28 janv. 2019

Michel Korb: au nom du père

(c) Glen Homer
Peu de gens savent que, pour l'état civil, Francis Lemarque s'appelait Nathan Korb.
Près de 17 ans après sa disparition, son fils a enregistré "Michel Korb chante Francis Lemarque" qui sortira vendredi prochain.
Un album dans lequel on retrouve des refrains comme "A Paris", "Quand un soldat", "Marjolaine", "Mon copain d'Pékin", "Toi tu n'ressembles à personne"...  
Diplômé de la prestigieuse Berklee School of Music de Boston, Michel Korb a signé les musiques de nombreux longs métrages, téléfilms et documentaires:"Chez Gino" de Samuel Benchetrit, "Vodka Lemon" d'Hiner Saleem", "Simone Veil, album de famille" de Hugues Nancy..., travaillé avec Rachel Des bois, Anna Mouglalis, Roland Romanelli ou le groupe Emigrante. Compositeur devenu chanteur par amour filial, il rend ici un bel hommage à son père. Un artiste dont les oeuvres ont généreusement enrichi le patrimoine et qui confait volontiers: "A quoi serviraient mes chansons si je devais être seul à les chanter".

- Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour enregistrer cet album ?
Je porte ce projet depuis 3 ou 4 ans. Les maisons de disques que j'ai contactées n'ont pas suivi artistiquement. Alors que je cherchais un moyen d'avancer, Roland Romanelli m'a dit "je ne vois qu'une solution : tu chantes !" Je suis quelqu'un qui travaille dans l'ombre et je ne me voyais pas franchir le pas pour passer dans la lumière. Jai finalement décidé de me lancer !
- Est-ce aussi parce que les nouvelles générations semblent avoir un peu oublié un artiste qui fut pourtant chanté par Montand, Piaf, Salvador, Gréco... ? 
C'était aussi l'idée.
- Vous avez réussi à convaincre certains chanteurs de vous accompagner dans l'aventure ?
Pour Romain Didier, c'était une évidence. Il est comme mon grand frère. C'est lui qui m'a présenté Enzo Enzo qui connaissait mon père. J'ai rencontré Sanseverino grâce à Didier Pascalis. Quant à Thomas Dutronc, nous sommes amis. Nous avons aussi avec nous la chanteuse Audrey que j'avais remarquée dans l'émission The Voice. Elle a une fêlure dans la voix que j'adore. Et bien sûr Roland Romanelli.
- Vous n'avez pas songé à emprunter le nom de Lemarque pour vos débuts dans la chanson ?
La question ne s'est pas posée. Je m'appelle Korb. C'est mon identité.
- Le répertoire de votre père compte pas moins d'un millier de chansons. Comment avez-vous procédé pour choisir les douze titres ?
Il y avait des titres incontournables. J'ai aussi été guidé par le style musical qui pouvait s'adapter à ce que je voulais faire. J'ai ainsi renoncé à des chansons comme "Miséricorde" ou "Écoutez la ballade" mais j'ai conservé "La complainte de John Black". C'est un morceau très différent mais qui traduit la passion de mon père pour le western.
- Il avait aussi une passion pour Paris ?
 Il avait grandi rue de Lappe et il a beaucoup écrit sur Paris. Lorsqu'il s'est installé à La Varenne-Saint-Hilaire, il lui arrivait de faire douze kilomètres à pied pour aller respirer l'air de Paris...
- Il paraît qu'au début Yves Montand n'était pas enthousiaste à l'idée de chanter "A Paris" ?
Il trouvait que cette valse était bancale. Pour lui, elle montait trop haut et descendait trop bas. Mon père l'a donc proposée à Édith Piaf qui l'a aimée mais ne l'a pas enregistrée tout de suite. Lorsque Montand a eu vent de cet échange, il a rappelé mon père.
- Vous avez fait de sérieuses études musicales, contrairement à votre père qui était autodidacte ?
C'est vrai. Il avait de grandes facilités pour écrire et composer. Ma mère m'a raconté que lors d'un dîner chez des amis, il a demandé s'il pouvait s'absenter un moment pour monter à l'étage de la maison. Il savait qu'il y avait un piano. C'est là qu'est née la chanson "Toi, tu n'ressembles à personne".
- Pouvez-vous nous parler de sa rencontre avec Jean Gabin ?
Lors d'une émission de radio qui recevait Gabin pour son anniversaire, l'animateur lui a demandé ce qui lui ferait plaisir. Il a répondu qu'il aimerait écouter une chanson de Francis Lemarque. Mon père l'a su et il est allé sur un des tournages pour le rencontrer. Gabin l'a présenté à Gilles Grangier et c'est ainsi qu'il a composé des musiques pour "Le cave se rebiffe", "Les vieux de la vieille", "Le gentleman d'Epsom"... Il a aussi travaillé avec Marcel Carné pour "Terrain vague", Jacques Tati pour "Playtime"...
- Le milieu du cinéma ne lui était pas forcément familier ?
L'expérience lui a plus mais il fallait entretenir son réseau et ce n'était pas son truc. Il racontait que lors d'un dîner avec Jacques Tati, ce dernier s'était emporté lorsqu'il avait évoqué son admiration pour le film "La grande vadrouille". Mon père avait des goûts populaires. Il préférait se balader sur les bords de Marne plutôt que de participer à des soirées. Il était soucieux de sa liberté et de ses amis.
 Et l'album "Michel Kork chante Francis Lemarque" s'est fait 100 % sur l'amitié !




- Album"Michel Korb chante Francis Lemarque" (L'Autre Distribution/Matilda Productions), disponible le 1er février 2019.

- En concert, le 19 février 2019, à 20h30, 
au Studio de l'Ermitage, 
8, rue de l'Ermitage, 75020 Paris.  
Prix: 15 € et 13 € en prévente. 
Tél.: 01.44.62.02.86. 
http://www.studio-ermitage.com/



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