13 févr. 2017

L'imaginaire débridé de Klô Pelgag

(c) Eienne Dufresne
Assister à un concert de Klô Pelgag c'est un peu comme franchir un monde parallèle. Un monde peuplé de savants fous, d'oiseaux qui convolent en justes noces, de chimères, de rêves étranges et pénétrants...
On peut se laisser emporter ou rester prudemment en marge des turbulences annoncées. Mais ce serait franchement dommage car la demoiselle fait souffler un vent aussi créatif que vivifiant sur la planète de la chanson francophone. Trois ans après après "L'Alchimie des Monstres", un premier album couronné de prix (Révélation de l'année au Gala de l'ADISQ, l'équivalent québécois de nos Victoires, Prix Barbara, Prix de la francophonie de l'Académie Charles Cros...), elle nous revient avec "L'Etoile Thoracique".
Des chansons qu'elle présentait il y a quelques jours au Café de la Danse. En combinaison noire, recouverte d'accessoires hétéroclites: une part de pizza, un os en peluche, une fusée ou des ailes portant le sigle de Metallica, Chloé Pelletier-Gagnon (son vrai nom) a fait salle comble. Un public séduit par le timbre clair, aux accents parfois lyriques de la chanteuse, ses textes poétiques et originaux, ses mélodies pop, rock, électro et un univers que certains qualifient déjà de "pelgagien" !
Accompagnée de cinq musiciens, dont un trio féminin à cordes, Klô donne le ton en attaquant avec "Insomnie", avant de nous emmener "Au Musée Grévin", de nous révéler "Le sexe des étoiles" ou de nous émouvoir avec "Samedi soir à la violence".
Des chansons qu'elle émaille de récits loufoques sur la co-écriture avec Robert de Niro d'une chanson parlant de Star Wars et de Pierre et Marie Curie ou de la frénésie érotique qui menace de saisir la salle lorsqu'elle s'adonne à la chanson d'amour.
A l'évidence, l'artiste imagine la scène comme un terrain de jeu, une cour de récré un brin dissipée. Où les marelles dessinées sur le sol commencent par le ciel.
Klô Pelgag, une étoile à suivre,..

"L'Etoile Thoracique" (Zamora Label/Coyote Records), disponible depuis le 3 février 2017.

6 févr. 2017

Les chansons nomades d' Elsa Kopf

(c) Séverin
" Depuis quelques mois, mon arbre à chansons produit de nouveaux fruits qui ne sont pas tous de la même forme, de la même couleur, du même parfum..." écrivait Elsa Kopf pour présenter son second album "Marvelously Dangerous". Un arbre qui ne cesse de s'étoffer, de se parer de délicates teintes pop, jazzy et électro, d'exhaler des senteurs envoûtantes... sans s'enraciner. A l'image de son nouvel opus "3". "On a cherché plusieurs titres qui ne trahiraient pas l'ensemble des chansons et celui-ci s'est imposé puisque c'est mon troisième album" confie-t-elle. Onze chansons nomades qui nous emmènent  "Sous la pluie" (un titre co-écrit avec sa mère Joëlle), du côté de l' "Idéal Estérel", dans la moite chaleur d'"El Incendio" ou encore au Brésil avec la reprise d'un standard de Vinicius de Moraes (Você e Eu) dans la version française d'Eddy Marnay "Avec des je, avec des ja", où elle donne la réplique à la chanteuse coréenne Sina.
"L'idée était de ne pas se répéter. On avait envie d'aller un peu plus loin." ajoute Elsa. Derrière ce "on" se cache évidemment l'ami Pierre Faa (du trio pop Peppermoon) que l'on retrouve aux manettes de "3".  "Nous nous étions croisés la veille de mon départ en Espagne en nous promettant de nous revoir à mon retour". Entre-temps, la chanteuse s'est baladée en Argentine, à Ibiza... avant de remettre le cap sur la capitale.
Et, parce que leur complicité artistique était déjà écrite... leurs premiers albums respectifs sortiront le même jour, en 2011 !
Pour elle, ce sera "Acoustic Joys" dont l'un des titres "Mai en moi" reçoit le Prix Delanoé. Et pour lui le prophétique "L'avenir n'est plus comme avant"... Entre deux écritures et compositions, parfois à quatre mains, ils partent en tournée en Chine (avec une performance live sur la chaîne nationale CCTV), au Japon, en Corée... Non contente de s'exprimer déjà en anglais, en français, en allemand et en espagnol, Elsa s'initie au coréen et au chinois.
Et comme le destin ne cesse de faire des clins d'oeil à cette artiste solaire, son prochain concert parisien aura lieu au... China Club !

"3", disponible depuis le 3 février.
En concert le 1er mars 2017, à 20h30, au China Club, 50, rue de Charenton, 75012 Paris. 
Tél.:01.43.46.08.09. 

30 janv. 2017

Laurence Fabre : une lumineuse comédienne

(c)  Laurencine Lot
Créé au Festival "Seules...en scène" de Boulogne-Billancourt et joué au Festival Off d'Avignon 2015, le spectacle "Entretiens d'embauche et autres demandes excessives", écrit et mis en scène par Anne Bourgeois, s'installe cette fois au Théâtre Déjazet. Avec la comédienne Laurence Fabre et la complicité vocale de Fabrice Drouelle.
Le spectacle débute avec des cris et des rires d'enfants. Coiffée de couettes, Laurence partage avec le public ses rêves de petite fille: devenir institutrice ou hôtesse de l'air. Quelques années plus tard, à défaut de transmettre son savoir ou de s'envoler pour d'exotiques contrées, elle va faire le brutal apprentissage du statut de... demandeur d'emploi ! Un véritable parcours de combattante qui permet à la comédienne de montrer l'étendue de son registre. Drôle, émouvante, effacée ou guerrière, elle se glisse avec un égal talent dans les différents costumes de cette femme en quête d'amour et de reconnaissance. Confrontée aux questions incongrues, déstabilisantes et  misogynes des recruteurs, elle en vient même à douter de sa propre identité,  "Nous observons son existence se jouer sur l'attente d'un boulot qui devient la parabole de la vie". explique Anne Bourgeois. Une situation parfois ubuesque dans laquelle, de déceptions en remise en question, celle qui refuse de mentir ou de souffler la place d'une autre, reprend sans cesse son bâton de pèlerin pour arpenter le monde...du travail. Révoltée, elle ira même jusqu'à interpeller Dieu et le bien nommé Job ! Avant de suivre les conseils d'un coach qui l'encourage notamment à laisser parler sa lumière intérieure. Durant un peu plus d'une heure, celle de Laurence Fabre illumine la scène...

Du mardi au samedi, à 19 heures, jusqu'au 11 mars 2017, au Théâtre Déjazet, 41, Boulevard du Temple, 75003 Paris. Tél.: 01.48.87.52.55. http://www.dejazet.com/
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13 nov. 2016

Jeanne Rochette se dévoile

(D.R.)
Son album, le premier sorti en France, s'intitule "Cachée" et on prend le pari qu'elle ne devrait plus le rester très longtemps...Elle a d'ailleurs assuré la première partie de Philippe Katerine à l'Estival de Saint-Germain-en-Laye (le 2 octobre) et participe à la finale du tremplin "Et la chanson va !" (parrainé Francis Cabrel). qui se déroulera le 14 novembre prochain à l'Auditorium de Saint-Germain-des-Prés.
Il y a quelques jours, dans le cadre intimiste de chez Madame Arthur, le fameux cabaret de la rue des Martyrs, qui a la bonne idée de s'ouvrir à la chanson, Jeanne Rochette dévoilait ses talents d'auteure-compositrice. Et un timbre si mélodieux que l'addiction nous guette au détour de chaque refrain !
En 2004, la demoiselle avait fait le choix de franchir l'Atlantique pour s'installer au Québec. Elle y rencontrera notamment le pianiste de jazz François Bourassa. Dix ans plus tard, après l'enregistrement d'un premier album "Elle sort" (en 2010), des concerts et tournées en Angleterre, en Chine, en Inde... Jeanne boucle à nouveau ses bagages pour revenir en France. La capitale lui manque, comme elle le chante si joliment dans "Paris", l'un des onze titres de "Cachée" dont elle a signé paroles et musiques. Sur des arrangements soignés, elle évoque son désarroi devant "Les armoires vides", l'absence dans "Et si", une passion d'hier croisée dans "L'escalier" tout en délivrant de précieux conseils aux filles complexées avec "Paroles d'amies". Des chansons poétiques, tout à tour émouvantes et légères, qu'elle interprète avec une belle aisance scénique. Il faut dire que, outre le chant lyrique, le jazz, l'improvisation, Jeanne a étudié le théâtre et même la danse indienne ! "J'ai toujours été curieuse de toutes les formes artistiques. Je me sens proche d'artistes comme Camille dont j'aime la démarche expérimentale ou de James Thierrée. Voir ce dernier sur scène, c'est un peu comme si on assistait à la réalisation d'un rêve d'enfant. Moi, j'essaie de me surprendre, c'est ce qui m'alimente. J'adorerais travailler avec un metteur en scène" confie-t-elle. Une manière d'ajouter quelques couleurs à une palette déjà riche. "Jeanne Rochette, c'est de la ouate pour l'oreille et le coeur" affirme Michel Rivard. Il est donc grand temps d'ouvrir ses oreilles et son coeur pour la découvrir.

Le 28 novembre 2016, à 20 h 30, chez Madame Arthur, 75, rue des Martyrs, 75018 Paris. 
Tél.: 01.40.05.08.10. http://www.madamearthur.fr/
album "Cachée" (L'Autre Distribution)

4 nov. 2016

Ben l'Oncle Soul: "Avec Under My Skin, j'ai voyagé dans le temps".

Dans son précédent album "A coup de rêves", Ben l'Oncle Soul avait notamment enregistré une belle reprise de "Simply Beautiful" d'Al Green (en duo avec Keziah Jones). Cette fois, pour "Under My Skin", qui sort officiellement aujourd'hui, sur le prestigieux label Blue Note, il relève un sacré défi en s'attaquant au répertoire d'une légende: Frank Sinatra !
Avec la complicité de Matthieu Joly et Benjamin "Waxx" Heikimian, l'artiste d'origine caribéenne emmène "My Way", "Fly Me To The Monn", "The Good Life", "New York New York" ou encore "I Love Paris" sur des versants plus ensoleillés, à mi-chemin entre la soul, le reggae, le hip hop, le blues et le jazz. Onze titres qu'il interprétera, accompagné d'un solide combo de musiciens et d'un DJ, sur la scène du  Jazz Club Étoile (les 19 et 20 novembre prochains) dans le cadre du Blue Note Festival. Une tournée est également prévue au printemps, avec une escale au Bataclan, le 27 avril 2017.
Comment est né ce projet d'hommage à Sinatra ?
L'hiver dernier, j'ai réalisé que nous entrions dans le centième anniversaire de sa naissance (le 12 décembre 1915) et j'ai contacté ma maison de disques pour savoir s'il y avait quelque chose de prévu pour célébrer l'événement. J'avais lu pas mal de biographies et regardé des documentaires à son sujet. Tout le monde a l'impression de bien le connaître mais personne n'était vraiment capable de m'en parler. C'était un personnage plus complexe qu'on ne l'imagine. Plutôt que de faire des reprises de ses chansons, j'ai essayé de me les réapproprier, de les emmener du côté de la musique noire américaine.
Vous l'écoutiez lorsque vous étiez plus jeune ?
J'écoutais surtout Ray Charles. Mais tout au long de ma vie, durant l'enfance et à l'adolescence, il y avait toujours un parfum de Sinatra qui traînait autour de moi. Ma tante m'en parlait beaucoup. Je suis conscient qu'avec cet album, j'aborde un répertoire dans lequel les gens ne m'attendent pas forcément. A l'époque les arrangements étaient plutôt propres et lisses. Avec "Under My Skin", j'ai voyagé dans le temps pour aller chercher le côté plus moderne qui était derrière.
Le choix des titres a été compliqué ?
On a décidé de faire les tubes. Ceux que les gens ont envie d'écouter. Personnellement, je me suis pas mal inspiré de son concert à Las Vegas. J'ai réalisé que certaines chansons qui m'avaient touché quand j'étais ado me revenaient naturellement à l'esprit. Comme "Moonlight Serenade", une ballade qui est peut-être moins populaire mais que je trouve magnifique.
C'est vrai que vous avez failli abandonner le métier après la sortie de votre premier album "Ben l'Oncle Soul" ?
C'était le début de la musique pour moi. J'essayais de trouver le rythme, de prendre mes repères. Il y a eu une grosse tournée de 350 dates dans 13 pays en un an et demi. On nous demandait parfois de passer dans des lieux qui n'étaient pas appropriés pour faire de la musique. J'ai eu l'impression de ne plus contrôler le bateau. Je ressentais la petite peur de la mort de l'artiste.
Vous avez songé à retourner vers les arts plastiques ?
J'avais fait les Beaux-Arts avec le projet de devenir professeur d'arts plastiques mais je n'ai jamais enseigné. Le hobby de la musique a vite pris le dessus.
Vous chanterez Sinatra avec votre fameux noeud papillon ?
Je ne sais pas encore mais j'aboue que j'aimerais bien l'abandonner.
Après cet album-hommage, vous reviendrez à votre répertoire ?
Je continue d'écrire, dans l'ombre de Sinatra, sur la côte ouest des États-Unis où je vis aujourd'hui. Pas loin de mes amis musiciens du groupe Monophonics avec qui j'ai enregistré "A coup de rêves". Mon prochain album, je le ferai en effet avec mes chansons...

-"Under My Skin", disponible dès aujourd'hui, 4 novembre (label Blue Note).
Les 19 et 20 novembre 2017, à 21 h 30, au Jazz Club Étoile,
 81, bd Gouvion-Saint-Cyr, 75017 Paris.
Tél.: 01.40.68.30.42.



31 oct. 2016

"Billie Holiday - Sunny Side": un hommage touchant à la diva du jazz

(c) Denis Rion
Pour ce spectacle qu'elle a écrit et mis en scène, Naïsiwon El Aniou s'est inspirée à la fois de l'autobiographie de Billie Holiday ("Lady sings the blues") et des textes de ses chansons. Un récit, assorti d'extraits d'enregistrements originaux.
Ici, le propos n'est pas de réinterpréter les succès de la chanteuse, mais de marcher (et danser) dans ses pas. Depuis son enfance cabossée, ses rapports avec une mère incapable de lui rendre son amour, sa quête du père, ses amours chaotiques avec des hommes souvent violents. Sans oublier les séjours en prison, le racisme, la drogue et l'alcool. "Une femme fatale dans le sens où la fatalité s'en était prise à elle dès le départ et ne l'avait jamais quittée..." écrira Françoise Sagan pour expliquer la douleur contenue dans cette voix qui demeure l'une des plus bouleversantes de l'histoire du jazz et du blues.
Quant au titre, il rappelle qu'à cette époque, le côté ensoleillé des rues était réservé aux noirs, les blancs bénéficiant du côté ombragé, plus rafraîchissant.
Entre deux pas de danse africaine, Naïssiwon prend la pose pour des séances photos, prépare un ragoût de haricots rouges, se pare de perles et de fleurs de gardénia, évoque cette tendre amitié avec le saxophoniste Leister Young qui la baptisera "Lady Day, la rencontre avec Orson Welles... Même si on se perd parfois dans la multitude d'accessoires sur scène, on se laisser emporter par cette évocation sensible et émouvante de la vie de Billie Holiday.

Jusqu'au 26 novembre 2016, les vendredis et samedis à 19 h 30 à la Folie Théâtre, 6, rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris. 
Tél.; 01 43 55 14 80. Prix; 20 € et 15 € (tarif réduit). http://www.folietheatre.com/







6 oct. 2016

Cirque Le Roux: des virtuoses hors normes

Dès les premières minutes, le public est averti par un bandeau défilant en fond de scène: "toute ressemblance avec un spectacle existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence..."
De fait, avec cette création baptisée "The Elephant in The Room", le Cirque Le Roux bouscule tous les stéréotypes du genre. Point de piste, de M. Loyal, de trapèze ou de clown mais un décor qui semble tout droit sorti d'un film noir des années 30. Et une intrigue qui met en scène Miss Betty (Lolita Costet), le jour de son mariage, son mari Mr Barack (Yannick Thomas), un serveur loufoque (Grégory Arsenal) et un dandy pique-assiette (Philip Rosenberg).
Réunis dans un salon à l'atmosphère sombre et feutrée, le quatuor devise (en anglais et en français), flirte, intrigue, s'amuse, tout en buvant du champagne. Puis les acrobaties commencent et on retient son souffle devant ces corps qui se frôlent, s'entremêlent dans une esthétique glamour, voire terriblement sexy.
(c) Francesca Torracchi
Sur des musiques originales d'Alexandra Streliski, le quatuor se livre à une succession de performances de haut vol: claquettes, main à main, échafaudage humain, figures acrobatiques sur un canapé... Seule concession au monde circassien, un mât dressé sur scène, sur lequel ils effectuent des numéros vertigineux.
Il flotte aussi dans l'air une histoire de poison... mais on ne vous en dira pas plus car il faut absolument découvrir ce spectacle qui fusionne avec une audace rare les arts visuels, le cirque et le cinéma.


Du mardi au samedi, à 19 heures, jusqu'au 31 décembre 2016, à Bobino, 14-20, rue de la Gaîté, 75014 Paris. Tél.: 01.43.27.24.24. Tarifs: de 23 à 53 €. http://www.bobino.fr/