18 oct. 2021

Un vibrant plaidoyer pour rappeler le combat de pionnières

(c) Stéphane Kerrad - KBStudios

Ecrit à quatre mains, en 2012, par Jean-Louis Debré et sa compagne Valérie Bochenek l'ouvrage "Ces femmes qui ont réveillé la France" (Editions Fayard) a inspiré une pièce de théâtre, jouée par les auteurs et mise en scène par Olivier Macé. 

Ancien Ministre de l'Intérieur, Président de l'Assemblée Nationale et du Conseil Constitutionnel, écrivain à succès, Jean-Louis Debré aura attendu l'âge respectable de 77 ans pour monter sur les planches... d'un théâtre ! L'occasion de revêtir sa robe de magistrat pour un vibrant plaidoyer en hommage au combat de femmes dont l'histoire a parfois oublié le nom. 

(c) Stéphane Kerrad - KBStudios

Sur scène, des bustes de Marianne, un bureau, la talentueuse pianiste Valérie Rogozinski et un écran où défilent les portraits de ces pionnières qui ont du bousculer les institutions pour obtenir le droit d'exercer des fonctions jusqu'ici réservées aux hommes. 

Outre Olympes de Gouges, rédactrice en 1791 de "La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" stipulant notamment que "la femme naît libre et demeure égale à l'homme", personne n'a oublié  Simone Veil, Marie Curie, Marguerite Yourcenar, Colette, Louise Michel, George Sand... mais qui se souvient de Jeanne Chauvin, première femme a revêtir la tenue d'avocate, de Madeleine Brès diplômée de médecine,  de la bachelière Julie-Victoire Daubié ou encore de la Duchesse d'Uzés qui, malgré son statut, a dû batailler pour obtenir officiellement le droit de prendre le volant ? 

Un brin cabotin, plein d'humour, Jean-Louis Debré fait preuve d'une fougueuse énergie lorsqu'il s'agit de pourfendre ces flagrantes injustices. Quant à la gestuelle parfois appuyée de Valérie Bochenek, elle s'explique sans doute par ses années de travail auprès du mime Marceau. On salue le beau moment d'émotion lorsqu'elle déclame le discours de la grande figure de la Commune Louise Michel, au moment de sa condamnation à la réclusion au bagne de Nouvelle-Calédonie. 

(c) Stéphane Kerrad - KBStudios

A l'issue du spectacle, Jean-Louis Debré attend les spectateurs à la sortie pour les remercier et leur demander s'ils ont apprécié le spectacle. A cette inhabituelle et touchante interrogation, on répond que "Ces femmes qui ont réveillé la France" devraient figurer dans les manuels et au programme des prochaines sorties scolaires !

Jusqu'à fin décembre 2021, du mercredi au samedi à 19h,  au Théâtre de la Gaîté Montparnasse, 26, rue de la Gaîté, 75014 Paris. Loc. au 01.43.20.60.56. www.gaite.com 

16 oct. 2021

Les Divalala: la fièvre du lundi soir !













(c) Karo Kottier

Depuis leur premier spectacle "Chansons d'amour traficotées", les Divalala brodent à l'envi sur le thème du sentiment amoureux. Du coup de foudre à la rupture en passant par les premiers rendez-vous, le coeur qui s'embrase, le doute, les trahisons... Et pour elles, le répertoire français est une source inépuisable d'inspiration ! 
Avec leur nouvelle création "C'est Lalamour !" (mise en scène par Freddy Viau et chorégraphiée par Eva Callandreau),  Angélique Fridblatt, Gabrielle Laurens et Marion Lépine offrent  des reprises drôles et décalées de ritournelles populaires telles que "Capri, c'est fini",  "Comme un ouragan",  "Est-ce que tu viens pour les vacances", "Je vais t'aimer", "Destinée"... Aguicheuses en diable, elles n'hésitent  pas à jeter leur dévolu sur un spectateur pour lui adresser ces brûlantes déclarations. 
Après avoir endossé des tenues de sport le temps de s'interroger sur l'humeur parfois légère des "Garçons dans les vestiaires", elles reviennent plus glamour que jamais avec l'envoutant "Madame Rêve" d'Alain Bashung. 
(c) Karo Kottier

Outre ses qualités vocales et une fantaisie totalement débridée, le trio, qui s'accompagne à l'occasion de flûtes ou d'un ukulélé,  maîtrise également l'art du détournement de texte. Comme  "
Les nuits d'une demoiselle" une chanson franchement érotique interprétée par Colette Renard reprise ici dans une version 2.0. à l'usage des geeks. On salue également la performance de la jeune femme, larguée par un laconique "Voilà, c'est fini" sur répondeur, qui suggère au goujat un chapelet d'expressions nettement plus lyriques, sur le modèle de la fameuse "Tirade du nez" de Cyrano de Bergerac.
Des artistes pétillantes d'énergie qui savent aussi se métamorphoser en tendres mamies pour interpréter le touchant "Oh non ce n'est pas toi" de Cora Vaucaire. Et , quand vient la séparation et le partage des vinyles, elles renoncent à Daho, Bowie, Madonna... pour s'accrocher à celui de leur idole Frank Sinatra. L'occasion pour elles de butiner du côté du répertoire anglo-saxon avec une vibrante reprise de "Strangers in The Night". 
Un lundi sur deux,  le nouveau show des Divalala fait grimper la température au Palais des Glaces...

Deux lundis par mois, à 20 heures, jusqu'au 28 mars 2022 (sauf en décembre, voir calendrier sur le site).  Au Palais des Glaces, 37, rue du Faubourg du Temple, 75010 Paris. Tél.: 01.42.02.27.17. www.palaisdesglaces.com

11 oct. 2021

Thomas Curbillon: le charme intemporel d'un tendre crooner

(c) Anabelle Tiaffey
Musicien, enseignant, homme de radio... il a même travaillé quelques années au département jazz du label Universal Music. Autant dire que Thomas Curbillon a plus d'une corde à sa guitare. Il manquait encore à sa panoplie un album dans lequel on pourrait découvrir ses talents de compositeur et de tendre crooner.  C'est chose faite depuis le 24 septembre dernier, avec "Place Ste Opportune". Un premier opus, réalisé par Daniel Yvinec (ancien directeur de l'Orchestre National de Jazz), pour lequel il s'est entouré de solides compagnons de route: Pierre Bertrand aux arrangements, Eric Legnini (piano, Fender Rhodes), Thomas Bramerie (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie), Stéphane Belmondo (trompette et bugle)... Sans oublier  sa compagne Gaëlle Renard qui a signé les textes. Outre ses chansons originales, Thomas swingue avec bonheur sur "Petite Fleur" de Sidney Bechet,  "Et bailler, et dormir" écrit par Charles Aznavour et immortalisé notamment par Eddie Constantine et "La berceuse à Pépé" de Claude Nougaro.

Un disque au charme intemporel,  entre jazz et chanson française,  qu'il a dédié à ses grands-parents.


- La Place Ste Opportune a une signification particulière pour vous ?

Outre le club de jazz Le Petit Opportun où j'ai assisté à de nombreux concerts, c'est l'endroit où j'ai rencontré ma femme qui a écrit les textes de l'album.  Il y a beaucoup d'autobiographie dans ce disque et beaucoup d'imagination aussi. La chanson "Place Ste Opportune" qui donne son titre au disque est aussi la première que nous avons signée ensemble.

- Travailler avec votre femme Gaëlle Renard était une évidence ?

 En général je pars des mots pour composer. Gaëlle a une façon d'écrire très sonore et musicale. Elle a aussi le sens des voyelles et des consonnes. Cela m'a permis d'imaginer plus facilement des mélodies. Au départ, j'ai une culture jazz et j'adore les standards. L'idée de chanter en français est venue petit à petit. Ce qui me plaît ce sont les histoires, le côté mini scénario.

- Comme le film à sketches "Paris, je t'aime" dans lequel vous avez joué ?

J'ai juste joué de la guitare ! C'était dans la séquence sur Pigalle avec Bob  Hoskins et Fanny Ardant. C'était une jolie expérience mais ça s'est arrêté là...

- Quand on lit votre biographie, on se dit que votre destin était tout tracé ?

Mon grand-père était tromboniste à l'Opéra Comique et il a joué avec de nombreux artistes comme Gilbert Bécaud ou Charles Aznavour. Ma grand-mère était danseuse au Théâtre du Châtelet et mon père  est guitariste. J'ai pris quelques chemins de traverse mais toujours en rapport avec la musique.

(c) Anabelle Tiaffay

- Il paraît que votre prénom fait référence à un guitariste que votre père admirait ?

 Il s'agit de René Thomas, un guitariste belge que mon père admirait et admire toujours. 

Vous vous en sortez bien. Vous auriez pu vous appeler Thelonious (NDLR prénom de Monk, célèbre pianiste et compositeur de jazz américain) 

C'est vrai que cela aurait été un peu moins passe-partout ! A la maison, nous parlions musique dès le petit déjeuner. Même les animaux n'ont pas échappé à cette passion. Nous avons eu des poissons rouges qui s'appelaient Duke et Ellington, Bill et Evans...

- Pouvez-vous nous parler de la reprise de Nougaro ?

Il avait un phrasé particulier, comme un train qui avance. Je suis sensible aux voix. Même quand j'écoute un saxophone, j'entends une voix. Dans cet album, c'est presque la berceuse qui est venue avant Nougaro. Au début, Stéphane Belmondo ne devait pas forcément jouer sur ce titre. Je lui ai raconté l'histoire de mon grand-père qui aimait beaucoup ce morceau. Il m'a répondu qu'il allait y penser... et il a accepté. Quand on écoute sa trompette, c'est comme un dialogue entre un grand-père et son petit-fils. Ce qui est formidable avec cet album, c'est que les chansons sont pleines d'images.

- Et la chanson "Sale gosse" ?

Gaëlle avait écrit quelques textes qui étaient principalement des histoires d'amour mélancoliques et romantiques. J'avais envie d'une chanson plus rythmée, un peu canaille et ribouldingue, avec des petits tiroirs. J'aime cette dualité entre le côté sale gosse faisant le malin et celui qui se rappelle son enfance avec nostalgie et douceur.

- Comment est venu le déclic pour l'enregistrement de "Place Ste Opportune" ?

Je ne sais pas s'il y a eu un déclic. En fait, j'y pensais depuis longtemps. Il y avait une envie, une conviction mais pas encore de certitude.

- Réunir la crème des musiciens de jazz hexagonaux pour un premier album, c'et assez exceptionnel ?

Là encore, c'est une belle histoire. C'est grâce à Daniel Yvinec. Nous sommes proches depuis longtemps. C'est lui qui a suggéré le nom de la plupart des musiciens qui m'accompagnent.

- Le disque a vu le jour grâce à un système de participation ?

Le label "Jazz&People" sur lequel il est sorti porte bien son nom. Il ne fonctionne qu'avec le mode participatif. Il y a quelques années, je n'y aurais même pas songé. Nous avons rassemblé bien plus qu'on ne pouvait l'imaginer. 

- Vous enseignez aussi la guitare ?

Oui. Et l'histoire du jazz qui est à la fois riche et complexe. Ce qui me fascine dans cette musique, c'est l'équilibre entre l'instinct et le savoir. Parce que les deux peuvent co-exister. On a beaucoup mis dans la tête des gens qu'ils devaient comprendre pour ressentir. J'ai toujours été admiratif face à des artistes proposant une musique qui ouvrait les bras. Moi, j'ai envie de créer un lien entre les chansons et le public. J'ai hâte que l'album ne m'appartienne plus...

- Album "Place Ste Opportune" (Jazz&People), disponible depuis le 24 septembre 2021.

- En concert, le 28 octobre 2021, à 20h, au Bal Blomet, 33 rue Blomet 75015 Paris. Loc. sur le site www.balblomet.fr, Fnac et sur place les soirs de concert (pas de réservation par téléphone).


9 oct. 2021

Des contes croustilleux et délicieusement licencieux

(c) Florence Levillain
Dans le cadre des spectacles actuellement à l'affiche pour célébrer le 400ème anniversaire de la naissance du célèbre fabuliste, celui imaginé et interprété par Jean-François Novelli, d'après Jean de La Fontaine a une saveur bien particulière. 
Intitulé "Croustilleux La Fontaine" et sous-titré "Entrez ici et suivez-moi hardiment", il lève en effet le voile sur un pan méconnu de son oeuvre. Plus question ici de grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf, d'insouciante cigale, de fourmi pas prêteuse ou de corbeau dupé, mais plutôt de demoiselles à déniaiser, de nonnes et de curés pour le moins libertins.

Des récits dont on dit qu'ils ont bien failli lui coûter son  entrée à l'Académie Française !
Mis en musique par Antoine Sahler, ces textes délicieusement licencieux sont chantés et joués par le talentueux  Jean-François Novelli  accompagné au piano par Nicolas Royez, (en alternance avec Romain Vaille).  Et le facétieux ténor ne ménage pas les effets pour nous offrir un réjouissant divertissement. Il faut dire que se mettre au service d'une plume aussi leste et inspirée est chose rare !
D'autant plus que la mise en scène de Juliette est une véritable valeur ajoutée. "Si j'ai insisté auprès de Jean-François Novelli et Antoine Sahler pour "en être", c'est que cette idée de spectacle m'a littéralement émoustillée" confie-t-elle. " Ceux qui pensent encore que "La Fontaine c'est pour les enfants" vont avoir des surprises !

(c) Florence Levillain

On suit ainsi la jeune Lise, soucieuse de trouver un peu d'esprit auprès de l'accueillant Père Bonaventure, une nonne à la santé fragile à qui la Faculté recommande de prendre illico un amant, les mésaventures d'Alice dont le futur bébé aurait besoin de "finitions"... On apprend également à confectionner, dans les règles de l'art, un gouteux pâté d'anguilles et on sourit en découvrant la ruse imaginée par une prieure presbyte pour débusquer un intrus dans son couvent.

Pas de morale évidemment à la fin de ce "Croustilleux La Fontaine" mais une petite frustration tout de même. On aurait aimé que le spectacle dure plus d'une heure, histoire de prolonger le plaisir...

Les vendredis et samedis, à 21h, jusqu'au 30 octobre 2021, au Théâtre Les Déchargeurs, salle Vicky Messica, 3, rue des Déchargeurs, 75001 Paris.
Tél.: 01.42.36.00.50.  www.lesdechargeurs.fr


6 oct. 2021

le Festival "Jazz sur Seine" fête son dixième anniversaire


Initié par l'Association Paris Jazz Club, le Festival "Jazz sur Seine",  s'est donné pour mission de mettre en lumière la pluralité et la créativité du jazz. Une richesse qu'il souhaite rendre accessible à tous en proposant, comme chaque année, un pass à 40 Euros pour 3 concerts (à utiliser dans trois lieux différents) et un pass découverte à 10 Euros. 
Et le programme annoncé est aussi vaste qu'éclectique avec pas moins de 180 concerts réunissant  450 artistes dans 25 clubs de Paris et en Île-de-France !
Des chanteurs et musiciens qui flirtent aussi du côté du blues, de l'électro, du funk, des rythmes latinos...
A l'affiche de cette dixième édition, des têtes d'affiche comme Michel Portal et Ibrahim Maalouf, des talents à suivre, des hommages à Nat King Cole, Georges Brassens et David Bowie, des rencontres insolites comme celle du pianiste Giovanni Mirabassi avec l'artiste numérique  Malo Lacroix... et le désormais traditionnel rendez-vous pour découvrir les meilleurs espoirs de la scène française (en partenariat avec l'ADAMI), avec 18 showcases présentés, le 19 octobre prochain, dans 5 clubs du quartier des Halles (Duc des Lombards, Baiser Salé, Sunside, Guiness Taverne et le Klub). Une soirée en accès libre pour le public, avec un accès prioritaire pour les professionnels qui pourront ainsi repérer et soutenir ces jeunes pousses.
A noter également, des masterclasses animées par des musiciens, des ateliers de sensibilisation auprès de jeunes en difficulté et un atelier de musicothérapie.

Du 8 au 23 octobre 2021, à Paris et en Île-de-France. Infos et programmation complète sur le site
www.parisjazzclub.net




 

5 oct. 2021

La Fête des Vendanges de Montmartre célèbre sa 88ème édition sur le thème du futur


Après un an d'absence, pour raisons sanitaires, la Fête des Vendanges revient à Montmartre pour célébrer le futur. Un thème symbolique et une véritable tradition puisque la première édition remonte à 1934 et était parrainée, à l'époque, par  Mistinguett et Fernandel. Cette année, Karen Ann et Nul succèderont à leurs glorieux aînés pour lancer les festivités de cette 88ème édition, sur le thème du futur. Les enfants, encadrés par leurs professeurs d'art plastique, sont d'ailleurs invités à peindre leur vision du futur sur une dizaine d'escaliers de Montmartre, le temps de la fête.

Coup d'envoi dès demain avec La Fabrique Royale et ses acrobatiques freerunners qui investiront la Mairie du XVIIIème arrondissement. Parmi les temps forts: une "Conférence des Oiseaux" par Pierre Lamoureux, mêlant théâtre, danse et mime, La Compagnie Marzouk Machine avec un spectacle intitulé "Apocalypse", un pique-nique citoyen au Parc Chapelle Charbon, le festival de musique live "Décibels Vendanges",  proposé dans trois bars bien connus des habitants du quartier : le Hasard Ludique, le Bar Commun et l'Auberge de jeunesse Yves Robert, le traditionnel Ban des Vendanges, au coeur des vignes, en présence notamment du Président de la République de Montmartre...


Durant cinq jours, de nombreuses animations gratuites (dont certaines sur réservation) seront ainsi proposées aux montmartrois et aux visiteurs: expositions,  performances,  cours de fitness mis en musique par RTL2, une chorale des enfants, le Grand Défilé des groupes folkloriques, un parcours du goût réunissant une centaine de producteurs, des ateliers...

Et enfin, un bal de clôture animé par le DJ Thierry Lecamp dans le Square Louise Michel. Dress code conseillé: super-héros, cosmonaute, robot... A vous de voir comment vous imaginez votre futur ! 

Du 6 au 10 octobre 2021. Infos sur le site www.fetedesvendangesdemontmartre.com

4 oct. 2021

Estelle Perrault, nouvelle étoile du jazz vocal

(c) Elodie Martial
Quelques mois avant la sortie de "Lots of Love" (en 2020), son premier album de standards en version digitale, elle avait reçu la mention spéciale du jury aux Trophées du Sunside. On ne s'étonnera qu'à moitié que le pianiste Alain Jean-Marie ait eu envie de prendre Estelle Perrault sous son aile et de se produire avec elle dans une série de concerts piano-voix. Avec son phrasé, sa musicalité, son swing et son timbre sensuel, cette jeune artiste de 31 ans apparaît d'ores et déjà comme la nouvelle étoile du jazz vocal.

Il y a quelques jours, elle a sorti "Dare That Dream". Outre deux reprises: "Yesterdays" de Jérome Kern et "You Must Believe in Spring" de Michel Legrand, Estelle a signé tous les textes en anglais et composé quatre mélodies.  

Des chansons qui parlent de nostalgie, d'espoir, mais aussi de ses racines puisque sa mère est taïwanaise et son père français. Dès la première écoute, on est subjugué par la radieuse nostalgie dégagée par ce bel opus. Au point de regretter qu'il ne comporte que huit titres  !

Rencontre avant son concert au Studio de l'Ermitage, le 16 octobre prochain.


- Pouvez-vous nous parler de la reconstitution en 3D du mythique ballroom du Savoy de New York pour le clip de "You Must Believe in Spring"

- C'est une idée du label. J'ai trouvé que c'était une belle opportunité de chanter dans le décor reconstitué de ce club aujourd'hui disparu. J'ai joué sur le côté glam de l'époque.

- "Osez le rêve", c'est un joli titre pour un album enregistré en plein confinement ?

 D'autant plus qu'au début de la conception, je traversais une période difficile. J'ai même songé à tout arrêter. J'ai eu la chance d'être entourée et encouragée par des amis. Ecrire m'a permis d'aller plus loin dans l'introspection. Pour les titres, j'ai procédé par enchainements. Les premiers sont sur la nostalgie car ma famille à Taïwan me manque. Etre partagée entre deux cultures est toujours perturbant. Puis, j'ai voulu cette note d'espoir avec ""Flower Bloom" pour parler d'une jeune femme qui a choisi de faire de la musique. Petit à petit, "Dare That Dream" s'est imposé.  Tout comme le message de "Il faut croire au printemps".

- Pourquoi avez-vous choisi ce titre composé par Michel Legrand ?

 J'ai découvert ses compositions en écoutant des artistes américains comme Bill Evans. Si j'avais pu, j'aurais enregistré tout un album avec des chansons de Michel Legrand !

(c) Ewa Cieszkowska


- Vous avez aussi grandi en écoutant Billie Holiday et Ella Fitzgerald ?

En fait, j'ai découvert le jazz à l'âge de 17 ans. Billie Holiday et Ella Fitzgerald sont devenues des  figures maternelles. En grandissant, on a besoin de trouver son identité. Ces femmes de caractère représentent des exemples que je n'ai pas forcément rencontrés durant mes jeunes années à Taïwan.  

- D'où la chanson "Dreams Comme True" sur le nécessaire combat des femmes ?

Je pense que c'est important d'avoir des chansons engagées. Je le suis politiquement et en ce qui concerne la cause des femmes. C'est aussi une manière pour moi d'annoncer la couleur de la suite... Il faut juste trouver la bonne manière de dire les choses en évitant les clichés. 

- Un souvenir de vos études de droit ?

Mon but n'était pas forcément de devenir avocate mais plutôt d'enseigner. J'ai toujours eu envie d'aider la société. Cela m'a touchée lorsque des amis m'ont dit que ma musique leur apportait quelque chose. Moi, le jazz m'a donné de la stabilité. C'est devenu mon fil conducteur, ma famille !

- Comment avez-vous rencontré le pianiste Alain Jean-Marie ?

C'était dans un café. Il jouait et j'ai osé aller près de lui pour chanter. J'étais très intimidée. Je me disais que je devais être à la hauteur et cela m'a donné une vraie motivation. Le jazz est une musique basée sur le partage, l'échange. Alain Jean-Marie incarne totalement cet état d'esprit. C'est quelqu'un d'une grande humilité et de profondément gentil. J'essaie de ne jamais oublier tout ce qu'il m'a apporté.

- Le choix de l'anglais pour chanter s'est imposé ?

C'est mon côté citoyenne du monde ! Je me retrouve complètement dans cette langue et pour le jazz cela me semble assez évident. Je ne suis toujours pas à l'aise avec le français. Lorsque je suis arrivée ici, je ne parlais pas un mot de votre langue. 

- Vous attachez beaucoup d'importance au phrasé ?

C'est vrai. Il faut trouver le juste milieu entre la technique du jazz vocal et celle de la respiration. Après, il faut aussi laisser parler l'émotion. Mais pas trop ! C'est un challenge pour moi car je suis très émotive. Il m'est déjà arrivé de pleurer  en chantant. Aujourd'hui, on a parfois l'impression que tout le monde chante de la même manière. Or, plus on est soi-même, plus on se démarque. Si vous écoutez bien Carmen McRae et Sarah Vaughan, vous constaterez que leur phrasé est totalement différent mais elles transmettent quelque chose de tellement vrai. C'est ce que j'aime aussi dans le jazz: on raconte une histoire. 



- album "Dare That Dream" (Art District MUSIC/ distribution SOCADISC), disponible depuis le 17 septembre 2021.

- En concert le 16 octobre 2021, à 20h30, au Studio de l'Ermitage, 8, rue de l'Ermitage, 75020 Paris. Tél.: 01.44.62.02.86. www.studio-ermitage.com