28 mars 2022

Jean Guidoni: "Dans mes rêves les plus fous, je n'imaginais pas revenir aux Bouffes du Nord"

(c) David Desreumaux

L' annonce d'un nouvel album de Jean Guidoni est toujours une bonne nouvelle. Il demeure en effet l'un des interprètes les plus flamboyants de la chanson française. Et, connaissant l'intégrité de l'homme et de l'artiste, on ne peut s'empêcher de redouter le moment où il décidera de se retirer, estimant (à tort) qu'il n'a plus rien à dire. 
Cinq ans après "Légendes urbaines" dont il avait signé tous les textes, sur des musiques de Didier Pasccalis, il a donc enregistré "Avec des si". Pour ce 16ème album studio, il a travaillé avec Arnaud Bousquet, un auteur qui a su saisir le "climat" cher à Guidoni, tout en lui proposant d'aborder d'autres thèmes. Soutenue par une formation musicale épurée (piano, violon, violoncelle et trombone), sa voix grave et prenante vient littéralement nous chercher pour nous inviter à "Revoir l'été", partir sur les traces d'"Un homme sans importance", partager un Bloody Mary au bar du sombre "Cecil Hotel" de la cité des anges, essuyer quelques "Larmes de tigre"ou parcourir les rues d'un Paris "Sans Dabadie"... 
Un superbe opus baigné d'une nostalgie presque joyeuse.
Rencontre avant son concert au Théâtre des Bouffes du Nord, le 25 avril prochain. Une salle où il ne s'était plus produit depuis quarante ans !

- Ce nouvel album dégage une mélancolie presque joyeuse ?
Je parlerais plutôt de nostalgie, mais sans s'arrêter sur le passé. On a vécu mais pas trop vieilli !

- Après avoir signé tous les textes de ton précédent album, tu as travaillé avec un nouvel auteur. Pourquoi ?
En fait, je pensais tout arrêter après "Légendes urbaines". Lorsque j'ai croisé Arnaud Bousquet à l'Européen, il m'a dit qu'il avait envie d'écrire pour moi. Je me suis dit pourquoi pas. J'avais commencé à travailler sur quatre chansons et je lui ai demandé d'essayer de les terminer. Il était "vierge" d'écriture. Outre les chansons, j'ai aimé l'être humain. Nous avons beaucoup parlé. C'est quelqu'un de sensible et bienveillant.  Jusqu'ici les gens qui m'avaient été présentés me proposaient souvent du sous-Pierre Philippe (son auteur fétiche). Moi, je me sens plus interprète qu'auteur et je n'ai pas d'égo. Après "Sans Dabadie", il m'a fait écouter "Revoir l'été", une chanson inspirée de mon livre ("Quelques jours de trop"). J'ai eu l'impression qu'il était entré dans ma tête, qu'il me connaissait par coeur. Cela m'a vraiment donné envie de repartir.

- Tu as vraiment songé à tout arrêter ?
Oui, sans rancoeur ni regret. Avant les spectacles, je pouvais me rendre malade au point de développer des plaques d'irritations sur la peau. C'est fatiguant la compétition, la remise en question. Je n'avais plus trop envie de rentrer là-dedans. Aujourd'hui, je n'ai plus d'angoisses.


(c) David Desreumaux


- Comment est venue l'idée de la chanson sur le "Cecil Hotel". Un lieu qui avait défrayé les chroniques criminelles avec l'affaire Elisa Lam ?
C'est moi qui l'ai demandée à Arnaud. Avec le confinement, j'ai beaucoup regardé Netflix et j'ai découvert une série et un documentaire sur le sujet. On évoquait le cas de cette jeune fille qui avait quitté son Canada pour la première fois et qui avait été retrouvée noyée dans une citerne sur la terrasse de l'hôtel. On disait que le lieu avait été fréquenté par des tueurs en série. C'est un sujet qui me fascine. J'avais commencé à écrire le texte mais je suis resté bloqué. 

- Il y a comme un sentiment d'allégresse dans la dernière chanson de l'album "Paris, je suis en vie" ?
Elle me résume bien ! Au début, le titre me faisait  peur car je trouvais qu'il faisait un peu préhistoire.

- Tu as choisi volontairement une formation musicale réduite ?
L'idée n'était pas de venir avec 25 musiciens ! Sur scène, il y aura juste un piano et un violoncelle. Ça  m'oblige à épurer les chansons. On écoute vraiment les mots.  

- En parlant de scène, ce retour aux Bouffes du Nord quarante ans après, c'est assez symbolique, non ?

Dans mes rêves les plus fous, je n'imaginais pas y revenir. J'avais chanté là-bas durant un mois à guichets fermés en septembre 1982. A l'époque, j'avais inauguré la programmation chanson.  C'est un challenge car cette salle est difficile. Tous les gestes sont décuplés. Nous passons au milieu du spectacle "Tempest Project", autour de "La Tempête" de William Shakespeare, adapté et mis en scène par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne. Du coup, je vais chanter avec les éclairages de La Tempête !

- "Avec des si" aurait pu ressembler à des regrets ?
Non. C'est plutôt tourné vers le futur qui reste !


- Album "Avec des si" (Tacet/L'Autre Distribution), disponible depuis le 25 mars 2022

- En concert le 25 avril, à 20h30, au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis, boulevard de La Chapelle, 75010 Paris. Tél.:01.46.07.34.50. Loc. points de vente habituels et sur location@bouffesdunord.com


24 mars 2022

Minino Garay: "j'aime casser les codes"

(c) Eve Grymberg

Compositeur et percussionniste natif de Cordoba en Argentine, Minino Garay a notamment joué auprès d'artistes comme Dee Dee Bridgewater, Mercedes Sosa, Christophe, Benjamin Biolay, François Béranger, Richard Galliano, Nilda Fernandez... Et, depuis sa rencontre avec la poétesse et chanteuse Dana Bryant, il cultive une véritable passion pour le Spoken word. De la poésie chantée sur fond de beat et d'improvisations instrumentales, considérée comme l'ancêtre du slam. Un mouvement qu'il a transposé à sa "sauce" en y mêlant son goût pour le jazz et les traditions rythmiques argentines, sous le nom de "Speaking Tango". C'est d'ailleurs le titre choisi pour son nouvel album, enregistré entre Paris et Buenos Aires avec de prestigieux musiciens: le batteur André Ceccarelli, le batteur Pipi Piazzolla (petit-fils du légendaire Astor), les guitaristes Jean Marie Ecay et Emmanuel Codjia, le pianiste Hernan Jacinto, Magic Malik à la flûte traversière et au chant, Christophe Wallemme et Flavio Romero (contrebasses)...
Onze titres qui parlent d'amour, de politique, de la vie de tous les jours, qu'il interprète d'une voix tour à tour forte ou caressante.
Rencontre avec le plus parisien des artistes argentins, qui vit dans la capitale depuis une trentaine d'années. 

- Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le"Speaking Tango" ?
Il y a une vingtaine d'années, j'ai commencé à mettre un ou deux titres de poésie parlée sur chacun de mes albums. Celui-ci est entièrement dédié au Speaking Tango.  Il y a des textes parfois anciens comme "No Son Los Muertos", du poète espagnol Gustavo Adolfo Bécquer, qui date du 19ème siècle ou celui de l'argentin Baldomero Fernandez Moreno "En Lo Mas Profundo de Ella". Des textes plus récents d'auteurs comme Adriana Cattanio ou Eduardo Torezani. Après, je les sors un peu de leur contexte et je les "musicalise" en improvisant sur des rythmes de tango et de jazz, avec quelques onomatopées. J'ai moi-même co-composé et co-écrit quelques titres.  

- Vous avez notamment travaillé avec une poétesse qui vous est chère ?
 Il s'agit de ma mère Nury Taborda. C'est une littéraire. Elle a été professeur à l'université. Elle m'a fait découvrir un certain nombre de poètes. Elle a écrit deux textes et nous avons travaillé ensemble sur trois autres titres. Elle a même co-signé "Boca con Boca" avec ma compagne Alex Pandev qui fait aussi des voix sur l'album. 

Minino Garay et Alex Pandev


- Vous avez également créé un groupe de percussionnistes ?
Oui, les Frapadingos. Ce sont des musiciens qui viennent de différents pays. J'aime mélanger les genres, casser les codes. Je me suis auto-proclamé DJ de cultures. Je donne le tempo, la pulsation. L'un démarre avec un truc de son pays, un autre enchaîne et tout s'articule. Je vais prochainement aller voir Bartabas. J'aimerais bien faire quelque chose avec lui.

- Pour "Speaking Tango" vous avez réuni la fine fleur des musiciens ?
 Je vais toujours chercher des gens que j'admire. J'ai besoin de solidité. André Ceccarelli par exemple a changé ma vie. A la suite d'un article sur mon premier album, il m'a appelé pour jouer sur le sien. 

- Vous aurez quelle formation pour vos prochains concerts au Sunside ?
Le 24 mars, je serai avec Manu Codjia, Cédric Hanriot et Christophe Wallemme, le 25 mars avec Jean Marie Ecay, Cédric Hanriot et Pato Lisboa et le 26 mars, toujours Cédric et Christophe avec Lionel Suarez. Je vais également jouer quelques titres de mon album à la Philharmonie de Paris (le 21 mai), dans le cadre d'un week-end tango.

- Faire des percussions tout en chantant, ce n'est pas un peu compliqué ?
Je continue à travailler tous les jours. La difficulté est de jouer en évitant que la voix tremble.

- Avec cet album, vous donnez une image plus contemporaine au tango que certains jugent un peu désuet, non ?
C'est vrai que ce projet est hybride. Moi, si je m'ennuie, je me dis que le public va s'ennuyer aussi. J'espère toucher les jeunes générations, comme j'aurais aimé qu'on vienne me chercher lorsque j'avais  vingt ans...

- Album "Speaking Tango" (SunnySide Records/Socadisc), disponible depuis le 11 mars 2022.
- En concert les 24, 25 et 26 mars 2022, à 20h30, au Sunside, 60, rue des Lombards, 75001 Paris. Tél.: 01.40.26.46.60. et le 21 mai 2022, à 20h30 (dans le cadre du programme "Week-end tango") à la Philharmonie de Paris, 211, av. Jean-Jaurès, 75019 Paris. Tél.:01.44.84.44.84.
- En tournée: du 10 au 18 avril 2022 au Mexique et du 20 au 30 avril 2022 au Cameroun.
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22 mars 2022

"Jean Gabin, l'exposition": une impressionnante rétrospective consacrée au géant du cinéma français

Jean Gabin dans le film "Le chat" de Pierre Granier-Deferre (1971)
(c) Marcel Dole



Plus de 40 ans après sa disparition (en novembre 1976), Jean Moncorgé,  plus connu sous le nom de Jean Gabin, demeure l'une des figures les plus populaires du cinéma français.  Lors de l'inauguration de l'exposition qui lui est consacrée, à l'Espace Landowski - Musée des Années 30, en présence de personnalités du cinéma et de la télévision, son fils Mathias ne cachait pas son émotion: "Quand on parle de papa, c'est toujours très dur pour moi. Mais il ne faut pas oublier maman parce qu'elle était très importante dans sa vie". Une maman (Dominique Fournier) que l'on découvre parmi les nombreuses photos, références et anecdotes figurant dans le livre "Jean Gabin" (Editions de La Martinière) qu'il a co-écrit avec Patrick Glâtre, commissaire de l'exposition. Dans la préface signée par Alexis Moncorgé (fils de Mathias et petit-fils de Jean), on peut lire: "Je ne t'ai pas connu, je suis arrivé au monde dix ans après ton départ. Et pourtant tu es là tous les jours, car tu fais partie de moi. J'ai commencé où tu as fini, en Normandie. J'ai choisi de faire le saltimbanque moi aussi, ça aura sauté une génération...". 

La particularité de cette rétrospective est qu'au-delà de la carrière de ce géant du cinéma capable de camper un flic, un truand, un forçat, un banquier, un légionnaire, un juge ou un clochard, on entre aussi dans l'intimité de l'homme que l'on disait discret et pudique.

Gabin par Raymond Moretti. Musée Jean Gabin, Mériel
(c) Adagp, Paris 2022/Photo Alain de Baudus

 

Au passage, le maire de Boulogne-Billancourt, Pierre-Christophe Baguet, a rappelé les liens qui unissaient Jean Gabin à la ville. Tout d'abord, son grand-père, paveur de rue à Boulogne-Billancourt mais aussi les mythiques studios de cinéma où il a tourné pas moins de 26 films: "La grande illusion", "Touchez pas au grisai", "Le jour se lève", "Voici le temps des assassins", "Remorques", "Le tatoué", "Le chat", "Deux hommes dans la ville"... 


Malle militaire qui a suivi Jean Gabin pendant son
engagement dans la guerre comme fusilier marin au sein des Forces
Navales Françaises libres.
Musée Jean Gabin-Mériel (c) Alain de Baudus


Dans un espace de 700 m2, plus de 700 documents et objets sont ainsi présentés au public: des effets personnels confiés par Mathias Moncorgé, des pièces conservées au Musée Jean Gabin de Mériel (la ville du Val d'Oise où il a passé son enfance et son adolescence), du  matériel cinématographique issu des studios de Boulogne et de Billancourt, des extraits de documentaires et de films projetés sur une quinzaine d'écrans, une expérience de réalité virtuelle avec une immersion en 3D dans la scène d'ouverture  du film de Marcel Carné "Le jour se lève"... Sans oublier des trésors qui, pour la première fois, ont quitté les réserves de la Cinémathèque Française: des dessins de maquettes de décor, des scénarios originaux, des plans de travail, des maquettes d'affiches et de costumes, des objets portés par Jean Gabin dans "La grande illusion" et "L'Air de Paris".

Au hasard des allées, on peut aussi découvrir un accordéon offert par l'écrivain Pierre Mac Orlan, une facture des communications entre lui et Marlène Diétrich,  le manteau porté dans le film "Du rififi à Paname", une lettre écrite le 4 mai 1965 par Fernandel, une carte de voeux envoyée par Brigitte Bardot en 1959, son uniforme de second maître, la malle militaire datant de son engagement au sein des Forces Navales Françaises Libres, la lithographie de Raymond Moretti offerte aux lauréats du Prix Jean Gabin, ses collections de pipes et de chapeaux, son bureau ou le disque, le seul qu'il ait jamais enregistré, de la  chanson "Maintenant je sais". 


Parallèlement à l'exposition, les visiteurs pourront participer à des ateliers de tournage, des conférences-débats, des animations jeune public ou assister à des projections dans les cinémas Landowski et Pathé Boulogne.

Jusqu'au 10 juillet 2022, du mardi au dimanche de 11h à 18h, au Musée des Années 30 - Espace Landowski, 28, avenue André Morizet, 92100 Boulogne-Billancourt. 

Tarifs: billet jumelé Exposition, Musée des Années 30 et Musée Paul-Landowski: 7 Euros et tarif réduit à 5 Euros. Entrée gratuite pour les moins de 26 ans, les personnes handicapées et leur accompagnateur et pour tous le 1er dimanche du mois.

- Livre "Jean Gabin", de Mathias Moncorgé etPatrick Glâtre, Editions de La Martinière, paru le 11 mars 2022.

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14 mars 2022

Le Festival "Essonne en Scène" a pris son rythme de croisière


Créé en juin 2019, le festival "Essonne en Scène" (par les Francofolies) n'a rien à envier à ses aînés. En trois ans "il a déjà pris son rythme de croisière" se réjouit Gérard Pont, (Président des Francofolies) qui ajoute "C'est assez rare qu'un festival ait la moitié de sa programmation composée par des artistes de son territoire". Décalée en septembre l'an dernier, l'édition 2021 avait triplé sa fréquentation avec 16 000 festivaliers. Record à battre pour son retour en juin (les 24 et 25) avec une affiche aussi riche qu'éclectique. Outre Julien Doré et Calogero, le public pourra applaudir le duo Terrenoire, révélation masculine aux dernières Victoires de la Musique, P.R2B alias Pauline Rambeau, Victor Solf, l'ex-chanteur du groupe Her et Bandit Bandit (duo formé par Maëva Nicolas et Hugo Herleman). 

La programmation 2021 accueillera également six "talents essonniens": le groupe folk francophone Barkanan, La Boum Brute, Global Network, la chanteuse Vanessee Vulcane, le quatuor pop-punk et post-rock Alma Real et le groupe de rock alternatif Salammbô.

Outre un cadre ludique et historique avec son parc labellisé "jardin remarquable", son château construit en 1654, un étang surnommé "le lac des amoureux", une orangerie... le festival "Essonne en Scène" est également une destination privilégiée pour les amateurs d'art contemporain avec l'exposition collective "Devenir (un autre) animal".

Ajoutez à cela des tarifs particulièrement attractifs et vous n'aurez décidément plus aucune raison de ne pas prendre la RN20 ou un train pour la gare de Chamarande, située à 200 mètres du Domaine... 


- Les 24 et 25 juin 2022 au Domaine départemental de Chamarande (91). Pass 1 jour: 35 Euros et pass 2 jours à 60 Euros. Tarifs réduits à 25 Euros et enfant - 12 ans à 8 Euros. Réservations sur le site www.essonneenscene.fr ou sur www.seetickets.com

13 mars 2022

"Diamond Dance": une virtuose rencontre entre hip-hop et danse classique

 


L'idée est pour le moins originale, voire inédite: proposer un spectacle mêlant deux planètes que l'on croyait à des années-lumière: celle du hip-hop et celle de la danse classique. Imaginé par Virginie Bambenet et Julie Dayan, dans une mise en scène de Michael Xerri et des chorégraphies de Sophiane Boukabache, "Diamond Dance" bouscule les codes et les idées reçues.

On passera sur l'intrigue reposant sur la préparation d'un concours et l'idylle naissante entre le chef de bande Raph et la jeune étoile Marie, les textes remplis de bons sentiments déclamés par un rappeur, pour braquer les projecteurs sur l'essentiel: la virtuosité des danseurs et les vidéos époustouflantes qui défilent en fond de scène avec un synchronisme parfait. On retient notamment son souffle devant le tableau, très réaliste, de l'incendie ravageant le local des danseurs de hip-hop, la course-poursuite effrénée sur des échelles ou la poésie du ballet sur fond de sous-bois aux couleurs automnales. L'autre réussite est un trio à cordes (alto, violon et violoncelle) qui trouve harmonieusement sa place dans le décor. 



Un spectacle débordant d'énergie et de prouesses acrobatiques, ponctué de battles exécutées par des danseurs capables de remiser tutus, chaussons, jeans ou baskets pour endosser d'autres costumes. 

A la sortie, on serait presque tenté de se lancer dans un petit entrechat de bonne humeur... 


Jusqu'au 10 avril 2022, à 21h, le samedi à 17h et 21h et matinée le dimanche à 17h, au 13èmeArt, Centre Commercial Italie Deux, Avenue d'Italie, 75013 Paris. Tél.: 01.48.28.53.53. Loc. points de vente habituels et sur le site www.le13emeart.com 

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Kaz Hawkins: une voix qui donne le frisson

 


Dès les premières notes de "Play", la chanson qui ouvre l' album "My Life And I", on est saisi par l'émotion car la voix de Kaz Hawkins nous ramène aux grandes pages de l'histoire du blues, du rhythm'n blues, de la soul... 

Pourtant, la chanteuse n'a pas grandi du côté des rives du Mississippi mais dans les faubourgs de Belfast, en Irlande du Nord. Et si le public de festivals comme "Cognac Blues Passions" ou "Blues autour du Zinc" (à Beauvais) lui a réservé un accueil enthousiaste, elle est encore peu connue en France. D'où l'attrait (et il n'est pas le seul !)  de ce best of qui permet de découvrir le parcours de cette artiste hors du commun. Un parcours que l'on devine accidenté au travers de chansons comme "One More Fight (Lipstick and Cocaïne) ou "Surviving". Mais au-delà de ces accents douloureux, Kaz sait aussi nous faire partager la liesse des choeurs de gospel  ("Hallelujah Happy People"),  la tendresse d'une mère qui voit sa fille quitter le cocon familial ("Because You Love Me") ou nous emporter sur une piste de danse avec l'étourdissant "Shake".  Au passage, elle rend également hommage à son compatriote Van Morrison avec la reprise de "Full Force Gale" et à son idole de toujours Etta James pour de superbes   versions de "At Last" et "Something's Gotta Hold On Me". Une artiste dont elle a même même emprunté le nom puisque l'inoubliable interprète de "W-O-M-A-N" (en réponse au "I'm A Man" de Muddy Waters) était née Jamesetta Hawkins. 


 

Outre une voix rauque et puissante qui donne immédiatement le frisson, Kaz Hawkins a également cette  capacité de faire passer toute une gamme d'émotions. Ceux qui ont eu la chance de la découvrir sur scène  ne risquent pas d'oublier son charisme, ses mimiques malicieuses, son énergie et cette manière de balayer le passé d'un magistral revers. Comme si les épreuves avaient renforcé sa foi en l'avenir. Et, à l'écoute de "My Life And I", on ne prend pas un trop grand risque en affirmant qu'il s'annonce radieux... 

 - Album "My Life And I" (Dixiefrog/Pias), disponible le 8 avril 2022.

- En concert: le 31 mars 2022, à 20h30, au Jazz Club Etoile, 81, Bd Gouvion-Saint-Cyr, 75017 Paris. Tél.: 01.40.68.30.42. www.jazzclub-paris.com

- En tournée: le 1er avril 2022 à Saint Remy Les Chevreuses (Jazz à Toute Heure Festival), le 23 avril à Calais (Beautiful Swamp Festival), le 28 avril à La Ferté Bernard (Centre Culturel Athena), le 10 juin à Marnaz (Nuit du Blues), le 24 juin à Carpentras (Festival Luzon Le Blues), le 2 juillet à Kuttolsheim (Festival de la Grange Rock), le 14 juillet à Saintes (Quai du Blues), le 16 juillet à Cahors (Cahors Blues Festival)..

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7 mars 2022

Thomas de Pourquery récompensé par le Prix Django Reinhardt de l'Académie du Jazz

 

 Thomas de Pourquery (c) Philippe Marchin

Créée en 1954 par de jeunes collectionneurs qui s'étaient rencontrés dans la cave du Hot Club de Paris ou chez quelques disquaires spécialisés, l'Académie du Jazz dont le président d'honneur était à l'époque Jean Cocteau est devenue une vénérable institution. 

Lors de sa traditionnelle remise de trophées, le 3 mars dernier, au Pan Piper, elle a décerné le très convoité Prix Django Reinhardt, doté d'une somme de 3 000 Euros (avec le soutien de la Fondation BNP Paribas) à Thomas de Pourquery. Avec sa carrure de pilier de rugby, le saxophoniste, chanteur, auteur, compositeur... est assurément l'un des plus généreux et fougueux musiciens de ces dernières années.  En compagnie du pianiste Mario Canonge, il a notamment interprété une version de "Peace", d'Horace Silver, en soutien à l'Ukraine. Une juste récompense pour celui qui nous avait confié lors d'une interview en 2014 "Je rêve de festivals où l'on jouerait aussi bien des sonates de Bach que de l'électro et de la pop. Mon plus grand fantasme: le jour où il ne restera que la musique...".   

De musique, il en a été évidemment question durant la cérémonie présidée par François Lacharme puisque 9 autres trophées ont été remis:  - Grand Prix de l'Académie du Jazz (meilleur disque de l'année) à Martial Solal pour "Coming Yesterday - Live at Salle Caveau 2019", Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français)  au Belmondo Quintet pour "Brotherhood",  Prix du Musicien Européen (récompensé pour son oeuvre ou son actualité récente) à Matthieu Michel, Prix du Meilleur Inédit: Roy Hargrove/Mulgrew Miller pour "In Harmony",  Prix du Jazz Classique : Laurent Mignard Duke Orchestra "Duke Ladies - Vol.1", Prix du Jazz Vocal: Veronica Swift "The Bitter Earth", Prix Soul: Robert Finley "Sharecropper's Son", Prix Blues: Cedric Burnside " I Be Trying", Prix du Livre de Jazz: Ludovic Florin pour "Chick Corea" (Editions du Layeur).

Photo de "famille" (c) Philippe Marchin


Une soirée chaleureuse et truffée de belles surprises comme l'impressionnante interprétation du titre "TGTT" par Natalie Dessay, l'ébouriffante prestation de l'harmoniciste Rachelle Plas, le clin d'œil à Charles Mingus dont on célèbre le 100ème anniversaire de la naissance ou encore le joyeux et musical message de Robert Finley.

Jamais à court d'anecdotes, François Lacharme a confié qu'une partie des précieux trophées avait été "piquée" avant la cérémonie, mais il se console en ajoutant: "Cela veut dire que l'Académie du Jazz intéresse aussi les profanes !". 

- Site: www.academiedujazz.com