français avec le fameux "Voyage, voyage" de Desireless, un French cancan endiablé (avec tentative de grand écart !), des morceaux  de Georges Bizet... mais aussi à l'opéra italien, aux Beatles, au rap, aux thèmes musicaux des westerns américains ou en sifflotant le fameux "Hello, le soleil brille" du célèbre "Pont de la rivière Kwaï". 
Tout cela évidemment sans partition car ils ne se servent des pupitres que pour les faire danser. Et ils sont même capables de faire de la musique en utilisant l'air d'un ballon !
Transformant tour à tour leurs archets en lassos, en raquettes de tennis ou en baguettes de tambour, les joyeux complices font également quelques incursions dans l'oeuvre de leur maître, le grand Amadeus.
En une heure et demi, ces facétieux guides nous concoctent un délirant périple musical qui, de Paname en passant par le botte italienne ou les grandes plaines du Far-West, fait souffler un sacré grain de folie rue de la Gaîté...  


- Jusqu'au 12 décembre 2021, à 19h, mat. dim. à 15h, à Bobino, 14-20, rue de la Gaîté, 75014 Paris.
Réservation: 01.43.27.24.24.
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7 nov. 2021

Manou Gallo "Je veux que ma basse sonne comme un tambour !"


 Depuis une vingtaine d'années, cette artiste originaire de Divo, en Côte d'Ivoire, s'est imposée sur la scène internationale comme l'une des rares femmes bassistes.  Après avoir créé son groupe Djiboi, Manou Gallo a enregistré des albums remarqués comme "Dida" ou "Lowlin", partagé la belle aventure des Tambours de Brazza et de Zap Mama... Elle revient cette fois avec un ambitieux projet : un opus en deux volumes, intitulé "ALISO"   (dont le premier single  "Lady", est sorti le 11 juin 2021 et le second "Mario-Ma lettre à Yacé", le 11 septembre dernier), dans lequel elle rend  hommage aux artistes qui l'ont inspirée comme Féla Kuti, Manu Dibango, Franco Luambo, Ernesto Djé Djé et Marcellin Yacé. 
Entretien avec celle que l'on surnomme "L'Afro Groove Queen", avant son concert parisien au Studio de l'Ermitage, le 16 novembre prochain.

- Parmi les artistes auxquels vous rendez hommage, le célèbre arrangeur, musicien, chanteur et producteur Marcellin Yacé tient une place particulière, non ?
Il m'a offert ma première basse et m'a appris le solfège alors que j'avais 12 ans. Il était un peu comme mon père adoptif. En 2002, il a été tué par balle en sortant de son studio à Abidjan. Dans le titre "Mario- Ma lettre à Yacé", j'ai eu envie de chanter ma frustration et ma colère. Aujourd'hui, je n'ai plus peur de donner mon avis sur la politique africaine. Je n'aime pas lorsqu'on utilise l'expression "au  mauvais endroit, au mauvais moment ". Je veux qu'il y ait une enquête pour savoir ce qu'il s'est vraiment passé, il y a 19 ans !

- Etre reconnue comme une  femme bassiste en Afrique, c'était compliqué ?
Je savais que le chemin allait être long et difficile. Lorsque j'ai sorti mon premier album, on disait que j'étais danseuse, chanteuse, musicienne, percussionniste... Moi, je voulais juste qu'on dise Manou Gallo, la bassiste. C'était mon combat. 

- Mais vous êtes aussi chanteuse ?
Je ne chante que pour accompagner ma musique.  Pour moi, la voix est juste complémentaire. Petit à petit, je fais des morceaux où la basse est au coeur de tout., je veux qu'elle sonne comme un tambour !

- Comme celui sur lequel vous tapiez lorsque vous étiez petite fille ?
Et ce n'était pas vraiment dans la tradition ! Mais j'ai eu une chance énorme. J'ai été élevée en partie par ma grand-mère. Lorsque j'ai commencé à taper sur tout ce qui était à ma portée,  elle m'a dit: "si c'est ton destin, je l'accepterai". 

- Il y a eu aussi le soutien et la collaboration avec Bootsy Collins ( James Brown,  George Clinton...)  ?
C'est vrai. C'est un peu fou de se dire que tu travailles dans ta cave avant de poster une vidéo et que quelqu'un comme lui t'encourage après l'avoir vue. Quand j'ai commencé la musique, il n'y avait pas internet et je ne savais pas ce qui se passait dans le monde. Aujourd'hui, j'explique aux petites filles à qui je donne des cours combien elles ont de la chance de voir et d'entendre ce qui se passe ailleurs. 

- Vous avez fait le choix de vivre à Bruxelles ?
C'est venu quand j'ai intégré le groupe Zap Mama et je suis restée. La Belgique est mon pays d'adoption. Il y a beaucoup d'amour entre nous. Il y a même un portrait de moi sur les murs de Bruxelles. 

- Manu Dibango vous avait invitée sur sa dernière tournée et son concert au Grand Rex ?
Il m'a toujours soutenue et donné des conseils. Cela fait avancer d'être entourée d'artistes comme ça. On a toujours des doutes, même si on a un caractère bien trempé. Ça prend du temps pour que les choses et les mentalités évoluent. Je crois qu'on commence à entendre ce que je veux faire.

 - Il paraît que les jeunes ivoiriens vous appellent "la vieille mère" ?
Oui et cela me touche. Chez nous, c'est un signe de respect.

- Album "ALISO" en deux volumes de 5 titres chacun (Contre-Jour/Believe)
- En concert le 16 novembre 2021, à 20h30, au Studio de l'Ermitage, 8, rue de l'Ermitage, 
75020 Paris. Tél.: 01.44.62.02.86. www.studio-ermitage.com
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Les souvenirs de Juliette Gréco vendus aux enchères à l'Hôtel Drouot


"Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, tu vois, je n'ai pas oublié, les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi..."
chantait Juliette Gréco dans sa belle interprétation de la célèbre chanson "Les feuilles mortes",  de Jacques Prévert et Joseph Kosma.

Des souvenirs il y en aura pour tous les fans et les collectionneurs puisqu'une grande vente aux enchères des biens ayant appartenu à l'artiste (disparue le 23 septembre 2020) sera proposée les 18, 19 et 20 novembre prochains à l'Hotel Drouot (avec les commissaires-priseurs Crait+Müller).
Des bijoux, des meubles et objets d'art, des lettres et manuscrits, des photographies, des vêtements et accessoires,  des disques, des ouvrages dédicacés, des partitions originales, des affiches...  


Au hasard des pages de l'impressionnant catalogue (à consulter sur www.drouotonline.com), on retiendra un char de manège en bois sculpté offert par Jean-Claude Brialy, une huile sur toile intitulée "L'enfant au square",  signée Ginsbourg,  des photos personnelles du voyage de noces de Juliette Gréco avec Michel Piccoli, en janvier 1967, neuf disques 33 T d'Edith Piaf des années 40, l'intégrale en CD de Jean Ferrat, les oeuvrescomplètes d'Alexandre Dumas, Emile Zola, Marcel Pagnol, Robert Brasillach, Honoré de Balzac..., la machine à écrire Canon acquise en 1984, au moment de la rédaction de son autobiographie, une lettre adressée à sa mère le 7 janvier 1950, des partitions originales, des tickets de concerts et divers pass pour accéder aux coulisses, un fax de son amis Françoise Sagan daté du 29 décembre 1992, des télégrammes, cartes et lettres reçus avant ses concerts et signés Sacha Distel, Claude François, Georges Moustaki, Régine, Eddie Barclay...

L'enfant au square", huile sur toile de Serge Gainsbourg
(c) Luc Paris


 A noter également,  "La petite Gréco au chat", un dessin que Léonard-Tsuguharu Foujita, avait apporté en cadeau le 25 juin 1953, à l'occasion du mariage de la chanteuse et comédienne avec Philippe Lemaire,  le tailleur Chanel aperçu dans "Belphégor" en 1966 et la robe en soie vert printemps (Christian Dior) portée lors du tournage d'un Scopitone pour Davis Boyer et sur la couverture de l'album "Juliette Gréco: les cinquante plus belles chansons" ou encore l'édition originale de "En avant la zizique" portant la dédicace "Pour Juliette, tâche de le lire entre deux films", je t'embrasse fort. Boris Vian"...

La petite Gréco au chat, cadeau de mariage de
Foujita (c) Luc Paris

Les amateurs seront sans doute tentés de feuilleter les 22 agendas de poche (entre 1982 et 2009) dans lesquels on découvre les dates de ses rendez-vous, voyages, répétitions et enregistrements. Tandis que d'autres seront touchés par ce message de Georges Brassens envoyé lors du passage de la chanteuse  à l'Olympia en 1966: " Chère Juliette, je suis heureux de t'envoyer ce petit mot par Pierre. Dès que possible, je viendrai te voir. Pour ce soir, je te dis tous mes voeux d'amitié. Mais je suis bien tranquille. Je t'embrasse".
 
Robe portée par Gréco
(c)Luc Paris

Parmi les nombreuses notes manuscrites proposées, on trouve également ce texte émouvant de Gréco intitulé "J'effeuille encore la marguerite": "Pourquoi écrire une chanson, une sans rime, ni raisons, qui saurait te dire je t'aime. Comme moi, je ne le sais pas, justement à cause de ça. Au seuil de la vie qui me quitte, comme un enfant perdu qui cherche à ne pas retrouver son chemin..."



- Exposition publique le mercredi 17 novembre et le jeudi 18 novembre, de 11h à 17h, à l'Hôtel Drouot, 18, rue de Provence, 75009 Paris. Tél.: 01.45.81.52.36.
- Vente aux enchères publiques: le jeudi 18 novembre à 18 heures pour les bijoux, le vendredi 19 novembre, à 13h30, : souvenirs, meubles et objets d'art et le samedi 20 novembre à 13h30: modes et accessoires.
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4 nov. 2021

Boris Bergman chante "Gaby oh! Gaby" et "Vertige de l'amour" en Yiddish

(c) Maho
Auteur prolifique, il a signé des chansons pour Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, Christophe, Carla Bruni, Dalida, Jean-Louis Aubert, Vanesa Paradis, Nicoletta, Nana Mouskouri, Paul Personne... 
On lui doit notamment le fameux "Rain and Tears" pour les Aphrodite's Child, "Vertige de l'amour" et "Gaby oh! Gaby" pour Alain Bashung. 
Au total, pas moins de 1000 chansons et des adaptations pour Franz Ferdinand ou Marianne Faithfull. 
A l'occasion du Festival Jazz'N'Klezmer (du 4 au 18 novembre à Paris, Nogent, Aubervilliers et Lyon),  accompagné  de son "Quartet moins 1" Boris Bergman se produira le 7 novembre prochain, au New Morning" pour un concert "yiddish rock". 


- La casquette de chanteur est plutôt inhabituelle pour vous ?
 Je me considère plutôt comme un acteur qui chante. J'avais préparé un spectacle dans le cadre du centenaire Boris Vian, qui a malheureusement été annulé. Laurence Haziza, directrice artistique du Festival Jazz'N'Klezmer m'a entendu interpréter une chanson que mon père affectionnait et elle m'a invité à participer au festival. Au départ, nous devions passer à la Bellevilloise et finalement, nous serons en première partie du pianiste Denis Cugnot et son Kuartet Klezmer, au New Morning.

- Parlez-vous de vos complices sur scène ?
En fait, nous avons créé un groupe pour l'occasion: Renaud Bernal (banjo, guitare, ukulélé), Norbert Miguel (guitares) et moi au chant. Je pensais l'appeler Le Trio, mais il y avait un risque de confusion avec Tryo. Du coup, on a décidé d'opter pour le "Quartet moins 1". Sauf que Brad Scott, le bassiste d'Alain Bashung sur sa dernière tournée a décidé de nous rejoindre. 

- Et vous allez interpréter des titres que vous avez écrits pour Bashung, en yiddish ?
Il y aura aussi des classiques du répertoire yiddish comme "Le chant des partisans de Vilna",  ou "Papirossen". Comme je  me suis aperçu que tout cela ne sonnait pas franchement gai,  j'ai décidé de choisir aussi des chansons avec de l'énergie. J'ai donc adapté "Gaby oh!Gaby" et "Vertige de l'amour" en yiddish ! L'idée était de faire du "yiddish rock" mais aussi du blues et de la country. Nous avons changé certains tempos. Il y aura aussi "Rain and Tears" et on va peut-être terminer par "Jérusalem Tomorrow" que j'avais découverte par Emmylou Harris mais dont la version originale est de David Olney. Ce que j'aime dans les chansons yiddish c'est que ce sont des petits films, même si c'est un peu mélo. Du coup, on va se moquer un peu de nous. Dans "Gaby oh! Gaby", par exemple j'évoque  le côté plaintif des Ashkénazes. L'intérêt, c'était de reconstituer une sorte de cabaret yiddish comme cela existait après-guerre. 

- Vous avez déjà envisagé la suite ?
Honnêtement, ce concert c'est pour la beauté du geste et une manière de rendre hommage à mes racines. On tournera peut-être si les gens nous demandent. Sinon, ce sera one shot !

Le dimanche 7 novembre, à 17 h (en première partie de Cuniot Kuartet), au New Morning, 7/9, rue des Petites Ecuries, 75010 Paris. www.newmorning.com
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