27 mai 2022

Célestin: un troubadour tendre et engagé

(c) Mehdi Khadouj

Lorsqu'il ne parcourt pas le monde avec le fameux duo Fills Monkey, Sébastien Rambaud pose ses baguettes de batteur pour prendre la plume. Une plume avec laquelle, sous le nom de Célestin,  il raconte de belles et touchantes histoires d'amour ("Tes lèvres", "L'oeuf au plat","Elodie"), s'interroge sur notre destinée ("Qu'est-ce qu'on fait là ?") ou s'inquiète pour l'avenir de notre planète ("Ma mère").   
Après "Poussière de Luxe", en 2019, il vient donc de sortir un nouvel album intitulé "Deuxième acte". 
Treize chansons de pop française, dont il a signé textes, musiques et co-écrit les arrangements avec Jérémy Rassat. 
La guitare en bandoulière et une grosse valise rose à la main, ce troubadour des temps modernes, tendre et engagé, se produit régulièrement en appartements. 
Rencontre avant son prochain concert parisien, au Petit Olympia, le 23 juin prochain.

- Avec votre complice Yann Coste de Fills Monkey vous n'échangez aucune parole sur scène. Devenir chanteur est une manière de compenser une certaine frustration ?
Je suis batteur au départ. J'ai vécu des trucs incroyables avec Fills Monkey. Me retrouver sur scène et tourner dans le monde entier était loin d'être une frustration ! Mais il y avait toute une panoplie d'émotions que je ne pouvais pas exprimer. De plus, nous sommes deux et je ne suis pas décisionnaire. Célestin, c'est mon bébé. Fills Monkey aussi mais je l'ai fait avec quelqu'un d'autre !

- Pourquoi l'avez-vous baptisé Célestin ?
Parce que c'est un projet. De plus,  si les gens n'aiment pas, je peux toujours dire que c'est la faute de Célestin et non celle de Sébastien.

- Parlez-nous de ces concerts en appartements ?
 Avec Fills Monkey, nous nous sommes produits dans de grandes salles comme le Zénith. Nous avions plusieurs tournées, dont une en Chine, qui ont été annulées pour cause de pandémie. Cela m'a laissé le temps de me recentrer sur Célestin. Je fais beaucoup de concerts privés. J'aime ce grand écart entre les grandes scènes et l'intimité d'un appartement où je peux croiser le regard des gens. Cet été, avec le duo, nous allons jouer durant un mois au Festival d'Edimbourg. J'ai vraiment hâte. Parallèlement, je cherche une résidence dans une petite salle à Paris pour Célestin.


- La chanson "L'oeuf au plat" est particulièrement bouleversante. C'est une histoire vraie ?
 Dans tout ce que je raconte, le fond est toujours vrai. Ce qui change, c'est la forme. Cette chanson raconte un moment qui me bouleverse encore lorsque je l'évoque. Avec ma soeur, nous avions demandé à mon grand-père hospitalisé ce qui lui ferait vraiment plaisir. Il nous a répondu qu'il avait envie d'un oeuf au plat. Nous étions en pleine pandémie et c'était évidemment interdit. Nous avons donc caché dans un sac un petit appareil à raclette, une poêle et une rallonge. J'ai attendu la fin du premier service pour faire cuire l'oeuf, caché dans les toilettes. Lorsque l'infirmière est revenue pour demander à mon grand-père s'il avait fini ses petits pois, il avait encore du jaune d'oeuf dans sa barbe. Je n'oublierai jamais le beau sourire sur son visage. 

- Le nombre de remerciements sur la pochette est impressionnant ?
J'ai trouvé normal de remercier ceux qui m'avaient aidé de près ou de loin. De plus, il s'agit, comme pour le précédent, d'un album auto-produit. C'était important pour moi de citer le nom des souscripteurs qui ont aussi permis à cet album d'exister.

- Vous affichez un certain penchant pour la couleur rose et les fleurs ?
Parce que, en 2022, on considère encore que le rose est la couleur des filles ! J'aime jouer avec les codes... et avec les fleurs.

- C'est dans cet esprit que vous avez écrit un "Hommage au clitoris" ?
Je suis issu d'une famille très féministe. J'ai découvert que je pouvais écrire sur tout. Je n'ai pas de limites, sauf celles que je peux me mettre. C'est sans doute la chanson que j'ai eu le plus de mal à écrire parce que c'est un sujet sensible et tabou. Je me suis fait aider par ma soeur et ma mère. Je ne suis pas sûr que ce soit celle qu'elles préfèrent dans mon répertoire. J'ai remarqué qu'elle était mieux reçue par des filles plus jeunes. J'ai eu des retours plutôt positifs et un négatif. J'ai parlé à la personne qui avait mal interprété un des couplets. Du coup, je l'ai remanié car je ne voulais pas qu'il y ait de double-sens.




- Dans la chanson "Ma mère", en revanche, on comprend vite que vous parlez de notre mère à tous, la terre ?
Je suis quelqu'un d'engagé. Mais je pense qu'il faut mettre un peu de finesse et de poésie dans les textes. Je ne comprends pas comment on a pu mettre l'humanité en confinement et qu'il soit si compliqué de se mobiliser autour de l'environnement. J'ai été éveillé très tôt sur le sujet. Je ne prétends pas donner de leçon mais il est vraiment temps de réagir.

- Avec "Vendredi noir", vous êtes nettement plus frontal, non ?
Dans le premier album, je n'avais pas conscience que je pouvais aller aussi loin dans la chanson engagée. C'est vrai que cette chanson fait mal,  qu'elle est plus cynique. Mais mais je m'inclue dedans, je me montre aussi du doigt. Je ne fais pas mieux que les autres, pas pire non plus. 

- Vous croyez au pouvoir d'une chanson pour éveiller les consciences ?
Honnêtement non. Mais je continuerai quand même...

- Album "Deuxième acte" (Believe/Inouie), disponible depuis le 13 mai 2022
- En concert le 23 juin 2022, à 20h30, au Petit Olympia, 6, rue Caumartin, 75009 Paris. Tél.:01.42.68.07.89. www.lepetitolympia.com
Retrouvez cet article, ainsi que l'ensemble de l'actualité culturelle (musique, théâtre, festivals, littérature, évasion) sur le site www.weculte.com 


26 mai 2022

"Titanic": Une comédie musicale riche en rires et émotions


(c) Editions Austreales

Présenté avec succès cet hiver au Théâtre Traversière, Titanic fait cette fois une longue escale au  Théâtre
 de la Renaissance.
Dès l'entrée, le capitaine et une partie de son équipage, en tenue de gala, accueillent les spectateurs en 
leur souhaitant une belle traversée. On imagine qu'en 1912, les propos étaient sensiblement les mêmes... 
sauf que l'histoire revue ici en version comédie musicale, est loin d'être un naufrage ! 
Même si le célèbre paquebot coule quand même à la fin...

Ecrit et ingénieusement mis en en scène  par Axel Drhey, sur des musiques originales de Jo Zeugma, le 
spectacle qui navigue entre vaudeville et comédie burlesque avec, ici et là, quelques beaux moments 
d'émotions, nous embarque dès le largage des amarres. 
Sur le pont,  neuf comédiens-chanteurs et trois musiciens issus de la troupe des Moutons Noirs dont on a
 pu apprécier notamment le formidable travail sur Ruy Blas.  Il y a là un capitaine littéralement submergé
 par les évènements, un prêtre tourmenté par la fragilité de sa foi, une femme confrontée à un mariage 
arrangé, une aviatrice féministe, le représentant empoté de la White Star Line, le couple Jack et Rose 
mmortalisé par le film 
de James Cameron... 


  
(c) Editions Austreales

Hormis quelques meubles et accessoires, pas de décors somptueux à l'instar de ceux qui ornaient le 
fleuron de la flotte britannique.
De la salle des machines aux coursives en passant par les salons et le pont de troisième classe, les 
tableaux se succèdent sur un rythme effréné, entrecoupés de belles scènes de danses et de chants.
Coup de chapeau (ou de casquette !) à la mythique scène du couple Rose et Jack, à la proue du bateau, 
assez délirante, tout comme les tribulations de ce lapin perdu au milieu des passagers. 


(c) Editions Austreales


Au-delà de l'histoire traitée ici de manière loufoque et décalée, le spectacle est aussi l'occasion d'évoquer
 la place des femmes dans la société de la fin du XIXème et du début du XXème , la scission entre les 
classes, les injustices qui perdurent.

Clin d'oeil symbolique, les musiciens continuent à jouer tandis que les spectateurs quittent la salle...

A partir du 1er juin 2022, du mercredi au samedi à 21h, mat. samedi à 16h30, au Théâtre de la 

Renaissance, 20, Boulevard Saint-Martin, 75010 Paris. Réservations au 01.42.08.18.50 et sur le site www.theatredelarenaissance.com


16 mai 2022

Marcia Higelin: "Je découvre le plaisir que je peux prendre avec les mots"

(c) Bilal Moussa

Son prénom est un clin d'œil à la célèbre chanson des  Rita Mitsouko. Quant à son nom, elle le porte avec une évidente légitimité. Après deux single dont un en langue lingala ("Nzolani"), Marcia Higelin vient de sortir "Prince de Plomb". Un disque dont elle a signé textes et musiques, qui ouvre sur l'instrumental "Lamentations spectrales" avant de nous embarquer avec les envolées lyriques de "Mauvais sort",  le blues oriental de "Mélopée d'infortune",  le chant lancinant des "Larmes de crocodile" (et celui des baleines !)... Des histoires d'amour qui finissent mal en général... dans lesquelles son timbre incroyablement mélodieux est soutenu par un piano, quelques cordes et des choeurs.  
La chanson, Marcia baigne dedans depuis ses premières brassières. Elle a même partagé une tournée avec son père Arthur H, comme choriste. Mais, avec ce premier EP, Marcia aborde un univers musical aussi audacieux qu'original.
Rencontre avant une tournée qui la mènera notamment cet été sur la scène du Théâtre l'Arrache- Coeur, au Festival Off d'Avignon.

- Il y a beaucoup de douleur dans vos chansons ?
J'écoute beaucoup de pop anglo-saxonne où on parle beaucoup de ruptures, de trahisons. Au début, j'écrivais en anglais. Je me sentais plus libre. Puis, j'ai appris à apprécier ma langue maternelle. Je parle anglais mais je ne connais pas les secrets de la langue. Du coup, avec le français, je découvre le plaisir que je peux prendre avec les mots. J'ai composé toutes mes chansons dans ma chambre. J'ai longtemps cru que je parlais d'amour et d'abandon mais en fait, il s'agissait de dépendance affective.

- Vous allez mieux ?
Oui. Je viens d'ailleurs d'écrire une chanson sur le post-partum ! J'ai hâte de sortir un album, un vrai, avec plein de chansons. 

- Vous n'échapperez pas aux articles sur les fils ou les filles de... Cela vous agace ?
Pas vraiment. Je comprends que cela puisse intéresser certains médias. Mais cela peut devenir un inconvénient lorsqu'il y a un côté malveillant. 

- Vous avez songé à ne conserver que votre prénom ?
Au début, je ne voulais pas que l'on sache que je m'appelais Higelin. Cela a été un travail sur plusieurs années. Mais j'ai toujours été fière de mon nom. Je me souviens qu'au lycée, il n'évoquait pas grand chose pour mes camarades de classe. Seuls les profs réagissaient lorsque je me présentais.

- Les choeurs sont omniprésents sur le disque ?
J'adore ça. C'est un peu comme un zeste d'infini, une manière d'explorer une immensité d'octaves. C'est d'autant plus passionnant que ces choeurs sont assurés par des élèves du Cours Florent, qu'ils ont accepté de chanter dans mon salon et qu'ils ne sont même pas payés.

- Tout comme les baleines que l'on entend dans "Les larmes du crocodile" ? 
Sauf que je n'ai pas pu les faire venir dans mon salon ! La baleine est mon animal-totem, comme l'éléphant. Je suis fascinée par ce mélange de force et de sagesse. De plus, la baleine est une chanteuse !


(c) Bilal Moussa


- Vous abordez des univers musicaux très différents ?
J'aime dire que je fais de la musique alternative. J'ai eu tellement d'influences. Je n'ai pas vraiment de recul sur moi.

- Parmi vos influences, vous citez Beyoncé ?
Pour moi, c'est la plus grande performeuse de l'histoire de la musique. Je ne prétends pas m'inspirer d'elle mais je trouve qu'elle a des choses à apprendre à chacun d'entre nous. Récemment, quand j'ai tourné des clips, j'ai compris que du fait que j'étais jeune et que j'étais une femme, mon opinion n'était pas toujours bienvenue. Je savais ce que je voulais et ce que je ne voulais pas mais j'avais encore du mal à l'exprimer. J'ai alors repensé à cette phrase de Beyoncé: "I'm not bossy, I'm a boss" !

- Vous avez récemment chanté aux Trois Baudets, une salle où a débuté votre grand-père Jacques Higelin. Cela devait être émouvant, non ?
Bien sûr. Et le premier concert de la tournée était juste à quelques kilomètres de Brou-sur-Chantereine d'où il était originaire. Cela m'a fait plaisir. C'était comme un clin-d'oeil.

- Finalement, on n'échappe pas à son destin ?
Pour moi, cela n'a jamais été un débat. J'ai grandi dans un environnement où la musique a une place essentielle. C'est le langage de mon père. Je me sens légitime. Ma petite soeur Liouba chante aussi et elle fait du rap. Ce qu'elle propose est assez unique. Je la trouve incroyable. 





- Votre voix a des inflexions lyriques et vous composez. Vous avez une formation musicale ?
J'ai suivi des cours de chant lyrique pendant quelques mois. J'aimerais prendre le temps d'apprendre à jouer d'un instrument pour m'accompagner sur scène. Je pianote et je gratouille de la guitare, juste assez pour composer.  

- Vous allez chanter au Festival Off d'Avignon. C'est un sacré challenge ?
D'autant plus que le public d'Avignon vient majoritairement pour le théâtre. Je vais faire dix concerts là-bas. J'appréhende un peu mais j'ai hâte. Cela va être formateur pour moi.


"Prince de Plomb" (Label Blue Line), disponible depuis le 13 mai 2022.
En tournée: le 26 mai 2022 au Festival l'Air du Temps de Lignières (18), le 2 juin à l'Opéra de Clermont-Ferrand (63), le 3 juin à Montcorbon (45), du 7 au 17 juillet au Festival Off d'Avignon, Théâtre de l'Arrache Coeur (84), le 18 juillet à La Blachère (07), les 22 et 23 septembre au Bijou à Toulouse (31)...

27 avr. 2022

"Stories" par la RB Dance Company: un show audacieux et original qui mêle claquettes et jazz urbain

(c) Alexinho Mougerolles

Finaliste en 2018 de la célèbre émission "La France à un incroyable talent", sur M6, la RB Dance Company multiplie les succès. Initialement prévu jusqu'au 30 avril, leur spectacle "Stories" joue les prolongations sur la scène du 13ème Art et, dans la foulée, il vient de décrocher 5 nominations aux prochains Trophées de la Comédie Musicale. Une tournée est également prévue en 2023 après une nouvelle résidence parisienne cet automne.
"En étant là ce soir, vous donnez du sens à ce qu'on fait" confiait Romain Rachline Borgeaud (metteur en scène, chorégraphe et producteur), il y a quelques jours. à l'issue d'une des représentations. 
Du sens, on en trouve dans chacun des tableaux de ce show original et audacieux, réglé avec une redoutable précision, dont le but avoué est de dépoussiérer  l'image parfois désuète des claquettes en y mêlant d'impressionnantes séquences de jazz urbain.  Et ça déménage ! 


(c) Alexinho Mougeolles


De la première scène, dans une salle de rédaction,  où la troupe apparait en tenue rétro, une cigarette à la main,  en passant par les courses-poursuites,  la fébrilité ambiante d'un plateau de tournage, les scènes de combat, les parties de cartes dans un cercle de jeux ou le ballet des grooms dans un hall d'hôtel,  les danseuses et danseurs ne ménagent pas les prouesses pour nous embarquer dans cette histoire dans paroles.  Une histoire mettant en scène Icare, un jeune acteur qui, après une dispute, se retrouve prisonnier du film le liant au réalisateur. 


(c) Florian Clairet



Clin d'oeil aux ballets des films musicaux des années 50, "Stories" nous fait constamment voyager entre hier et aujourd'hui. Rythmée par les décors mobiles (escaliers, tours, train...) et la scénographie inventive de Federica Mugnai, baignant dans les lumières en clair-obscur d'Alex Hardellet,  cette création originale,  conçue par Romain Rachline Borgeaud, joue également la carte d'un esthétisme, d'un langage chorégraphique, totalement dédiés à la narration.  L'occasion pour la RB Dance Company de démontrer qu'elle a indiscutablement un "incroyable talent"... 

Jusqu'au 20 mai 2022,  à 19h, le samedi à 15h et 19h,  au 13ème Art, Centre commercial Italie 2, Place d'Italie, 75013 Paris. Loc. points de vente habituels et sur le site www.le13emeart.com  

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18 avr. 2022

Mustii: le nouveau souffle pop-rock venu de Belgique


(c) Daniil Lavrovski

Acteur, metteur en scène, auteur, compositeur, chanteur.... ce natif de Bruxelles a décidément bien des talents. A un peu plus de trente ans, il affiche déjà un palmarès impressionnant : Prix Magritte du meilleur espoir masculin du cinéma belge, sous le nom de Thomas Mustin ,"révélation" de l'année lors des D6bels Music Awards, sous celui de Mustii, il a notamment incarné le rôle de Patrick Dils, aux côtés de Mathilde Seigner dans le film d'Yves Rénier "Je voulais juste rentrer chez moi", celui d'un jeune homme autiste dans la série "L'île aux trente cercueils", inspirée du roman de Maurice Leblanc,  diffusée récemment sur France 2.... 
Et il y a peu, le public belge applaudissait sa performance dans le costume d'"Hamlet" de William Shakespeare. Après un premier opus électro "21st Century Boy", sorti en 2018, il a enregistré "It's Happening Now". Un magnifique et bouleversant album dont on retiendra des titres comme "Give Me A Hand", "After Dark", "Midnight Angel", "Alien", "Suburbain King"... dans lesquels son timbre vibrant et puissant retrace le parcours chaotique de son oncle atteint de schizophrénie. Entre rock incandescent et ballades entêtantes, Mustii parle de solitude, du besoin de trouver sa place mais aussi et surtout d'amour. 

Rencontre avec un artiste aussi simple que brillant, avant son premier concert parisien à La Boule Noire, le 19 avril prochain. 

- Vous affirmez volontiers que vous êtes avant tout un acteur ?

C'était mon rêve d'enfant ! J'étais timide et mes parents m'ont inscrit à un cours de théâtre. Après une semaine de stage, c'est devenu une évidence. La musique m'a toujours accompagné mais elle est venue plus tard. Je me souviens que mon co-locataire avait des synthés dans le salon. J'ai commencé à faire des démos puis j'ai monté mon premier groupe de rock. Acteur et chanteur, c'est totalement assumé en Belgique. Je me suis toujours battu contre les étiquettes. Aujourd'hui, j'aimerais bien exporter un peu ma musique.

- D'où le choix d'écrire et chanter en anglais ?

J'ai baigné dans la culture anglo-saxonne. Et je trouve que ce que je propose colle mieux avec la langue anglaise. Je suis fan d'Alain Bashung et j'ai toujours trouvé que ce qu'il faisait sonnait très anglo-saxon.

- Tout comme David Bowie qui vous a notamment inspiré dans la chanson "Alien" ?

Mon grand regret est de ne l'avoir jamais vu sur scène. J'étais trop jeune. Je suis fan des années nonante de Bowie. Et c'est vrai qu'il m'inspire. Pour moi, c'est le personnage ultime. Tout comme Hamlet. Je trouve qu'ils ont beaucoup de liens dans la manière d'évoquer la mort, l'absurdité de la vie, la condition humaine... Ce sont des princes. Quand je vais en studio après avoir joué Hamlet, ça me nourrit.

- C'est-à-dire ?

Ça me met en jambes ! Je viens de jouer Hamlet durant deux mois et c'est du sport. Il faut travailler la respiration,  la rigueur... Lorsque je chante sur scène, je suis toujours très physique.



- Dans "It's Happening Now", vous parlez de votre oncle en utilisant la première personne ?

Cet album est un hommage mais l'idée n'était pas de raconter une histoire dont tout le monde se fout. Je n'utilise jamais le mot schizophrénie. J'aime bien quand les chansons ont dix interprétations possibles. Les textes pourraient s'appliquer aux tourments de l'adolescence, de la solitude, au manque de repère... La seule contrainte que je me suis imposée, c'est que cela ne devait pas être morbide.  Je me suis inspiré de mes souvenirs, de discussions avec mon père  mais il y a aussi une grande part d'imaginaire. Mon oncle a mis fin à ses souffrances lorsque j'étais ado. J'aime le voir comme un ange. 

- Vous avez parlé à votre père avant de vous lancer dans ce projet ?

Pas tout de suite. J'avais déjà bien avancé et cela posait un problème parce que, à un moment, il a bien fallu lui demander son accord. Lorsque je lui ai fait écouter les titres, il a eu l'air heureux. Même s'il n'était pas tabou, c'est un sujet que nous n'abordions pas ensemble. Du coup, pour la couverture, j'ai utilisé la photo des deux frères déguisés en indiens. Ils étaient les meilleurs amis au monde.

En tant qu'acteur, vous jouez souvent des personnages cabossés par la vie ?

Ce n'est pas un objectif que je m'étais fixé mais il faut croire que je projette  un peu cette image. En même temps, j'aime ces personnages avec des failles et qui ont un pied en dehors du monde. 

- Parlez-nous de votre collaboration avec Leo Abrahams qui a notamment travaillé aux côtés de Brian Eno, Editors, David Byrne ou Florence and The Machine ?

Je suis fan de ses textures de sons. Je suis allé voir tout ce qu'il avait fait. Sans trop y croire, j'ai envoyé des maquettes à son management et il a accepté. Comme il ne pouvait pas voyager, nous avons travaillé à distance. A chaque fois qu'il m'adressait quelque chose, il tombait dans le mille ! J'ai hâte d'aller à Londres pour lui remettre le vinyle en mains propres. En attendant, je suis impatient de me produire à la Boule Noire. Ce sera ma première scène à Paris !

- Album "Its Happening Now" (Warner).

- En concert le 19 avril 2022, à 20h, à la Boule Noire, 120, boulevard de Rochechouart, 75018 Paris. Loc. points de vente habituels et sur le site laboule-noire.fr Tarif: 20 Euros. 

- En tournée: le 21 avril 2022 à Londres (The Old Blue Last), le 23 avril à Ghent (Charlatan), le 24 avril au Luxembourg (La Rockhal), le 8 juin à Bruxelles (Ancienne Belgique), le 9 juin à Liège (La Caserne Fonck) le 1er juillet à Antwerp (Casa Blanca), le 3 juillet à Knokke-Heist (Kneistival), le 9 juillet à Bertrix (Baudet'stival), le 20 juillet aux Francofolies de Spa, le 31 juillet à Tournai (Les Gens d'ers), le 28 août à Thuin (Scène sur Sambre), le 2 septembre à Aywaille (Feel Good)...

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17 avr. 2022

Une "Truite" savoureuse et facétieuse

 

(c) Anaelle Trumka

Cette oeuvre populaire de Schubert a été mise à tant de sauces que l'on redoute parfois l'indigestion. 
Pas de crainte avec "La Truite" mise en scène par le talentueux Eric Bouvron sur les arrangements inventifs d'Accordzéâm (une formation remarquée notamment dans "La Boîte à Musique" de Jean-François Zygel).
Dès l'arrivée des cinq musiciens (batterie, percussion, accordéon, violon, hautbois, guitare, contrebasse, tambour...), on devine que ce spectacle musical va nous offrir une éclatante palette de sons et de couleurs. Une véritable truite arc-en-ciel, frétillante de malice et de créativité. Une voyageuse aussi qui remonte tous les courants : du jazz au rock, en passant par la country, la musique orientale, le reggae, le blues,  le rap, les polyphonies corses...
Car, non content de maîtriser ses instruments avec une rare virtuosité, le quintette possède aussi un beau filet... de voix ! A l'occasion, le violoniste joue aussi les narrateurs en régalant le public d'histoires et anecdotes, nous rappelant au passage que "la truite respire avec l'ouïe". 


(c) Sabine Trensz

Histoire de vous donner l'eau à la bouche, on citera quelques variations (il y en a pas moins d'une soixantaine !)  comme l'épique et inégal combat entre le brochet-contrebasse et la truite-violon, le sensuel tango, l'asticot s'époumonant sur l'air de "Mexico", l'énergique gigue irlandaise, la profession de foi d'un groupe "engagé" appelant à libérer la truite ou encore l'archet qui s'élève dans les airs pour se transformer en fil de canne à pêche.

Le spectacle est sous-titré "Mordez à l'âme son !" et, franchement, on ne décroche pas une seule seconde.

- Jusqu'au 11 juin 2022, les jeudis, vendredis et samedis à 19h, au Théâtre du Gymnase Marie Bell, 38 Boulevard de Bonne Nouvelle, 75010 Paris. Tél.;01.42.46.79.79. Prix: 26 et 33 Euros. Tarifs préférentiels pour les spectateurs de "Lawrence d'Arabie", également mis en scène par Eric Bouvron (sur cette même scène à 20h45): 14 Euros au lieu de 26 Euros en catégorie 1.

- En tournée: le 24 juin à Sainte-Foy-lès-Lyon (69) et du 7 au 31 juillet au Festival Off d'Avignon (Théâtre du Petit Louvre, Chapelle des Templiers)

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16 avr. 2022

Rouquine: un duo électro-pop décoiffant !



(c) Bastien Burger

Heureux lauréats de l'émission "The Artist", le télé-crochet de Nagui diffusé sur France 2, avec le titre "Mortel", Nino Vella et Sébastien Rousselet, réunis sous le nom de Rouquine, ont fait une entrée remarquée sur la scène électro-pop, les réseaux sociaux et les plateformes de streaming. Le premier compose des mélodies qui accrochent dès la première écoute tandis que le second signe des textes d'une ironie décapante. Anciens membres du groupe Babel, ces électrons libres ont également pris des chemins buissonniers: Nino a notamment collaboré avec le rappeur Boostee, Yseult, Igit... De son côté, Sébastian a travaillé avec Barbara Pravi ou Patrick Bruel. Ensemble, ils ont déjà enregistré quatre titres ("Cyborg", "Mortel", "Tombé" et "Les enfants sont des enfoirés") et peaufinent leur premier album dont la sortie est très attendue en août prochain.
Rencontre dans leur studio, avant la sortie du single "Première fois" le 22 avril prochain et leur concert au Printemps de Bourges, le lendemain.

- Lorsqu'on s'interroge sur l'origine de votre nom de scène, vous bottez en touche en citant "Un automne à Pékin" de Boris Vian ?
Sébastien: Un livre dont l'histoire ne se déroule ni en automne, ni à Pékin  ! De plus, nous sommes bruns tous les deux. La sonorité nous plaisait et nous aimons bien cultiver le côté absurde. Au final, le nom est bien reçu et les gens ne se posent pas vraiment la question.

- Pour rester dans les références littéraires, le titre "Mortel" raconte le dernier jour d'un condamné ? Se présenter à un concours avec un tel sujet, c'était un peu gonflé, non ?
Nino : la musique est assez solaire et prend le contrepied du texte. Nous étions déjà en promo et nous avions de bons retours sur ce titre.
Sébastien: C'est vrai que la chanson parle d'un type qui apprend qu'il a un cancer et qu'il n'a plus qu'un jour à vivre. Mais c'est surtout une célébration de la vie dans ce qu'elle a de fragile et de précieux  Parler de la mort, c'est une manière de l'apprivoiser. 

- Pour revenir au télé-crochet, on ne vous imagine pas vraiment dans un esprit de compétition ?
Nino: C'est justement ce qui nous a fait hésiter au début car la compétition dans la musique, ce n'est pas vraiment pas notre truc. Ce qui l'a emporté, c'est que Nagui est quelqu'un qui aime la musique et les artistes et qu'on nous offrait l'opportunité de faire un titre à nous.

- Gaëtan Roussel vous a également offert un beau cadeau ?
Sébastien: Il faisait partie du jury et nous a invité à faire sa première partie à l'Olympia. Nous allons repartir avec lui au mois de mai.

(c) Bastien Burger


- Un journaliste a évoqué à votre sujet un mariage entre Orelsan et Renaud. Vous consentez ?
- Nino et Sébastien (en choeur) Oui ! Cela nous va très bien car ces deux artistes figurent parmi nos références.

Vous avez fait partie du groupe Babel durant 8 ans. Comment s'est passée la rupture ?
Sébastien: A l'époque, nous formions déjà un duo à l'intérieur du groupe. Dans un esprit de loyauté, nous avons attendu que le groupe s'arrête de manière naturelle pour nous lancer.

- Sébastien, vous êtes papa je crois ? Ecrire une chanson intitulée  "Les enfants sont des enfoirés", c'est perçu comment à la maison ?
 Ça fait marrer mes enfants. Ils me connaissent bien et ne sont pas les derniers à pratiquer ce genre d'humour. Evidemment qu'on aime les enfants mais ça n'empêche pas de dire qu'ils sont aussi capables de nous emmerder ! J'ai remarqué que, d'une manière générale, cette chanson plaisait surtout aux parents.

- Quels sont les autres thèmes choisis dans l'album à venir ?
Sébastien: L'amour toxique, la question du genre... Nous sommes encore en studio mais l'album n'est pas loin d'être terminé. Il devrait sortit en août. D'ici là, nous avons déjà des dates en tournée et nous serons à la Cigale le 9 novembre.
Nino:  Normalement, nous sommes deux sur scène mais on aimerait bien ajouter un quatuor à cordes.

- Votre public se situe dans quelle tranche d'âge ?
Sébastien: Il est assez large. Les jeunes se retrouvent dans les thèmes de nos morceaux et notre manière de les aborder. Les plus âgés aiment bien le format chanson française.


- En tournée: le 23 avril 2022 au Printemps de Bourges, le 29 avril à Beaucouzé, le 4 mai à Saint-Brieuc, le 6 mai à Villerupt, le 19 mai à Saint-Etienne, le 20 mai à Laval, le 4 juin à Toul, le 19 juin à Arras, le 1er juillet à Bobital, le 6 juillet à Saint Malo Du Bois, le 9 juillet à Thiers et le 9 novembre à La Cigale à Paris
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