28 févr. 2020

Julia Biel: "c'est la musique qui connecte les gens"

(c) Marc Cant
Son album précédent portait tout simplement son nom : Julia Biel. Après avoir débuté dans un groupe, elle a évolué vers un piano-voix, à l'image de son nouvel opus "Black and White".
Une démarche inhabituelle qui est loin d'être la seule particularité de cette superbe vocaliste, auteur, compositeur et musicienne, aussi à l'aise dans le jazz que dans la pop. Remarquée dans de nombreux festivals, elle a notamment assuré la première partie de Bob Dylan à Stuttgart.
Née en Angleterre, d'origine sud-africaine par son père et allemande par sa mère, Julia a aussi étudié les langues à l'Université d'Oxford !  Un cursus qui n'est pas le plus court chemin pour enregistrer des chansons solaires, portées par de délicats arrangements, sur les thèmes de l'amour, de la douleur, de la solitude ou des racines.
A écouter en boucle, lové dans un canapé, en imaginant un monde plus serein...

- Comment est venue l'idée de cette formule piano-voix ?
Elle a fait son chemin. J'avais l'habitude en concert de jouer quelques petites pièces, seule au piano, et de nombreuses personnes m'ont demandé pourquoi je ne ne ferais pas tout un album comme ça. Cela a représenté une véritable étape dans ma carrière.
- D'où vient le chant d'oiseaux que l'on entend sur le disque ?
Ce sont les oiseaux de mon jardin que j'ai enregistrés un matin, au réveil. J'ai trouvé que cela collait bien avec l'ambiance.
- "Black and White" parle aussi de souffrance ?
C'est vrai que j'étais en colère en lisant des livres sur le racisme au Royaume-Uni. Savez-vous qu'il existe même un "Black History Month" en Grande-Bretagne ? Une fois par an, on pense ainsi aux gens qui ne sont pas blancs. A Londres, où je vis, on me demande souvent d'où je viens. Personnellement, je n'aime pas le mot métisse. La lecture de ces ouvrages m'a aidée. Avant, j'étais plus occupée à me comprendre moi-même. Toutes ces réflexions m'ont amenée à faire cet album. C'est la musique qui connecte les gens, pas la couleur de leur peau.
- Etudier les langues à Oxford, c'était votre souhait ?
C'est vrai que la musique n'était pas l'option de départ. J'avais même pensé à l'art.
- Quel a été le déclic pour changer de voie ?
C'est un professeur de musique qui m'a encouragée. Lorsque j'ai commencé le piano classique, j'étais plutôt médiocre mais j'ai toujours aimé chanter. Je joue aussi du violon et de la guitare. Mon père me disait qu'il avait rêvé d'être professeur d'histoire mais quand il est parti d'Afrique du Sud, les possibilités étaient restreintes et il est devenu comptable. Je crois que son souhait était de m'offrir la possibilité de faire ce que je voulais.
- On vous compare encore à Norah Jones ?
 Cela n'est pas la plus mauvaise des références ! Je l'ai entendue en concert et c'est plutôt flatteur. Les gens ont souvent besoin de vous coller une étiquette. On m'en parle moins maintenant.
- C'est vrai que le premier disque que vous avez acheté était un enregistrement du groupe Police ?
J'avais 11 ans et je l'écoute encore.  J'aime aussi Sade, Radiohead, Talk Talk, Nina Simone, Billie Holiday...  Je suis touchée par les artistes qui n'ont pas peur de montrer leurs sentiments, leur individualité. De mon côté, j'essaie toujours de partir du personnel pour tirer vers l'universel.
- Ce nouvel album a été enregistré chez vous ?
Oui. J'ai la chance d'avoir mon propre studio. Cela me permet de prendre du temps et de choisir les horaires ! J'aime travailler le soir ou très tôt le matin. C'est plus calme. Je peux presque entendre mes pensées...

- Album "Black and White, Volume 1" (Rokit Records/Ankhtone Records/Pias), disponible le 28 février 2020.

26 févr. 2020

Festival Blues autour du zinc de Beauvais: 25ème édition

Maceo Parker (c) Boris Breuer
Au fil des années, ce festival est devenu une référence. "Du blues, du blues, du blues" comme le chante Michel Jonasz mais aussi de la soul, du funk, du rock, du gospel, du rhythm'n'blues, du trip hop...
Durant onze jours, les théâtres, les auditoriums, les centres pénitentiaires de Beauvais et de Liancourt... sans oublier le fameux Magic Mirrors accueilleront des artistes de renommée internationale, des révélations et de belles surprises. Comme le grand saxophoniste et compositeur américain Maco Parker qui revient 21 ans après son premier passage à Beauvais, la charismatique chanteuse Skye Edwards et les frères Paul et Ross Godfrey plus connus sous le nom de Morcheeba ou encore Skip The Use, avec la version live de l'album "Past & Future", pour le concert de clotûre.

Skip The Use 
Il ne faudra pas rater non plus Michelle David & The Gospel Sessions, le rockeur de Kinshasa Jupiter (Bokondji) et son groupe Okwess, Melvin Taylor et Steve Hill, des artistes dans la pure tradition du blues, la soirée "Blues au féminin" (créée en 2003) qui réunira cette année Kitty, Daisy & Lewis, Beaux Gris Gris & The Apocalypse, Bernadette Seacrest...
Autre rendez-vous évidemment très attendu: la "Jimi Hendrix Celebration Night", organisée avec la complicité de Laura Cox, Steve Hill, Norbert Krief, Yarol et Philippe Almosnino... et l'incontournable Yazid Manou.
Et, puisqu'il faut bien justifier le nom de l'événement, les découvertes se feront dans les bars, autour du zinc (les 27 et 28 mars), en compagnie de Kent DuChaine, Ramon Goose et Joseph Martone.
Joseph Martone
(c) Finelli
On prend le pari que ce dernier, auteur-compositeur italo-américain, pourrait bien être la révélation 2020 avec les titres de son bel album "Honey Birds" qui sortira officiellement durant le festival (le 20 mars).

Du 19 au 29 mars 2020 à Beauvais. 
Infos et programme complet sur le site http://www.zincblues.com/ 

13 févr. 2020

La belle histoire du collectif Pockemon Crew

(c) Paul Bourdrel
Il était une fois... des potes issus des quartiers de Lyon, à la recherche du terrain idéal pour se livrer à quelques figures de hip-hop. Ce sera le parvis de l'Opéra de Lyon !
Leur patronyme, ils l'adoptent en référence au dessin animé qui fait fureur auprès des jeunes à la fin des années 90 et y ajoute crew (qui signifie troupe ou groupe en anglais)...
Une vingtaine d'années plus tard Pockemon Crew, dirigé par le chorégraphe Riyad Fghani, est devenu le groupe de breakdance le plus primé. Il a tourné un peu partout dans le monde avec des spectacles comme "Silence on tourne", inspiré du cinéma des années 30-40, "Hashtag 2.0" évoquant l'omniprésence des réseaux sociaux...
Quant aux membres, ils couvrent quasiment trois générations puisque la plupart ont rejoint le collectif à l'âge de 13/14 ans. Au fil des années,  Pockemon Crew a su intégrer la rigueur des danseurs classiques et les prouesses du hip-hop.
Il fêtera son vingtième anniversaire à Bobino avec le spectacle "Empreinte", une création confiée à Rachid Hamchaoui.

Du 19 au 22 février 2020 à Bobino, 14-20 rue de la Gaîté, 75014 Paris. Tél. 01.43.27.24.24. 
Loc. points de vente habituels. Places: de 19 à 37 €. http://bobino.fr/


12 févr. 2020

Contrebrassens: un clin d'oeil malicieux au répertoire du poète sétois

(c) Julien Wieser
Ce spectacle tourne avec succès depuis plusieurs années et on comprend pourquoi !
Avec une délicieuse malice, Pauline Dupuy a su choisir des chansons de Brassens qui parlent principalement des femmes. On connaît évidemment l'inclination du poète sétois pour le beau sexe. Un penchant plein de tendresse et de poésie, un brin licencieux parfois, qu'il a confessé dans des chansons comme "Cupidon", "Je me suis fait tout petit", "Le Parapluie", "La Non-demande en mariage", "Les Bancs publics", "Quatre-vingt-quinze pour cent", "La Complainte des filles de joie"...
Des déclarations que la chanteuse reprend avec respect, en y ajoutant une fraîcheur, un brin d'espièglerie et une modernité qui donnent le sentiment de redécouvrir un répertoire que l'on imaginait gravé dans le vinyle !
Sa voix chaude, presque lyrique et son jeu à la contrebasse s'accordent à merveille. Au point que l'on oublie presque la complexité de certaines harmonies. L'autre belle idée est d'avoir fait appel au chanteur et musicien anglais Michael Wookey qui apporte des sonorités aussi inventives qu'insolites au banjo, sur un piano pour enfant, avec des chaînes, des clochettes...
Après avoir évoqué son instrument dans des termes quasiment amoureux, Pauline Dupuy et son complice terminent avec des versions particulièrement réussies de "Il n'y a pas d'amour heureux" (poème de Louis Aragon)  et "Mourir pour des idées".
(c) Les Dimanches Matins
"Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues..." affirmait Trénet.
Celles de Brassens se sont posées pour quelques soirs boulevard des Batignolles et il ne faut pas les laisser filer...

Jusqu'au 31 mars 2020, le lundi à 19h et le mardi à 21h, au Studio Hébertot, 78 bis, bd des Batignolles, 75017 Paris. 
Loc. au 01.42.93.13.04. http://www.studiohebertot.com/
En tournée: le 21 février à Alby-sur-Chéran, le 3 mars à Fontenay-aux-Roses, le 6 mars à Luynes, le 7 mars à Saint Martin du Fouilloux, le 8 mars à Beaulieu-Lés-Loches, le 28 mars à Viry-Châtillon, le 29 mars à Magny-les-Hameaux, le 9 mars au Bal Blomet à Paris (15ème)...

Robin McKelle: "J'essaie de mettre l'émotion avant la perfection

(c) Frank Bullitt
Depuis ses débuts, elle s'est imposée comme une vocaliste  aussi impressionnante dans le répertoire jazz que dans le blues, la soul ou le rhythm'n'blues.
Pour son nouvel album "Alterations" (dans les bacs vendredi prochain),  Robin McKelle s'offre un grand écart entre les générations et les styles avec des reprises de Sade, Amy Winehouse, Dolly Parton, Billie Holiday, Lana Del Ray, Carole King, Joni Mitchell, Janis Joplin, Adèle...
Un exercice dont elle se sort avec une égale virtuosité.
Des chansons enregistrées, à New York, dans les conditions d'un live, en une seule prise. Un huitième opus qui bénéficie également de brillants arrangements et d'une solide section de musiciens.
Entretien en français, quelques jours avant ses deux concerts au New Morning, avec cette native de Rochester qui se partage entre la France et les Etats-Unis depuis une dizaine d'années.



- Il paraît qu'au début de ce projet, vous aviez sélectionné 200 chansons. Comment s'est fait le choix définitif ?
J'ai écouté longuement chaque titre et, à la fin, j'ai décidé de faire les chansons de femmes compositrices avec qui j'ai grandi et qui m'ont touchées. L'idée était également de choisir des genres différents parce que je voulais faire un album qui me représente. Toutes ces artistes m'ont permis de trouver ma propre voie.
- Vous écoutiez Dolly Parton lorsque vous étiez plus jeune ?
Oui. J'ai toujours adoré la chanson "Jolene". Elle fait encore des concerts et elle chante toujours très bien. Je trouve que c'est très inspirant.
- Quelle reprise a été le plus gros challenge pour vous ?
Pour moi c'était Adèle. La chansons "Rolling in The Deep" a été un énorme succès. C'est encore très proche dans l'esprit des gens. Du coup, j'ai longtemps hésité avant de me lancer.
- C'est un peu la même chose avec "Back To Black" d'Amy Winehouse, non ?
 Lorsque je l'ai entendue pour la première fois, j'ai été touchée par son grain de voix et les paroles. Elle a eu une vie tragique et elle nous a tout donné dans ses chansons. Sa manière de chanter m'a donné un petit espoir dans un monde plus ouvert à la pop, avec des artistes sans âme.
- Joni Mitchell disait que tout le monde pouvait reprendre ses chansons mais que ceux qui avaient un pied dans le jazz pouvaient mieux capturer ses croquis de vie. Vous, vous y avez plutôt les deux pieds ?
Absolument. J'ai découvert le jazz lorsque j'avais 14 ans. A l'époque, j'étais plus intéressée par la pop ou le R&B. Le jazz m'a donné envie de faire quelque chose de différent dans la musique.
- Vous avez dit lors lors d'une interview que, pour vous, chanter c'était comme peindre ?
Je m'en souviens, c'était pour la sortie du précédent album (NDLR "Melodic Canvas"). Lorsque je commence à chanter, je pense à l'atmosphère que je veux installer et je choisis des couleurs: bleu, noir, orange... Après, je me dis: c'est quoi le mood (ambiance) ? Et j'ajoute de nouvelles couleurs.
- Comme vous, vos musiciens ont étudié au Berklee College of Music ?
C'est vrai. Sauf le pianiste et co-producteur Shedrick Mitchell. Les autres ont en effet fréquenté le même établissement que moi, mais pas forcément en même temps ! Il y a vraiment quelque chose entre nous. Nous ressentons la musique de la même manière, avec le même feeling. C'était facile de faire cet album avec eux. Nous avons répété une seule fois en studio, la veille de l'enregistrement.
On dit qu'à vos débuts, la comparaison avec Janis Joplin vous agaçait ?
Je trouvais que sa voix "grattait" trop ! Quand on me disait que je faisais parfois penser à Janis Joplin, je me disais: My god, je ne veux pas faire ça !  J'étais jeune et je ne réalisais pas à quel point ce qui comptait avant tout pour elle, c'était l'émotion. Elle était juste complètement libre. Après 40 ans, on voit les choses différemment. Aujourd'hui, j'essaie de mettre l'émotion avant la perfection.

- album "Alterations" (Membran/Sony), disponible le 14 février 2020.
En concert à Paris les 16 et 17 mars 2020, à 21h, au New Morning, 7/9, rue des Petites Ecuries, 75010 Paris.  http://www.newmorning.com/
et en tournée: le 5 mars à Cambrai, le 7 mars à Dreux, le 13 mars à Wissous, le 14 mars à Montbrison, le 26 mars au Mégève Jazz Festival, le 15 avril à Colmar...






10 févr. 2020

Rencontre avec Louis Chedid

Après cinq ans d'absence, Louis Chedid nous revient enfin avec un nouvel album solo "Tout ce qu'on veut dans la vie" (dans les bacs le 28 février prochain).
Pour l'occasion, il offrira la primeur de quelques chansons en live, lors d'un mini-concert à la Fnac Ternes, le samedi 29 février, à 16 heures.  Un événement gratuit et en libre accès, dans la limite des places disponibles

26/30, avenue des Ternes
75017 Paris

Festival Paris Music: 5ème édition

Créé en 2016, en association avec la Mairie de Paris, ce festival a gagné son pari : attirer les amoureux de la musique dans des lieux insolites de la capitale. Et, au fil des années, la curiosité du public n'a cessé de grandir. La seule chose qui n'a pas bougé, c'est le prix ! Pour la modique somme de dix euros, vous pourrez ainsi découvrir La Chica et ses chansons électro à la Cité de l'Architecture du Patrimoine, la toulousaine Norma au Musée de la Vie Romantique, Sandra Nkaké et son spectacle "E.L.L.E.S." (des chansons composées par des femmes et pour des femmes) au Musée des Arts et Métiers, le koriste sénégalais Boubacar Cissokho à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, la pop électro d'Aliocha à l'American Center For Art and Culture, l'Ensemble Art Sonic dans une ambiance de bal perdu au Petit Palais ou encore la chanteuse Clou au Musée National Eugène Delacroix...
Dans un lieu moins inattendu, puisqu'il se produira au Sunset-Sunside, un club très prisé par les amateurs de jazz, Aldo Romano aura carte blanche pour célébrer le centenaire de la naissance de Boris Vian. Tout comme Laurent de Wilde (en trio) qui délaissera pour l'occasion son cher Thelonious Monk.

Les 19, 20 et 21 mars 2020. Infos et programme complet sur le site http://www.paris-music.com/

9 févr. 2020

Barbara Pravi : Je me sens comme un chef d'orchestre

On se souvient encore de sa bouleversante interprétation de la chanson "Seulement connu de Dieu" (de Claude Lemesle et Charles Aznavour) dans le spectacle musical "Un été 44". Son premier EP, sorti en juin 2018,  révélait de jolies mélodies pop et un incontestable talent pour l'écriture avec des titres comme "Pas grandir", "Deda" ou encore  "Le Malamour".
En attendant l'album promis, Barbara Pravi nous fait patienter avec un autre EP "Reviens pour l'hiver"
Cinq chansons teintées d'une délicate mélancolie, qui parlent de rendez-vous manqués ("Barcelone"), de la nostalgie des années folles ("Pigalle") ou des masques derrière lesquels on se dissimule trop souvent ("Personne d'autre que moi"). On tombe définitivement sous le charme...



- Lors de ton concert au Réservoir tu as dit que tu n'avais pas échappé à la règle de raconter ta vie dans un premier disque. C'est encore le cas pour celui-ci ?
Pour l'instant, je ne peux parler que de ce que je ressens. Je ne me sens pas juste si je raconte l'histoire de quelqu'un d'autre.
- Tu chantes encore sur scène la chanson "Le Malamour", sur la violence faite aux femmes ?
Bien sûr. Avec cette chanson, il s'est passé quelque chose qui m'a complètement échappé. J'avais besoin de reprendre confiance en moi et elle a eu cet effet là sur moi. J'ai aussi été invitée l'année dernière par Daphné Bürki dans le cadre de la journée de la femme. J'expérimente de plus en plus le pouvoir de la parole.
- Un héritage de ton père philosophe ?
L'amour des mots, sans doute. Mais les philosohes sont plus sur la pensée.
- Peux-tu nous parler de la photo de la pochette ?
Je suis fascinée par le ciel et les grands espaces. J'essaie toujours de réfléchir aux pochettes en terme de concept. J'aime cette idée de prendre les commandes... Je me sens parfois comme un chef d'orchestre. Cela m'a également fait penser aux Rochambelles, ces ambulancières et infirmières dont on a salué le courage dans le spectacle "Un été 44".
- Avec le recul, jouer dans ce spectacle a été bénéfique pour toi ?
Je ne serais pas la femme que je suis aujourd'hui si cela ne m'était pas arrivé. Je travaille d'ailleurs avec l'ingé son d'Un été 44. Il me suit depuis le début.
- Dans la chanson "personne d'autre que moi", tu parles de te mettre nue ?
J'ai du mal avec le mensonge. Sans doute parce que j'en ai abusé lorsque jétais petite. Aujourd'hui, je suis franche et directe, mais j'y mets les formes !
- le titre "La fête" est assez déroutant. On est loin des serpentins et cotillons ?
Je suis assez casanière. La fête pour moi, c'est voir quelques amis, lire ou observer la nature. Je suis une contemplative. C'est un titre que j'ai co-écrit avec mon complice Vincha.
- Dans le carnet où figure la liste des choses que tu rêves de faire, tu as pu en réaliser de nouvelles ?
Je suis allée au Canada. J'en rêvais depuis des années. J'ai aussi trouvé un tourneur. Je commence à m'intéresser au théâtre. J'avais aussi envie d'écrire pour d'autres. Je l'ai fait pour Chimène Badi, le Concours Eurovision Junior et j'ai aussi signé un texte ("Baraka") dans l'album "Bleu indigo" de Yannick Noah...Je me souviens que les premières années, j'étais malgré moi dans un esprit de conquête. Je me sens beaucoup plus sereine aujourd'hui.

- EP "Reviens pour l'hiver" (Capitol/Universal), sortie digitale le 7 février dernier.

7 févr. 2020

Bai Kamara Jr: "J'ai mis toute mon âme dans cet album"

(c) Michael Chia
Originaire de Sierra Leone, il a vécu toute sa scolarité en Angleterre avant de s'installer en Belgique. Pour l'album "Salone" (qui désigne sa terre natale en langue Krio), enregistré avec son nouveau groupe The Voodoo Sniffers, Bai Kamara Jr a puisé dans ses racines africaines. Dès les premières notes de "Can't Wait Here Too Long",  la chanson qui ouvre ce bel opus, son timbre envoûtant vous embarque dans un voyage musical où le blues se teinte aussi de sonorités soul et world.
Rencontre à Paris (devant une spécialité auvergnate !), avant son concert au Jazz Club Etoile, le 14 mars prochain..

- Le blues exprime souvent de la tristesse, de la douleur. Ce qui n'est pas le cas dans "Salone" ?
Je suis un grand fan de John Lee Hooker qui pouvait être très drôle. Les textes me sont venus facilement. Ce que je raconte concerne la vie quotidienne et chacun peut s'y retrouver.  Le blues a toujours été là mais l'envie est devenue plus forte avec l'âge et l'expérience. Cet album, j'y songeais depuis au moins 8 ans. J'ai attendu le bon moment. C'est une une musique authentique et c'est ce que je veux faire jusqu'au bout...
- Avec une mère ambassadrice et un père politicien, votre chemin n'était pas un peu tracé ?
C'est vrai. Après deux ans à l'université, j'ai dit à ma mère que je voulais faire une pause... qui dure encore ! Une vie d'artiste ce n'est pas évident parce que c'est long et dur.  Il faut rester fidèle à son art. J'ai commencé la musique en écrivant pour des groupes locaux. Quand j'ai dit à ma mère que je voulais être artiste, elle a été compréhensive... et méthodique ! Avec elle, il faut venir avec des propositions et des arguments. A la fin, elle m'a dit que si cela me rendait heureux, j'avais sa bénédiction.
- C'est vrai que vous avez aussi fait l'acteur ?
Un homme est venu me voir alors que je jouais dans un club en Espagne. Il était intéressé par ma musique et souhaitait mettre deux de mes chansons dans un film. Je me souviens qu'à l'époque, mon entourage m'a dit de ne pas me faire trop d'idées. Quatre jours plus tard, j'ai reçu un mail de ce réalisateur (NDLR Paco Torres pour le film  "El Vuelo Del Tren" )  me confirmant sa promesse et il m'a même proposé un petit rôle. Celui d'un musicien africain de passage en Espagne... C'était dans mes cordes !
- Pouvez-vous nous parler du groupe qui vous accompagne ?
C'est un groupe multi-culturel : il y a un batteur qui vient du Togo, le bassiste du Burkina Faso, un autre musicien vient de l'Idaho mais a été élevé en Afrique de l'Ouest, il y a aussi un belge avec des racines italiennes...
- Dans le titre "Homecomming", on entend les sonorités typiques du "fingerpicking" ?
J'ai toujours aimé ça. Je trouve que cela apporte un côté organique et assez hypnotique.
- Vous avez dit que vous vous sentiez toujours comme un étudiant en ce qui concerne le blues. Qui sont vos maîtres ?
Quand tu es un guitariste autodidacte comme moi, tu passes ta vie à apprendre. Je suis inspiré par des artistes comme John Lee Hooker, Big Bill Broonzy, Ali Farka Touré... mais aussi Marvin Gaye ou Jimi Hendix.
- Chanter le blues, c'est forcément en anglais pour vous ?
C'est surtout parce que je m'exprime mieux dans cette langue. J'ai mis toute mon âme, toute mon énergie dans cet album. J'ai aussi mis en avant mes racines africaines parce que cela fait la différence avec le blues américain. "Salone" n'est ni africain, ni américain. Il est universel.

- album "Salone" (Moosicus/UVM), sortie le 21 février 2020 (disponible depuis le 24 janvier en digital).
En concert, le 14 mars 2020, à 20h30, au Jazz Club Etoile, 81, Boulevard Gouvion Saint-Cyr, 75017 Paris. Réservation au 01.40.68.30.42. Infos sur le site http://www.jazzclub-paris.com/fr/groups

6 févr. 2020

Blønd and Blōnd and Blǒnd: sans filtre !

(c) Pascalito
Après avoir tourné un peu partout en France (dont 5 années de suite à Avignon) et à l'étranger avec leur irrévérencieux "Hømåj à la chønson française" (voir le 28 février 2014 sur ce blog), Mår, Glär et Tø, des soeurs et frère réunis sous le nom de Blønd and Blōnd and Blǒnd, reviennent avec leur nouveau spectacle "Mariåj en chønsons", mis en scène par Jean-Claude Cotillard.
Pour l'occasion, ils ont revêtus leurs plus beaux costumes (imaginés par Sarah Dupont ) afin de faire honneur à l'union de Magnus, leur ami d'enfance, avec la française Gwendoline.
Une cérémonie dont ils assurent évidemment l'animation. Sur scène, une table est dressée pour recevoir les convives, désignés parmi les spectateurs.

(c) Pascalito

Dès les voeux de bonheur et les compliments qui tournent à l'aigre, on comprend que les noces vont vite partir en vrille. D'autant que la décapante fratrie puise avec délectation dans les recettes qui ont assuré son succès. A savoir le détournement de refrains populaires qu'ils interprètent avec un humour sans filtre. Des "Champs-Élysées" devenus "Auchan-Vélizy" aux imitations de Vincent Delerm et Benjamin Biolay, en passant par "Djobi Djoba" à la manière de Christine and The Queens ou "Joe le taxi" en marche militaire... le trio est franchement désopilant. Dotées d'un timbre qui leur permet de jouer sur tous les registres: rock, lyrique, pop, rap et même le scat, les blondes demoiselles assurent le show. Tout comme le frère avec son côté pince-sans-rire.  Cela se gâte un peu lorsqu'ils cèdent à leur penchant pour les blagues potaches. On passera donc sur la reprise du "tube" de Carla Bruni transformé en "caca m'a dit", les images d'abattoir accompagnant l'arrivée d'une tête de veau sur un plateau ou les scabreuses allusions du clerc Julien.
Au final, ils remisent la traditionnelle danse des canards pour former un petit train sur l'air de "Libertine".
Pas sûr qu'après un tel torpillage, les jeunes mariés songent à partir en lune de miel...

En tournée en province et au Festival off d'Avignon, du 8 au 27 juillet 2020 (Théâtre Actuel, rue Guillaume Puy).

5 févr. 2020

Le duo Ko Shin Moon, lauréat du Prix Ricard Live Music

C'est officiel, le duo d'électro world Ko Shin Moon succède à Dampa et devient donc le 11ème lauréat du Prix Ricard Live Music. Un prix qui n'est pas seulement honorifique puisque, outre un soutien artistique et financier (estimé à plus de 60 000 €), la production et la promotion d'un EP et d'un clip... le duo parisien participera à des concerts à Paris et en région, notamment aux Francofolies de La Rochelle.
A noter que cette nouvelle édition a fait son meilleur score depuis dix ans, avec plus de 1 600 inscrits !

Infos sur le site http://www.societericardlivemusic.com/

3 févr. 2020

Le putsch musical et déjanté des Sea Girls

Sur le programme, le propos est sérieux puisque ce nouveau spectacle intitulé "Les Sea Girls au pouvoir !" s'inspire librement de "L'Assemblée des Femmes" d'Aristophane.
Mais sur scène, on peut compter sur ces drôles de suffragettes pour redistribuer les cartes (ou plutôt les dossiers !) selon leur fantaisie. Et cette dernière est sans limite. Dès l'entrée, l'effervescence est palpable. Le public est manifestement conscient qu'il va assister à un moment historique: l'ouverture d'un débat dont l'ordre du jour remonte tout de même à 2 500 ans !
Dans une mise en scène de Johanny Bert, cette création musicale de Prunelle Rivière et Fred Pallen (du Sacre du Tympan) propose de passer en revue quelques légitimes revendications comme l'égalité des richesses, le droit à un monde meilleur, la rémunération du travail domestique ou la possibilité pour les femmes disgracieuses et âgées de disposer d'un jeune compagnon...
Accompagnée par trois musiciens en jupette :Dan Brouillard à la guitare, Vincent Martin aux percussions et Benjamin Pras au piano, les Sea Girls, parées de plumes et de paillettes, ne sont manifestement pas des adeptes du politiquement correct.
Partant du principe que l'on ne fait pas de grandes révolutions sans grandes chansons, elles enchaînent des couplets sur la pilosité, imitent Mireille Mathieu ou adoptent les accents déchirants d'un blues pour s'inquiéter de l'avenir des paradis fiscaux.
Entre deux refrains, elles se préparent à investir l'Assemblée Nationale pour déposer un projet de loi leur octroyant les pleins pouvoirs. A défaut de siéger un jour sous les ors de la République, on peut affirmer que Lise Laffont, Judith Rémy, Prunella Rivière et Delphine Simon s'emparent de la scène avec une énergie et un talent incontestables. Et on ne peut que saluer ce coup d'état musical, déjanté à souhait. Après quatre séances à guichets fermés, au Café de la Danse, les Sea Girls repartent en campagne. Et on vote pour elles, sans condition !

En tournée: les 5 et 6 février 2020 à La Ferme du Buisson de Noisiel (77), le 13 mars au Centre Cyrano de Bergerac de Sannois (95), le 22 mai à La Maison des Arts du Léman à Thonon-les-Bains (74)...