28 juin 2022

"Novecento: pianiste", l'histoire insolite et passionnante d'un virtuose au long cours

(c) Jean Henry

 Transposé en monologue théâtral, d'après l'ouvrage "Novecento : pianiste" de l'écrivain, musicologue, chroniqueur et animateur télé italien Alessandro  Baricco, ce "récit-jazz" (traduit par Françoise Brun) est joué et mis en scène par  Pascal Guin.  
Dès les premières minutes, on se laisse embarquer par cette évocation des traversées de l'Atlantique, des migrants en route pour l'Amérique à la recherche de l'Eldorado, de l'épopée du jazz... mais aussi et surtout par le destin extraordinaire du plus grand pianiste ayant jamais joué sur l'Océan.
Pour ceux qui n'ont pas lu le livre, il convient de remonter à la source. L'histoire débute en 1900, à bord du Virginian, avec l'abandon d'un bébé déposé dans un carton sur le piano de la salle de bal. Le marin Danny Boodmann décide alors de s'occuper de l'orphelin et le baptise Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento (en référence à l'année de sa naissance). Après le décès de son père adoptif, lors d'une tempête, le jeune garçon, alors âgé de 8 ans, trouve refuge en s'installant au clavier.  Les passagers se bousculent alors pour écouter ce virtuose dont le piano semble danser avec l'océan et qui joue du jazz, du ragtime "parce que c'est la musique sur laquelle Dieu danse quand on ne le regarde pas. Sur laquelle Dieu danserait s'il était noir". Quant à Novecento, il demeurera sur le paquebot sans chercher à découvrir la terre.
Dans le rôle du trompettiste Tim Tooney, témoin de cette insolite et passionnante histoire, Pascal Guin semble habité par son personnage de narrateur. Tour à tour théâtral, touchant, enchaînant les anecdotes et les questions autour de ce surprenant voyage intérieur, il installe une véritable complicité avec le public et le talentueux pianiste-compositeur Christofer Bjurtröm qui l'accompagne. Sur la scène baignant dans une lumière minimaliste,  pas de décor ou presque, hormis deux grandes caisses en bois. On imagine qu'elles symbolisent ce quai que Novecento ne foulera jamais...   

Jusqu'au 30 juillet 2022 et du 25 août au 8 octobre 2022, les jeudis, vendredis et samedis à 21h15, au Théâtre Essaïon, 6, rue Pierre au Lard, 75004 Paris. Loc. points de vente habituels et au 01.42.78.46.42. www.essaion-theatre.com.
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23 juin 2022

Calogero: toujours électrisant et généreux sur scène


Pochette de l'album "Centre ville"

"Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur que c'est pour moi de vous retrouver et de vous dire bonsoir. Vous m'avez manqué !" C'est avec ces mots que Calogero, absent des scènes depuis plus de trois ans, a salué le public de l'Européen, il y a quelques jours. Une salle intimiste (350 places) où il avait choisi de "roder" son spectacle avant de prendre la route des festivals de l'été.
Dès les premières notes de "Je joue de la musique", le chanteur et bassiste donne le ton d'un show qui s'annonce très électrique. Car si l'homme semble plutôt réservé dans la vie, il se métamorphose en véritable bête de scène dès qu'il endosse son costume de chanteur. En combinaison, genre bleu de travail, ce subtil mélodiste fait la part belle aux titres de son dernier album studio "Centre ville", sorti en décembre 2020, en plein confinement et que l'on découvre pour la première fois en live:  "On fait comme si" (dont il a reversé les droits aux personnels soignants), "C'était mieux après", "La rumeur", "Vidéo" ou encore l'émouvant "Stylo vert", une chanson en hommage à son père où il est rejoint par sa fille Romy qui l'accompagne au piano.
Sur scène, pas de décors mais des musiciens hors pair comme Elsa Fourlon (guitare, claviers, violoncelle), le remuant saxophoniste Victor Raimondeau, le batteur Christophe Deschamps... Lui-même passant avec la même aisance de la basse au piano ou à la guitare.

(c) Laurent Humbert


Entre deux morceaux, détendu et souriant, il se laisse aller à quelques anecdotes et confidences. Notamment lorsqu'il évoque sa période d'échec scolaire. "Cela m'a rendu malheureux. Du coup, j'ai fait appel à des auteurs pour mes chansons. L'un de mes auteurs fétiches s'appelle Ecole. Ça ne s'invente pas !". Puis il cite les Beatles et Depeche Mode " mes dieux à moi" avant de reprendre "Shake The Disease" (clin d'oeil à la récente disparition d'Andrew Fletcher, membre fondateur et claviériste du groupe de rock britannique).  
Fidèle à la musique, aux souvenirs et aux secondes magiques... Calo interprète évidemment les tubes qui ont jalonné sa carrière  comme "Face à la mer", "On peut s'aimer", "Les feux d'artifice", "Yalla"...
Après deux heures d'un concert généreux, en totale communion avec son public, il revient seul ( et trempé !) à la guitare en confiant :  "Il y a vingt ans, j'ai vécu une deuxième naissance grâce à vous et à cette chanson" avant d'offrir une belle version acoustique de "En apesanteur"...

En tournée:  le 24 juin 2022 à "Montauban en Scènes", le 25 juin à "Essonne en Scène", le 28 juin aux Nuits de Fourvière de Lyon, le 8 juillet à Bertrix en Belgique, le 10 juillet au Festival Musilac d'Aix-les-Bains, le 13 juillet aux Francofolies de La Rochelle, le 17 juillet au Festival de Carcassonne, le 20 juillet aux Francofolies de SPA en Belgique, le 23 juillet à Martigues, le 24 juillet au Brive Festival, le 29 juillet à Ajaccio, le 10 août au Festival DARC de Châteauroux, le 12 août au Festival de Ramatuelle, le 20 août au Venoge Festival de Penthaz, le 26 août à Château-Gontier, le 28 août à Thuin en Belgique, le 8 septembre au Festival ODP de Talence, le 10 septembre à Chant du Gros, le 17 septembre au Théâtre Antique d'Orange, le 18 septembre à Fontainebleau, le 24 septembre à Meaux (ON&ON by Musik'Elles)...
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2 juin 2022

Virginie Choquart: "Le Festival Rio Loco étend son regard sur toutes les musiques actuelles du monde"


Après avoir célébré l'Afrique, le Festival Rio Loco nous emmène cette fois au Portugal pour découvrir notamment l'incroyable vitalité de la scène électro. Mais si l'affiche baptisée "Nova Onda"f ait la part belle aux artistes lusitaniens comme le quartet Paus, la DJ et productrice Rita Maïa, Vanessa Kokeshi (l'autre moitié du fameux duo DJ féminin Heartbreakerz), Mariana Bragada connue sous le nom de Meta_ ou encore Diana Oliveira, figure de proue du mouvement techno au Portugal,  cette grande fête des musiques du monde accueillera la performeuse, batteuse et percussionniste française Lucie Antunes, Emel Mathlouthi révélée grâce à l'hymne du printemps arabe tunisien "Kelmti Horra", Rodrigo Cuevas, surnommé "le Freddie Mercury du folklore des Asturies", la chanteuse et pianiste danoise Agnes Obel, le chantre de la musique populaire brésilienne Chico César, le chanteur, compositeur et guitariste nigérian Keziah Jones.... sans oublier les enfants du pays: le duo pop-rock Cats On Trees. 
Au programme également: des arts visuels, des séances de ciné-concert, des spectacles de rue, des ateliers pour enfants, la création d'une oeuvre collective sur le thème des oeillets...
Rencontre avec Virginie Choquart, anciennement à la communication de la Gaîté Lyrique à Paris, qui dirige aujourd'hui le Festival et la salle Metronum à Toulouse.

- Depuis quand avez-vous pris vos nouvelles fonctions ?
Je suis arrivée en 2019. C'était une situation un peu dingue que personne n'aurait pu imaginer. L'année dernière, nous étions heureux de relever le défi en organisant l'évènement, malgré la pandémie. Pour cette nouvelle édition qui durera 5 jours au lieu de 4, nous prévoyons un retour à la normale avec la joie de se retrouver, de faire la fête, de danser, d'être libres...

- Vous évoquez une présidence au sein d'un collectif ?
Oui parce que je ne suis pas seule. J'anime une équipe avec 4 programmateurs autour de moi. L'idée est d'ouvrir le plus de fenêtres possibles sur le monde.

- Un peu comme l'ambition de Rio Loco ?
J'aime dire que le festival étend son regard sur toutes les musiques actuelles du monde.




- Il y a une programmation consacrée au jeune public et même des activités pour les bambins de 0 à 3 ans ? 
L' installation s'appelle "Petits rêves". Une Compagnie catalane a travaillé sur des textures différentes pour proposer un véritable voyage sensoriel, en plein air. Les enfants, accompagnés de leurs parents pourront toucher, jouer, construire, déconstruire...

- Le public de Rio Loco va aussi découvrir qu'il n'y a pas que le fado au Portugal ?
Ce qui nous intéresse, c'est la dynamique. Nous avons cherché en quoi le Portugal d'aujourd'hui trace des lignes d'influences dans le monde et nous avons réalisé que la scène électro était très créative. Nous avons d'ailleurs créé une scène baptisée "Nova Onda".

- Ce n'est pas la seule création. Pouvez-vous parler du Forum "La voix des femmes" ?
Il s'agit d'un forum dont le thème est la visibilité des femmes dans les musiques actuelles. Il y a encore un gros travail à faire. Nous avons invité des musiciennes et chanteuses du festival qui viennent raconter leurs expériences. Flavia Coelho a accepté d'être notre marraine. Ce sera enregistré en public et en direct au Metronum. Nous ferons également un podcast et le replay sera accessible sur le site du festival.

  
- Ce rendez-vous sera 100% féminin ?
 Je suis pour le féminisme avec les hommes ! Mais les femmes ont plus d'obstacles à franchir. Le propos est de témoigner de cette difficulté en leur donnant la parole. Avec une approche positive pour essayer de trouver des solutions. 

- Les oeillets seront également à l'honneur sur la Prairie des Filtres ?
Chaque année, nous travaillons sur une oeuvre collective. Elle est orchestrée cette fois par le plasticien Telmo Leal, sur le thème des oeillets, clin d'oeil à la révolution du même nom au Portugal. Chaque participant doit mettre en place son oeillet et devient ainsi une partie d'une oeuvre d'art. Il y aura 74 fleurs pour marquer la date de la fin de la dictature. Cette fresque sera baptisée "Libertade".


- Rio Loco connaît un succès grandissant et une belle longévité puisqu'il fête sa 27ème édition. Comment l'expliquez-vous ?

Il se déroule dans un cadre unique, la Prairie des Filtres, au bord de la Garonne. Toulouse est une ville jeune avec une ouverture d'esprit sur les autres cultures. C'est un marqueur important de cette ville.  La programmation est exigeante, intergénérationnelle et nous tenons à conserver un côté populaire dans le bon sens du terme et des tarifs compétitifs. Le côté symbolique de Rio Loco, c'est qu'on s'y sent bien. Pour cela, nous travaillons avec un collectif dont c'est le métier pour mettre en place une interface entre la sécurité, le public et les organisateurs. Tous nos partenaires ont signé une charte qui s'appelle "Bien ensemble". 

Du 15 au 19 juin 2022, Prairie des Filtres à Toulouse (31300). Pass 1 jour à 15 Euros et pass 5 jours à 35 Euros (10 et 30 Euros en prévente), gratuit pour les moins de 12 ans. Infos complémentaires sur le site www.rio-loco.org


30 mai 2022

"Je m'appelle Momo": un pur moment de grâce et de poésie

(c) Noé Michaud

Inspiré de "La vie devant soi" le roman écrit par Romain Gary, sous le pseudonyme d'Emile Ajar, le spectacle "Je m'appelle Momo" nous emmène dans le monde cosmopolite de Madame Rosa. Un personnage magnifiquement incarné à l'écran par Simone Signoret.
Nous sommes dans le quartier de Belleville, dans les années soixante. Ancienne prostituée, Madame Rosa qui a vécu la déportation, survit en gardant les enfants de ses "consoeurs". Dans son sillage, on croise le très vieux Monsieur Hamil, philosophe à ses heures, un travesti nommé Madame Lola, les frères Zaoum, des voisins toujours disponibles lorsqu'il s'agit de transporter l'imposante nourrice chez le médecin ou pour une virée nostalgique dans le Paname de ses jeunes années... et surtout, il y a Mohammed que "tout le monde appelle Momo pour faire plus petit".  

Dès le début du spectacle, on devine le chiche mobilier, dissimulé sous des draps blancs tandis que les jeunes  comédiens de l'Ensemble Jeux de Quatre entrent en scène. Vêtus à l'identique, Marie-Estelle Hassaneen (flûte), Rémi Guirimand (guitare) et Caroline Michel (chant) partagent les interrogations du jeune Momo, son besoin de savoir d'où il vient, son angoisse de voir mourir Madame Rosa, hantée par l'idée d'avoir un cancer et dont la santé se détériore un peu plus chaque jour. "Je croyais que Madame Rosa m'aimait pour rien. Je ne savais pas qu'elle touchait un mandat à la fin du mois. Ça a été mon premier grand chagrin"confesse Momo. Il y en aura d'autres. Des petits bonheurs aussi.  


(c) Noé Michaud


Tout au long du spectacle, on passe ainsi par toute une palette d'émotions, distillées avec une aisance et une spontanéité presque juvéniles par les comédiens et musiciens. Quant à la voix de Caroline Michel, elle nous transporte littéralement. Car l'autre belle idée est d'avoir enrichi les parties parlées de chansons de Brassens ("La complainte des filles de joie"), Jacques Brel ("Les coeurs tendres"),  Jean Ferrat ("Nuit et Brouillard"), Gaby Verlor/Robert Nyel ("Le petit bal perdu"), d'une prière traditionnelle juive ("Hashivenu"), d'extraits d'oeuvres de Claude Debussy et Gabriel Fauré...

A la fin, les complices demandent au " quatrième Momo", le très inspiré metteur en scène Cédric Bécu,  de venir partager les applaudissements du public. Des applaudissements qui saluent un pur moment de grâce et de poésie.  

Jusqu'au 26 juin 2022, les vendredis et samedis à 19h, mat. les dimanches à 15h, au Guichet Montparnasse, 15, rue du Maine, 75014 Paris. Réservations: 01.43.27.88.61. www.guichetmontparnasse.com

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29 mai 2022

François Morel et son équipage nous embarquent dans une onirique et joyeuse odyssée

(c) Giovanni Cittadini Cesi

La genèse du spectacle ressemble à ces belles légendes que les anciens échangeaient à la veillée, au coin du feu. 
François Morel aurait découvert dans un vide-grenier, à Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine)  une vieille édition de La Cancalaise reproduisant une douzaine de chansons et illustrations d'un dénommé Yves-Marie Le Guilvinec. Un marin disparu en mer au début du siècle dernier, à l'âge de trente ans, dont le souvenir n'a guère fait de vagues... 
Il n'en fallait pas davantage pour que François Morel et ses joyeux complices Antoine Sahler et Gérard Mordillat décident de tricoter une conférence musicale intitulée "Tous les marins sont des chanteurs". Sur scène, le trio est accompagné de deux talentueux musiciens Amos Mah (guitare, violoncelle) et Muriel Gastebois (percussions). Mais chacun y va de son petit couplet pour ressusciter les chansons du marin. 



(c) Giovanni Cittadini Cesi

 
"Qui se souvient aujourd'hui d'Yves-Marie Le Guilvinec ? Notre combat est de l'arracher au néant où il est tombé" explique Gérard Mordillat, dans le rôle du narrateur (en alternance avec Romain Lemire). 
La brève vie du héros méconnu défile ainsi sous nos yeux: projection de portraits de famille sur un grand écran, lectures de lettres adressées à sa mère où, sur l'air de "Avec le temps" de Léo Ferré, le jeune Yves-Marie remercie pour le saucisson et les chaussettes en laine, démonstration de gymnastique suédoise pour résister aux difficiles conditions de la vie en mer, extrait de la fameuse "Paimpolaise" de Théodore Botrel dont la popularité a quelque peu éclipsé celle de notre malheureux navigateur... sans oublier ces hilarantes digressions dont François Morel a le secret. 
On ne s'interrogera pas davantage sur l'authenticité de textes mettant l'accent sur le fait qu'un jour il n'y aura plus de poissons dans la mer, plus d'oiseaux dans le ciel... ou qui évoquent ces naufragés qui périssent en mer parce qu'ils n'ont pas de papiers. 
Difficile de faire mieux que ces quelques mots de François Morel dans le programme pour décrire l'esprit de "Tous les chanteurs sont des marins": "Dans le fond, je ne fais pas tellement des spectacles pour défendre quoi que ce soit... Plutôt pour partager. Partager des émotions, des moments joyeux, mélancoliques ou tendres, selon ce qui vient... Pour se consoler aussi, se sentir vivant, être ensemble. Dans l'ambiance générale, je crois qu'il est bon de rester groupés. On est tous sur le même bateau". 
Un bateau amarré sur la scène du Théâtre du Rond-Point dans lequel on vous invite à embarquer avant qu'il ne vogue, toutes voiles dehors, vers d'autres horizons... 

Jusqu'au 3 juillet 2022, au Théâtre du Rond-Point, salle Renaud-Barrault, 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris. Tél.:01.44.95.98.21. www.theatredurondpoint.fr
- Retrouvez les chansons du spectacle dans l'album "François Morel chante Yves-Marie Le Guilvinec (Tous les marins sont des chanteurs), label Little Big Music et également la biographie d'Yves-Marie Le Guilvinec dans le livre "Tous les marins sont des chanteurs" de Gérard Mordillat, François Morel et Antoine Sahler parue aux Editions Calmann Lévy (en octobre 2020)

27 mai 2022

Célestin: un troubadour tendre et engagé

(c) Mehdi Khadouj

Lorsqu'il ne parcourt pas le monde avec le fameux duo Fills Monkey, Sébastien Rambaud pose ses baguettes de batteur pour prendre la plume. Une plume avec laquelle, sous le nom de Célestin,  il raconte de belles et touchantes histoires d'amour ("Tes lèvres", "L'oeuf au plat","Elodie"), s'interroge sur notre destinée ("Qu'est-ce qu'on fait là ?") ou s'inquiète pour l'avenir de notre planète ("Ma mère").   
Après "Poussière de Luxe", en 2019, il vient donc de sortir un nouvel album intitulé "Deuxième acte". 
Treize chansons de pop française, dont il a signé textes, musiques et co-écrit les arrangements avec Jérémy Rassat. 
La guitare en bandoulière et une grosse valise rose à la main, ce troubadour des temps modernes, tendre et engagé, se produit régulièrement en appartements. 
Rencontre avant son prochain concert parisien, au Petit Olympia, le 23 juin prochain.

- Avec votre complice Yann Coste de Fills Monkey vous n'échangez aucune parole sur scène. Devenir chanteur est une manière de compenser une certaine frustration ?
Je suis batteur au départ. J'ai vécu des trucs incroyables avec Fills Monkey. Me retrouver sur scène et tourner dans le monde entier était loin d'être une frustration ! Mais il y avait toute une panoplie d'émotions que je ne pouvais pas exprimer. De plus, nous sommes deux et je ne suis pas décisionnaire. Célestin, c'est mon bébé. Fills Monkey aussi mais je l'ai fait avec quelqu'un d'autre !

- Pourquoi l'avez-vous baptisé Célestin ?
Parce que c'est un projet. De plus,  si les gens n'aiment pas, je peux toujours dire que c'est la faute de Célestin et non celle de Sébastien.

- Parlez-nous de ces concerts en appartements ?
 Avec Fills Monkey, nous nous sommes produits dans de grandes salles comme le Zénith. Nous avions plusieurs tournées, dont une en Chine, qui ont été annulées pour cause de pandémie. Cela m'a laissé le temps de me recentrer sur Célestin. Je fais beaucoup de concerts privés. J'aime ce grand écart entre les grandes scènes et l'intimité d'un appartement où je peux croiser le regard des gens. Cet été, avec le duo, nous allons jouer durant un mois au Festival d'Edimbourg. J'ai vraiment hâte. Parallèlement, je cherche une résidence dans une petite salle à Paris pour Célestin.


- La chanson "L'oeuf au plat" est particulièrement bouleversante. C'est une histoire vraie ?
 Dans tout ce que je raconte, le fond est toujours vrai. Ce qui change, c'est la forme. Cette chanson raconte un moment qui me bouleverse encore lorsque je l'évoque. Avec ma soeur, nous avions demandé à mon grand-père hospitalisé ce qui lui ferait vraiment plaisir. Il nous a répondu qu'il avait envie d'un oeuf au plat. Nous étions en pleine pandémie et c'était évidemment interdit. Nous avons donc caché dans un sac un petit appareil à raclette, une poêle et une rallonge. J'ai attendu la fin du premier service pour faire cuire l'oeuf, caché dans les toilettes. Lorsque l'infirmière est revenue pour demander à mon grand-père s'il avait fini ses petits pois, il avait encore du jaune d'oeuf dans sa barbe. Je n'oublierai jamais le beau sourire sur son visage. 

- Le nombre de remerciements sur la pochette est impressionnant ?
J'ai trouvé normal de remercier ceux qui m'avaient aidé de près ou de loin. De plus, il s'agit, comme pour le précédent, d'un album auto-produit. C'était important pour moi de citer le nom des souscripteurs qui ont aussi permis à cet album d'exister.

- Vous affichez un certain penchant pour la couleur rose et les fleurs ?
Parce que, en 2022, on considère encore que le rose est la couleur des filles ! J'aime jouer avec les codes... et avec les fleurs.

- C'est dans cet esprit que vous avez écrit un "Hommage au clitoris" ?
Je suis issu d'une famille très féministe. J'ai découvert que je pouvais écrire sur tout. Je n'ai pas de limites, sauf celles que je peux me mettre. C'est sans doute la chanson que j'ai eu le plus de mal à écrire parce que c'est un sujet sensible et tabou. Je me suis fait aider par ma soeur et ma mère. Je ne suis pas sûr que ce soit celle qu'elles préfèrent dans mon répertoire. J'ai remarqué qu'elle était mieux reçue par des filles plus jeunes. J'ai eu des retours plutôt positifs et un négatif. J'ai parlé à la personne qui avait mal interprété un des couplets. Du coup, je l'ai remanié car je ne voulais pas qu'il y ait de double-sens.




- Dans la chanson "Ma mère", en revanche, on comprend vite que vous parlez de notre mère à tous, la terre ?
Je suis quelqu'un d'engagé. Mais je pense qu'il faut mettre un peu de finesse et de poésie dans les textes. Je ne comprends pas comment on a pu mettre l'humanité en confinement et qu'il soit si compliqué de se mobiliser autour de l'environnement. J'ai été éveillé très tôt sur le sujet. Je ne prétends pas donner de leçon mais il est vraiment temps de réagir.

- Avec "Vendredi noir", vous êtes nettement plus frontal, non ?
Dans le premier album, je n'avais pas conscience que je pouvais aller aussi loin dans la chanson engagée. C'est vrai que cette chanson fait mal,  qu'elle est plus cynique. Mais mais je m'inclue dedans, je me montre aussi du doigt. Je ne fais pas mieux que les autres, pas pire non plus. 

- Vous croyez au pouvoir d'une chanson pour éveiller les consciences ?
Honnêtement non. Mais je continuerai quand même...

- Album "Deuxième acte" (Believe/Inouie), disponible depuis le 13 mai 2022
- En concert le 23 juin 2022, à 20h30, au Petit Olympia, 6, rue Caumartin, 75009 Paris. Tél.:01.42.68.07.89. www.lepetitolympia.com
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26 mai 2022

"Titanic": Une comédie musicale riche en rires et émotions


(c) Editions Austreales

Présenté avec succès cet hiver au Théâtre Traversière, Titanic fait cette fois une longue escale au  Théâtre
 de la Renaissance.
Dès l'entrée, le capitaine et une partie de son équipage, en tenue de gala, accueillent les spectateurs en 
leur souhaitant une belle traversée. On imagine qu'en 1912, les propos étaient sensiblement les mêmes... 
sauf que l'histoire revue ici en version comédie musicale, est loin d'être un naufrage ! 
Même si le célèbre paquebot coule quand même à la fin...

Ecrit et ingénieusement mis en en scène  par Axel Drhey, sur des musiques originales de Jo Zeugma, le 
spectacle qui navigue entre vaudeville et comédie burlesque avec, ici et là, quelques beaux moments 
d'émotions, nous embarque dès le largage des amarres. 
Sur le pont,  neuf comédiens-chanteurs et trois musiciens issus de la troupe des Moutons Noirs dont on a
 pu apprécier notamment le formidable travail sur Ruy Blas.  Il y a là un capitaine littéralement submergé
 par les évènements, un prêtre tourmenté par la fragilité de sa foi, une femme confrontée à un mariage 
arrangé, une aviatrice féministe, le représentant empoté de la White Star Line, le couple Jack et Rose 
mmortalisé par le film 
de James Cameron... 


  
(c) Editions Austreales

Hormis quelques meubles et accessoires, pas de décors somptueux à l'instar de ceux qui ornaient le 
fleuron de la flotte britannique.
De la salle des machines aux coursives en passant par les salons et le pont de troisième classe, les 
tableaux se succèdent sur un rythme effréné, entrecoupés de belles scènes de danses et de chants.
Coup de chapeau (ou de casquette !) à la mythique scène du couple Rose et Jack, à la proue du bateau, 
assez délirante, tout comme les tribulations de ce lapin perdu au milieu des passagers. 


(c) Editions Austreales


Au-delà de l'histoire traitée ici de manière loufoque et décalée, le spectacle est aussi l'occasion d'évoquer
 la place des femmes dans la société de la fin du XIXème et du début du XXème , la scission entre les 
classes, les injustices qui perdurent.

Clin d'oeil symbolique, les musiciens continuent à jouer tandis que les spectateurs quittent la salle...

A partir du 1er juin 2022, du mercredi au samedi à 21h, mat. samedi à 16h30, au Théâtre de la 

Renaissance, 20, Boulevard Saint-Martin, 75010 Paris. Réservations au 01.42.08.18.50 et sur le site www.theatredelarenaissance.com